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La victoire du ras-le-bol

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Photo AFP Qui a dit que les contes de fées finissaient toujours bien?

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Ainsi, contrairement à ce que la plupart des sondeurs et des «experts» avaient prédit du haut de leur chaire, Donald Trump a remporté les élections.

Le Grand Méchant Loup a mangé le Petit Chaperon Rouge.

Le Capitaine Crochet a tué Wendy.

Séraphin a asservi la belle Donalda.

Qui a dit que les contes de fées finissaient toujours bien?

BONNES QUESTIONS, MAUVAISES RÉPONSES

Une victoire des républicains, donc?

Pas vraiment. Plutôt une défaite des démocrates.

«Le Front National pose de bonnes questions, mais propose de mauvaises réponses», dit-on.

Idem pour le parti de Bozo le clown.

Si les Américains ont décidé d’élire le Grand Orange, ce n’est pas parce qu’ils trouvent qu’il propose de bonnes réponses.

C’est parce qu’ils trouvent qu’il pose de bonnes questions.

C’est peut-être désolant, on peut le déplorer, mais ce qui est arrivé aux États-Unis risque de se passer un peu partout en Occident au cours des prochaines années.

Quand les politiciens «traditionnels» refusent de parler franchement des sujets qui, à tort ou à raison, intéressent et interpellent le peuple (l’immigration illégale, les impacts négatifs de la mondialisation, la menace islamiste, le drame des ouvriers qui voient leurs usines déménager en Chine ou en Inde, le fossé qui sépare de plus en plus l’élite du peuple, etc.), les politiciens marginaux gagnent en popularité.

Plus la rectitude politique empoisonne le discours public, plus les gueulards et les «incorrects» ont le vent dans les voiles.

Plus les gens sont écœurés des magouilles des «professionnels de la politique», plus les outsiders paraissent séduisants.

ÉCŒURANTITE AIGUË

En fait, on pourrait dire que les politiciens traditionnels à la Clinton ont récolté ce qu’ils ont semé.

Ça fait des années que les petites gens ne se sentent pas écoutées par les élus. Ça fait des années que les travailleurs se sentent abandonnés par la gauche qui les trouve trop réacs, trop racistes, trop vulgaires.

Ça fait des années que Monsieur et Madame Tout-le-monde sont écœurés de voir l’establishment politique s’intéresser davantage aux marginaux de tout acabit qu’aux gens qui représentent la majorité.

Résultat: un gros Fuck You.

Plus tu tires l’élastique, plus l’élastique risque de te péter en pleine face.

C’est ce qui est arrivé aux démocrates.

Pour l’élite, un «populiste» est quelqu’un qui flatte le peuple dans le sens du poil pour s’attirer ses faveurs.

Pour les gens «ordinaires», un «populiste» est une personne qui parle au peuple de sujets qui intéressent le peuple dans un langage que le peuple peut comprendre.

«Quel est le problème?», se disent-ils.

LE TRUMPISME

Oui, Donald Trump est grossier, vulgaire, grotesque.

Mais justement: il ne ressemble à rien d’autre.

Il ne «fitte pas dans le moule», il ne correspond pas à l’image que l’establishment politique et médiatique se font d’un «politicien présentable».

Aujourd’hui, de nombreux commentateurs et artistes vont passer leur journée à vomir leur mépris des Américains, en disant qu’ils sont incultes, ignares, imbéciles...

Mais au lieu de crier contre le thermomètre, ces gens devraient plutôt se demander pourquoi nos voisins ont la fièvre...