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Trump a déjà été client de Saramac, plus tard visée par l’UPAC

La firme a eu des contrats avec le président élu avant d’être rachetée par Marc Bibeau

La Trump Plaza de New Rochelle, en banlieue de New York. C'est le dernier contrat qu'a décroché Saramac avec Donald Trump, avant de faire faillite et d'être rachetée par la famille de Marc Bibeau.
Photo Wikipedia La Trump Plaza de New Rochelle, en banlieue de New York. C'est le dernier contrat qu'a décroché Saramac avec Donald Trump, avant de faire faillite et d'être rachetée par la famille de Marc Bibeau.

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Le président américain élu Donald Trump a fait faire de bonnes affaires à un ancien champion québécois du béton préfabriqué, avec ses nombreux projets de gratte-ciel à New York. Mais la crise de 2008 a causé la faillite de l’entreprise de Terrebonne, que l’ex-argentier libéral Marc Bibeau a racheté en pièces détachées.

De 2002 à 2008, la firme québécoise Sara­mac a fourni des éléments de structure pour plusieurs projets du futur président républicain. Au total, la compagnie a obtenu «plus de 15 M$» en contrats avec des entrepreneurs travaillant pour le futur président élu.

Saramac a commencé son premier chantier avec lui au début des années 2000. «On était sous-traitant pour son entrepreneur général sur le projet Riverside View», dit Gilles Brais, vice-président de la compagnie à l’époque.

C’est un projet gargantuesque de 19 tours et trois milliards de dollars à Manhattan, au bord du fleuve Hudson.

«Donald Trump avait beaucoup de contrats avec des compagnies canadiennes, dit Gilles Brais. C’était avantageux pour lui: le dollar était faible. Il te demandait d’être le plus bas soumissionnaire, et après, il te demandait d’être intelligent!» dit-il, faisant référence aux exigences élevées du magnat de l’immobilier devenu l’homme le plus puissant de la Terre mardi soir.

Mauvais payeur

Comme promoteur immobilier, Trump fut un très mauvais payeur pour de nombreux fournisseurs, selon les enquêtes de différents médias américains. Mais Saramac a toujours su se faire payer.

Pour son dernier contrat, en 2008, à la Trump Plaza de New Rochelle, en banlieue de New York, le dernier chèque s’est cependant fait attendre. «Je pense qu’il avait fait faillite... Il a fallu faire des pieds et des mains pour avoir notre argent, exercer des garanties hypothécaires», raconte Gilles Brais.

En pleine crise immobilière américaine, avec 60 % de son chiffre d’affaires au sud de la frontière, ce genre de problèmes s’est d’ailleurs multiplié pour Saramac, qui a fait faillite en 2010.

Gilles Brais et son associé Marcel Croteau ont alors dû se résoudre à laisser un syndic liquider la compagnie, «pour une bouchée de pain», raconte-t-il.

Les équipements, l’immeuble et le nom de la compagnie ont fini entre les mains de Schokbéton, la compagnie familiale de Marc Bibeau, connu depuis la commission Charbonneau comme le grand argentier du Parti libéral du Québec.

Perquisition

Depuis, Saramac a fait parler d’elle quand l’Unité permanente anticorruption (UPAC) a perquisitionné dans ses locaux, en 2013. Les enquêteurs alléguaient que des pièces de béton destinées à un projet de train de banlieue avaient été détournées vers la résidence de la sœur de Marc Bibeau, Suzanne. L’entreprise a affirmé n’avoir rien à se reprocher.

Puis, en août 2016, Revenu Québec a aussi perquisitionné dans les locaux de Saramac, la soupçonnant d’avoir trafiqué ses livres comptables pour payer moins de taxes.


Aucune accusation n’a encore été déposée dans ces deux affaires.