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L’UL a versé 560 000 $ à NATIONAL

Denis Brière est le seul recteur au Québec à recevoir les services permanents privés de relations publiques

Malgré le contrat la liant à l’Université Laval, la firme de relations publiques NATIONAL n’a pas été impliquée dans la gestion de la crise qui a suivi les agressions sexuelles survenues dans les résidences du campus, à la mi-octobre.
Photo d'archives Annie T Roussel Malgré le contrat la liant à l’Université Laval, la firme de relations publiques NATIONAL n’a pas été impliquée dans la gestion de la crise qui a suivi les agressions sexuelles survenues dans les résidences du campus, à la mi-octobre.

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Le recteur Denis Brière est le seul haut dirigeant du réseau universitaire québécois à bénéficier des services récurrents d’un cabinet de relations publiques à qui un montant fixe de plusieurs milliers de dollars est versé chaque mois depuis plus de cinq ans.

Au total, l’Université Laval a versé plus de 560 000 $ au Cabinet de relations publiques NATIONAL, de juillet 2009 à juin 2015, pour des services qu’elle refuse de détailler. Les paiements mensuels, qui étaient de 5000 $ au départ, ont atteint 8300 $ en 2015 et ils ont aussi été versés pendant l’été.

C’est ce que démontrent des factures, obtenues par Le Journal, à la suite d’une demande d’accès à l’information. L’Université nous a d’abord refusé ces documents, qui nous ont finalement été transmis un an plus tard, après avoir contesté ce refus.

Il est toutefois impossible de savoir précisément quels ont été les services rendus par NATIONAL. «Les dossiers qui ont pu nécessiter des conseils stratégiques ne sont pas de nature publique», indique la porte-parole de l’Université, Andrée-Anne Stewart. Cette dernière précise par ailleurs que «les montants mensuels sont répétitifs puisqu’il s’agit d’une ventilation mensuelle étalée de l’enveloppe globale pour l’ensemble des services rendus».

Traitement unique pour le recteur

Ce contrat fait figure d’exception dans le paysage universitaire québécois, a constaté Le Journal. Certaines universités, comme l’UQAM et l’Université de Montréal, accordent à l’occasion des contrats à des firmes de relations publiques, mais de manière ponctuelle plutôt que récurrente.

Le contrat de gré à gré avec la firme NATIONAL a par ailleurs été renouvelé par l’Université Laval en octobre 2016 pour une somme légèrement inférieure à 100 000 $, comme c’est le cas depuis plusieurs années. L’établissement a confirmé hier que les versements mensuels se poursuivent toujours.

Pas interdit

Selon le Secrétariat du Conseil du trésor, il n’existe aucune clause interdisant d’accorder un contrat de gré à gré de manière récurrente à la même firme.

Or «afin d’assurer la saine gestion d’un tel contrat», un organisme doit «notamment évaluer la possibilité de procéder par appel d’offres public ou sur invitation, effectuer une rotation parmi les concurrents» ou «recourir à de nouveaux contractants», précise son porte-parole, Joseph Simoneau.

Le Journal a joint mardi NATIONAL, qui a refusé de commenter.

Combien d’argent ?

Les sommes versées par l’Université Laval au Cabinet de relations publiques National

  • 2009    30 060,41 $    (5000 $)*    
  • 201­­0    93 356,17 $    (8000 $)*
  • 2011    96 072,25 $    (8000 $)*
  • 2012    97 281,75 $    (8160 $)*
  • 2013    97 927,25 $    (8160 $)*
  • 2014    97 920,00 $    (8160 $)*
  • 2015    49 306,54 $    (8160 $)*

Total: 561 924,37 $

Les factures obtenues couvrent la période de juillet 2009 à juin 2015

Le contrat conclu avec National pour la période du 1er mai 2015 au 30 avril 2016 prévoit un taux horaire de 300 $ pour des services rendus à l’Université Laval «selon ses besoins».

*Montants mensuels approximatifs

L’institution compte déjà 80 employés en communications

L’Université Laval a recours aux services d’une firme de relations publiques même si elle emploie un peu plus de 80 personnes «dans le vaste domaine des communications», dont près d’une vingtaine de conseillers en communication.

La porte-parole Andrée-Anne Stewart précise toutefois que les services du Cabinet de relations publiques NATIONAL «sont distincts et complémentaires aux services offerts par le personnel en communication de l’Université». «Le regard d’un acteur externe peut être éclairant et aidant dans le processus décisionnel dans certains domaines pointus», ajoute-t-elle.

Relations gouvernementales

Il a toutefois été impossible d’en apprendre davantage sur ces «domaines pointus». Les factures destinées au cabinet du recteur font état d’«honoraires professionnels selon l’entente» pour un mandat de «relations gouvernementales», alors que d’autres factures de la même firme envoyées à la Faculté des sciences et de génie sont beaucoup plus détaillées.

Par ailleurs, l’Université Laval est l’une des rares universités québécoises à embaucher une directrice-conseil relations gouvernementales et affaires publiques, qui œuvre au sein de la direction des communications.