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Les diplomates amateurs

Au Madagascar, on a surtout vu les limites de Justin Trudeau. Piégé par sa sensiblerie, la mort de Fidel Castro lui a fait oublier son statut de chef d’État.
PHOTO AFP Au Madagascar, on a surtout vu les limites de Justin Trudeau. Piégé par sa sensiblerie, la mort de Fidel Castro lui a fait oublier son statut de chef d’État.

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Il faut se défaire de cette illusion: Justin Trudeau n’est pas un poids lourd de la politique internationale. Il voudrait nous convaincre du contraire, mais, avec lui, le Canada n’est grandiose que dans l'abstrait.

Le Sommet de la francophonie l’a éloigné de la controverse entourant le financement du Parti libéral du Canada pour lequel M. Trudeau fait la manche au domicile de richissimes hommes d’affaires chinois.

Malheureusement, au Madagascar, on a surtout vu les limites du fils de PET. Piégé par sa sensiblerie, la mort de Castro lui a fait oublier son statut de chef d’État.

Cela a aussi montré la superficialité de ses convictions dans la défense des droits des opprimés. Au fond, on l’avait déjà compris, M. Trudeau est surtout bon à prendre la pose avec des lunettes roses.

Dictateur mort

Un dictateur est mort, voilà! Les Cubains enduraient Castro depuis longtemps, trop longtemps. Imaginez cinquante ans d’un même gouvernement!

Cuba est sorti jadis de la déchéance, mais pas de la pauvreté. Et Castro faisait des discours de sept heures pour nier cette réalité...

Après avoir pleuré l’«ami de la famille», M. Trudeau s’est donc contraint à la nuance: Euh, oui, des gens ont des «souvenirs d’une réalité difficile»...

Ça ne débordait pas de sincérité, mais il est difficile de s’élever quand tout ce qu’on veut, c’est de ne pas avoir l’air trop con.

Couillard

Le sommet de la francophonie n’a pas été beaucoup plus heureux pour Philippe Couillard.

Devant l’admission possible de l’Arabie saoudite, il affirme d’abord qu’il «est bon que ces pays s'intègrent aussi, ce n'est pas nécessairement bien de les isoler».

Mais le lendemain du vote de l’Organisation internationale de la francophonie, M. Couillard s’est dit heureux de voir l’Arabie saoudite tenue à l’écart... Pour le moins contradictoire.

Alors, soit il n’avait pas dit d’emblée la vérité, soit il ignorait ce qui se tramait dans les salons du pouvoir.

Mais la question centrale demeure : la francophonie accueillera-t-elle l’Arabie saoudite en son sein?

Les Saoudiens n’ont jamais montré quelque intérêt que ce soit pour l’apprentissage de la langue française. Alors d’où vient cet entichement pour la langue de Molière sinon du désir d’ouvrir de nouveaux canaux d’influence?

Les déclarations contradictoires de M. Couillard indiquent peut-être aussi qu’il n’y est pas foncièrement opposé.

Selon des médias africains, la candidature de l’Arabie saoudite doit être «complétée». Elle n’a donc pas été irrémédiablement rejetée.

Le Qatar

D’ailleurs, si le Qatar, un autre important bailleur de fonds de l’islam militant, a pu joindre l’Internationale francophile, sa grande sœur saoudienne suivra un jour ou l'autre...

Une dictature de plus ou de moins autour de la table ne changera pas grand-chose. La Francophonie ne sera toujours d’abord utile qu’à sa propre aristocratie.

Avec le Nouveau-Brunswick, le Québec et maintenant l’Ontario, Ottawa pourra «faire sûr» de «setter le stage» d'une diplomatie francophone unique au monde...