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Projet de Catania suspendu à cause d’un terrain contaminé

Le site du VillaNova, un des plus gros projets à Montréal, devait pourtant être déjà propre

La firme Dessau-Soprin, démantelée en 2014, a rédigé le plan de réhabilitation du site de la Jenkins, avant de passer le relais à la firme Solroc.
photo agence qmi, Élizabeth Laplante La firme Dessau-Soprin, démantelée en 2014, a rédigé le plan de réhabilitation du site de la Jenkins, avant de passer le relais à la firme Solroc.

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L’un des plus vastes projets domiciliaires à Montréal est suspendu. Le liquidateur du groupe Catania affirme avoir en main des tests qui démontrent que son vaste terrain de Lachine, qui devait avoir été nettoyé, est en fait hautement contaminé.

Selon une mise en demeure qu’a obtenue notre Bureau d’enquête, les dernières analyses démontrent que la vaste friche industrielle où doit être construit le projet VillaNova est toujours empoisonnée aux métaux lourds. Catania aurait même environ 6 M$ à dépenser en frais de décontamination supplémentaires, selon PricewaterhouseCoopers (PwC), le liquidateur des actifs de Catania.

Résultat: le projet est retardé de six mois et les premières unités ne seront pas livrées avant mars 2018.

En principe, les propriétaires précédents de l’ancienne usine Jenkins, Robert Sebag et ses associés, ont pourtant dépensé des millions pour décontaminer ce terrain, autrefois occupé par l’usine de valves Jenkins.

En 2011, la firme environnementale Solroc a même déposé un avis de décontamination au registre foncier, confirmé par un second en 2014. Son rapport conclut que les sols sont «conformes pour une utilisation résidentielle». «Aucune intervention environnementale supplémentaire n’est recommandée», spécifie le document.

Mais à la dernière minute cet automne, PwC aurait fait réaliser des tests qui démontrent une tout autre réalité. «[...] L’étude effectuée révèle la présence de contaminants dans des concentrations supérieures aux limites permises pour un usage résidentiel et même commercial ou industriel», mentionne la mise en demeure qu’a reçue Solroc le 16 novembre. Joint par notre Bureau d’enquête, le président de cette firme, Aimé Benssoussan, n’a pas voulu commenter.

PwC n’exclut pas de poursuivre également Robert Sebag qui, en tant que propriétaire du terrain durant les travaux de nettoyage, a signé l’avis de décontamination et l’a fait déposer au registre foncier en 2014.

Notre Bureau d’enquête a tenté en vain d’obtenir son point de vue. «Ça fait trois ou quatre ans que j’ai vendu ce terrain, je n’ai plus rien à faire là-dedans», a-t-il dit, avant de raccrocher.

Paolo Catania, Promoteur immobilier
Photo d'archives
Paolo Catania, Promoteur immobilier

Dérapage évité

Lachine a découvert les premiers indices de métaux lourds quand l’arrondissement a fait faire des tests dans le lot que le promoteur doit lui céder pour aménager un parc. «On voulait être sûr que le terrain était conforme», explique Martin Savard, directeur de l’arrondissement.

PwC a alors décidé de faire des vérifications sur le reste du site, pour se rendre compte que l’ensemble du terrain est contaminé.

Quelque 80 acheteurs potentiels ont déjà réservé des unités de la première phase du projet, dit Louis Aucoin, porte-parole de PwC. «Ils ont tous été avisés.»

Du roi du taudis à Catania

Avant Catania, le terrain du VillaNova appartenait à une compagnie à numéro, que se sont vendue et revendue quatre entrepreneurs différents. Ils ont tous été mentionnés à la commission Charbonneau ou eu des liens d’affaires avec le clan du caïd Raynald Desjardins, aujourd’hui en prison pour meurtre.

Le dernier à avoir détenu l’entreprise est Robert Sebag, connu comme «le roi du taudis» tant ses nombreux logements insalubres ont fait la manchette.

Jusqu’en 2009, il était associé à Jean-Guy Ste-Croix, qui a fait parler de lui pour diverses allégations de corruption, fraude et collusion.

En principe, ils auraient dépensé des millions de dollars pour faire décontaminer le site.

Promoteur « VIP » ?

En 2008, Claude Dauphin, l’actuel maire de Lachine, considérait Paolo Catania comme un «ami» qui devait être traité en «VIP», selon un mandat de perquisition qu’a obtenu l’Unité permanente anticorruption. Il était alors le nouveau président du comité exécutif de la Ville de Montréal.

L’entrepreneur lui aurait fait de nombreux cadeaux. Questionné à ce sujet, le maire assure n’être «jamais, jamais intervenu» pour favoriser un entrepreneur.

Comme il subit en ce moment des procès pour fraude et trafic d’influence, Paolo Catania refuse de commenter.

Le projet VillaNova

  • 2000 unités au total
  • 500 unités sur la phase 1, sur les terrains de l’ancienne usine de valves Jenkins
  • Les premières livraisons sont reportées, de l’automne 2017 à mars 2018
  • Le liquidateur de Catania, PricewaterhouseCoopers, veut mener le projet à terme afin de produire des profits et payer les créanciers de Catania, qui incluent la Ville de Montréal pour 23 M$