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Réussite : à la recherche de la recette magique

Visite du collège Régina Assumpta
Photo d’Archives Quelle est donc la recette magique de l'école privée ?

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En cette période de consultation sur la réussite éducative, j’ai décidé de faire ma juste part. Tout comme mon ministre, j’ai cette obsession en tête : comment favoriser la réussite à prix modique ?

Tel un preux chevalier à la recherche du Graal, ma quête a débuté, il y a de cela quelque temps. Selon une légende, il existe un grimoire qui renferme la recette magique du succès. Un amalgame d’ingrédients qui favorise la réussite.

Cette grande aventure de par le monde m’a mené à explorer plusieurs écrits. J’ai cherché sans relâche. Puis, j’ai enfin trouvé. La légende disait vrai ! J’ai découvert la fameuse recette dans un texte formidable intitulé « La clé de la réussite de l’école privée »

Aujourd’hui, je vous offre cet extrait miraculeux et comme dirait ma grand-mère, « ça coûte gratis » :

« Si l’école privée affiche des taux de réussite aussi élevés, ce n’est pas parce qu’elle sélectionne les meilleurs élèves. C’est parce qu’elle sélectionne son personnel et le mobilise autour d’un projet éducatif étoffé et inspirant. C’est parce qu’elle valorise l’autonomie et le développement professionnel de ses enseignants. Au-delà de la diplomation, elle offre aux jeunes qui la fréquentent un encadrement serré, du plaisir dans l’effort et différentes possibilités de s’épanouir en classe et à l’extérieur de la classe. »

Qui est donc ce prophète qui nous offre gracieusement le secret de son succès ? Il s’agit de M. Jean-Marc Saint-Jacques, président de la Fédération des établissements d’enseignement privés (FEEP).

Trêve de plaisanteries

En ce temps de réjouissances, je ne veux surtout pas jouer les trouble-fête... Néanmoins, je dois tout de même vous aviser que M. Saint-Jacques prend un malin plaisir à inonder la sphère publique de ses lettres d'opinion qui mettent en valeur son sophisme préféré : la fausse causalité.

J'accueille donc avec scepticisme la recette miracle du grand chef de la FEEP. En effet, les DG de toutes les commissions scolaires de la province pourraient mentionner l’utilisation des mêmes ingrédients.

Pourquoi alors ces différences entre les taux de réussite des écoles privées et des écoles publiques ?

Afin de prévenir les attaques possibles quant à son affirmation à l’égard de la sélection des meilleurs élèves, le président de la FEEP utilise une étude de l’Institut Fraser.

Vous connaissez cet organisme financé par les adeptes du néolibéralisme ? Ce véhicule de propagande irait jusqu’à convaincre ma grand-mère de me facturer pour l’utilisation de sa citation.

D’ailleurs, M. Stéphane Lapointe, président de la Fédération du personnel de l'enseignement privé, dénonçait récemment le manque flagrant de rigueur de cette organisation.

Preuve de ma bonne foi, j’ai tout de même consulté ledit document. En ce qui concerne le mythe de la sélection des meilleurs élèves à l’école privée, il est impossible d’arriver à une telle conclusion.

Malgré tout, si l’on considère cette hypothèse douteuse que l’école privée ne sélectionne pas les élèves selon les résultats, il est quand même permis de penser qu’elle sélectionne les parents de ses élèves. On appelle ça une discrimination socio-économique.

Fait à noter, en parcourant l’Évangile selon Saint Fraser, j’ai trouvé un tableau fort intéressant nous indiquant que la subvention des écoles privées est de l’ordre de 60 %. Pourtant, Monsieur Saint-Jacques, qui choisit toujours habilement ses sources afin d’abattre les préjugés, nous mentionne que l’école privée est subventionnée à hauteur de 40 %. Il est fort étrange que le président de la FEEP n’ait pas eu cette révélation !

Bref, la morale de l’histoire est la suivante : il ne s’agit pas de discuter de la perception de la réalité selon monsieur Saint-Jacques ou selon moi. L’objectif ultime doit être d’offrir une véritable chance à ces trop nombreux enfants que le système d’éducation abandonne...

Je dirais même plus que la société des gens « favorisés » (comme le ministre, le président de la FEEP et moi !) abandonne.

À ce propos, je m’en voudrais de ne pas citer monsieur Saint-Jacques dans l’un de ses rares moments de lucidité quant à la finalité de l’éducation : « ...valorisons les initiatives en éducation qui permettent à des élèves aux profils variés de s’engager activement dans leur éducation, de réussir et de devenir des adultes bien équipés pour être heureux et contribuer à améliorer notre société. »

Il ne manque qu’une belle condition à ce souhait divin : « À nous d’agir en conséquence et à nous d’agir au nom du bien commun. »

Comme le disait un sage du nom de Peter Parker : « with great power comes great responsibility. »