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Hells Angels et col bleu à la Ville de Montréal

Son emploi à l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie préoccupe le maire

Le 5 décembre 2015, notre Bureau d’enquête a photographié Georges Fernandez (droite), qui était alors membre des Red Devils, le club-école des Hells. On le voit en train d’accueillir le vétéran Hells Jean-Paul Ramsay lors d’une fête à Sainte-Anne-de-Sorel.
Photo d'archives Le 5 décembre 2015, notre Bureau d’enquête a photographié Georges Fernandez (droite), qui était alors membre des Red Devils, le club-école des Hells. On le voit en train d’accueillir le vétéran Hells Jean-Paul Ramsay lors d’une fête à Sainte-Anne-de-Sorel.

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La Ville de Montréal tente de se débarrasser d’un de ses cols bleus qui est aussi membre d’un des clubs de motards les plus violents de la planète: les Hells Angels.

Georges Fernandez, 47 ans, est connu des autorités policières comme appartenant au chapitre South des Hells Angels. Il est un hangaround, le premier des trois grades qui mènent au statut de membre en règle du club.

Il a plaidé coupable en 1994 à des accusations relatives au trafic de cocaïne.

En parallèle, Fernandez travaillait jusqu’à récemment comme col bleu auxiliaire dans l’arrondissement Rosemont-La Petite-Patrie.

Tout a commencé à mal tourner pour lui le 5 décembre 2015, alors que les Hells Angels du chapitre de Montréal fêtaient le 38e anniversaire de leur fondation à Sainte-Anne-de-Sorel.

Sur les lieux, un représentant de notre Bureau d’enquête a pris plusieurs photos des invités. Il a pu immortaliser Georges Fernandez, qui n’avait pas encore été promu dans le «grand club» et portait à l’époque l’écusson des Red Devils.

Les Red Devils, qui étaient mandatés pour assurer la sécurité autour de la fête, se vantent d’être le seul groupe de soutien officiel des Hells.

 

« TRÈS PRÉOCCUPANT »

C’est en lisant Le Journal du lundi 7 décembre que des gestionnaires de la Ville ont réalisé que Fernandez était aussi col bleu.

Le 29 janvier 2016, un peu plus d’un mois et demi après la parution de l’article, le col bleu motard a été congédié. Selon nos sources, la Ville a justifié son congédiement en soutenant qu’il n’avait pas déclaré ses antécédents judiciaires avant son embauche.

Joint par notre Bureau d’enquête, le maire de l’arrondissement Rosemont-Petite-Patrie, François Croteau, a dit être bien au courant de la situation. «Pour nous, c’est très préoccupant et ça soulève un paquet de questionnements sur les relations de travail», a-t-il dit.

«À la minute où on a su qu’un de nos employés était membre d’un groupe criminel, on s’est demandé s’il y a du trafic de drogue sur les lieux de travail ou pire, à quel point ça permet l’infiltration du crime organisé dans la Ville», a-t-il ajouté.


C’est au Bike and Tattoo Show de Laval, en avril 2016, que les services de renseignement policiers ont pu observer pour la première fois Georges Fernandez avec sa veste de Hells Angels.


Son syndicat conteste le congédiement

 

La Ville ne se débarrassera pas facilement du motard Georges Fernandez, car le Syndicat des cols bleus regroupés de Montréal a déposé un grief pour contester son congédiement.

André Lepage, porte-parole du syndicat, a indiqué à notre Bureau d’enquête que l’article 47,2 du Code du travail «impose au syndicat un devoir de juste représentation des salariés».

Fernandez, représenté par les avocats des cols bleus, devait se présenter à l’hôtel Ruby Foo’s du boulevard Décarie à Montréal vendredi dernier afin de régler le litige devant un tribunal d’arbitrage, mais il brillait par son absence.

L’avocat de la Ville, Me Jean Rochette, avait même fait parvenir un subpoena à Alain Belleau, expert de la Sûreté du Québec en matière de motards criminels, pour qu’il vienne témoi­gner.

L’affaire sera entendue à une date ultérieure, mais le porte-parole de la Ville, Gonzalo Nunez, assure que cette dernière «a l’intention de maintenir le congédiement».

Préjudice

Selon Me Isabelle Grégoire, avocate en droit du travail, plusieurs questions juridiques fondamentales sont soulevées par ce congédiement.

«Est-ce que les infractions (relatives à la drogue) existaient avant son embauche ou non?» se demande-t-elle.

«Si l’employé a signé un document à l’embauche et qu’on se rend compte qu’il a menti, il peut y avoir un motif de congédiement», fait-elle valoir. Selon elle, on peut aussi imaginer qu’un employeur puisse subir un certain préjudice lors­qu’une photo ou une information concernant un de ses employés se retrouve dans l’espace public.

«Toutefois, ça ne donne pas nécessairement tous les droits à l’employeur. Il faut faire une évaluation complète de la situation», nuance Me Grégoire.