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Contre toute attente

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Photo AFP Donald Trump se complaît dans le mélodrame et la tragi-comédie.

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On n’en finit plus d’attendre. Attendre que Donald Trump choisisse les membres de son gouvernement. Attendre qu’il définisse plus clairement sa future politique économique et étrangère. Attendre qu’il admette que tout ce qu’il a dit en campagne électorale «C’était des jokes!». Ou l’inverse.

Impossible de ne pas imaginer le président désigné, jubilant devant autant d’empressement à l’entendre trancher dans un sens ou un autre. À l’inverse de Barack Obama («No drama Obama», comme son entourage le décrit depuis dix ans), Donald Trump se complaît dans le mélodrame et la tragi-comédie.

Le flirt, par exemple, qu’il entretient avec Mitt Romney doit être placé au sommet de ces grandes manipulations théâtrales. Hier soir encore, il s’est assuré que tout le monde le voit, attablé avec l’ancien gouverneur du Massachusetts au restaurant Jean Georges sur Central Park à New York. Hors de question d’être discret.

Romney, candidat républicain défait à la présidence en 2012, multimillionnaire de 69 ans qui se cherche un dernier grand défi à relever, se verrait bien défendre les intérêts américains à travers le monde. L’idée toutefois qu’il hérite, en devenant secrétaire d’État, du poste le plus prestigieux au sein du gouvernement après la présidence et la vice-présidence rend fous les collaborateurs de Trump.

PIRE QU’ENNEMI, TRAÎTRE

C’est que Mitt Romney, en mars dernier, a prononcé un des discours anti-Trump les plus implacables de cette élection présidentielle. «Voici ce que je sais», avait-il notamment affirmé, «Donald Trump is a phony and a fraud.» (L’anglais fait plus mal encore.) «La malhonnêteté caractérise Trump», avait-il poursuivi. «Quand vous pensez à ses qualités personnelles, vous pensez à sa brutalité, son avidité, sa vantardise, sa misogynie, ses mises en scène absurdes.»

Il avait conclu, «ses politiques intérieures conduiraient à la récession. Ses politiques extérieures compromettraient la sécurité des États-Unis et du monde. Il n’a ni le tempérament, ni le jugement pour être président.» Pas étonnant que l’équipe du Newyorkais perçoive comme une trahison la possibilité de faire de la grimace méprisante de Romney le visage du gouvernement Trump à l’étranger.

Romney va peut-être, malgré tout, gagner la bataille du département d’État. Trump aura ainsi voulu tendre la prophétique branche d’olivier aux élites de son parti d’adoption et pourra se vanter – pardonnez-moi l’expression – de s’être torché avec la condescendance de son ancien opposant. Ça ne se sera toutefois pas fait sans pleurs et hauts cris, au grand amusement du président élu.

UN MONDE FIGÉ

Il n’y a pas que ses proches qu’il tient sur les dents. Le monde entier, littéralement, n’ose pas trop s’avancer, de peur de se retrouver en porte à faux par rapport à la future Maison-Blanche. En Asie, les pays qui ont signé le Partenariat trans-pacifique savent que l’accord est voué à la déchiqueteuse, mais attendent de voir si un volet ou un autre va survivre à la rhétorique anti-libre-échange de la campagne électorale.

Les Territoires palestiniens sont, eux aussi, en stand-by. Trump a indiqué qu’il songeait à confier à son gendre, Jared Kushner, de confession juive, un rôle majeur dans de prochains efforts américains pour rapprocher Israéliens et Palestiniens. Le problème, c’est que personne n’a idée des positions du jeune homme de 35 ans sur un des conflits les plus complexes sur la planète.

Même cette Maison-Blanche-ci, celle d’Obama, attend de voir ce qu’il fera de l’Alena, de l’Obamacare ou du réchauffement des relations avec Cuba. Trump est dans son élément: il entretient le drame et le suspense.