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L'insupportable pub de la FAE

Qui sont donc ces gérants d'estrade de notre merveilleux monde de l'éducation?
PHOTO D'ARCHIVES, JEAN-FRANCOIS DESGAGNÉS Qui sont donc ces gérants d'estrade de notre merveilleux monde de l'éducation?

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Vous avez visionné la nouvelle pub de la Fédération autonome de l’enseignement (FAE)? Si «l’expert dans la classe, c’est le prof», je tiens à vous dire que le spécialiste de la caricature déprimante de l’enseignant, c’est la FAE.

Je suppose que l’on veut nous faire comprendre que l’enseignant est un professionnel. Malgré tout, le résultat me laisse un peu perplexe. Si l’intention pédagogique derrière ce message est de valoriser la profession, je crois qu’il s’agit là d’un flop monumental.

Cette vidéo s’attaque aux pédagocrates de notre monde merveilleux de l’éducation. Quelle est donc la définition de ce gros mot? Le suffixe crate a la signification suivante : qui a le pouvoir. D’où la question : qui a un tel pouvoir sur la pédagogie? Pour reprendre l’expression utilisée, qui se comporte en «gérant d’estrade

J’ai une confidence à vous faire. Ne le dites surtout à personne, mais les plus grands gérants d’estrade sont les parents. La marchandisation de l’éducation au Québec a créé un monstre : le parent roi. L’approche client privilégiée depuis 10 ans lui permet de dire haut et fort qu’il a toujours raison.

La plupart des gens pensent être des spécialistes de l'éducation. La réflexion simpliste est la suivante : «j'ai fréquenté l'école et j'ai des enfants qui fréquentent l'école, je connais donc bien ce qu’est la pédagogie. De ce fait, mes hypothèses sont valides.» Malheureusement, il n'en est rien.

Les enjeux en éducation nécessitent des connaissances scientifiques nettement supérieures à la moyenne, une formation appropriée et une solide expérience. Il faut plus qu'un «j'pense que» de la part d'un quidam.

Mon grand secret, ce n’est surtout pas une pub de la FAE qui vous le dira. En tant que groupe corporatiste, il a besoin du support de la population.

Qui est la cible de cette campagne publicitaire peu courageuse alors?

Derrière un rideau, trois individus déplaisants qui ressemblent étrangement à des universitaires, des cadres, des conseillers pédagogiques ou encore à des fonctionnaires du ministère de l’Éducation, font la leçon à l’expert de la classe.

Je vous laisse ici le loisir d’effectuer vos propres choix quant aux cibles potentielles. J’imagine que ça dépend de votre perception de l’ennemi.

Néanmoins, j’ose croire que les fonctionnaires du ministère sont représentés par la dame en sandale... C’est vrai que l’image du «déconnecté qui en fume du bon» sied assez bien à nos amis d’une autre planète.

Ainsi, ces trois insupportables pédagocrates subissent les foudres de l’enseignante. Dehors! «Vous m’empêchez d’enseigner! Vous dérangez tout le monde!» Vraiment?

Cette caricature entretient le mythe de l’enseignant qui doit travailler en vase clos. L’image de celui qui est fermé à l’idée de recevoir des conseils et d’échanger sur ses pratiques pédagogiques.

Vous savez quoi? S’ouvrir, écouter, discuter, apprendre et se perfectionner afin d’atteindre l’excellence ne sont pas uniquement des mots que l’on utilise avec les élèves.

L’enseignant est aussi un apprenant permanent. Se remettre en question exige du courage, de la confiance en soi et de l’humilité. Cette tâche colossale doit se faire en équipe.

Vous connaissez l’expression la plus galvaudée en éducation? L’autonomie professionnelle. Pour certains, il s’agit d’un bouclier les protégeant des changements. La porte de mon local est fermée... Je suis l’expert de ma classe.

Loin de moi l’idée de vouloir briser cette conception idyllique de l’autonomie professionnelle, mais je ne partage pas cette vision.

En fait, il s’agit plutôt d’un privilège. Celui de pouvoir choisir les meilleures approches de l’enseignement parmi celles qui existent.  Encore faut-il connaître les pratiques exemplaires. C’est aussi le privilège de choisir ses méthodes de gestion de classe. Encore faut-il connaître celles qui fonctionnent le mieux. Comme le disait B. Rosenshine : «Show me the data!»

Bref, l’enseignant a tout intérêt à fermer sa porte à certains néophytes qui sapent son expertise et à l’ouvrir sans crainte aux acteurs importants qui désirent améliorer le sort de nos élèves à l’aide de leur expertise.

J’ai toujours pensé que Normand Baillargeon avait une multitude de bonnes raisons d’écrire son livre Légendes pédagogiques...

L’autonomie professionnelle oui, mais pas à n’importe quel prix.