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Un plaidoyer très politique

FD-VAILLANCOURT-COUPABLE
Photo Agence QMI, Maxime Deland

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Gilles Vaillancourt en prison. Ne boudons tout de même pas notre plaisir collectif à le savoir. Sans crier à la «sentence bonbon», pour avoir dirigé et exploité un réseau élargi voué au vol répété du trésor public à des fins d’enrichissement personnel, le roi déchu de Laval s’en est néanmoins tiré à bon compte.

En indécrottable bête politique qu’il sera toujours, sa reconnaissance in extremis de culpabilité est certes le moins mauvais des scénarios pour l’ex-maire de Laval. Après avoir été accusé de gangstérisme – un crime aussi rare en politique que gravissime –, reconnaître sa culpabilité lui sauve littéralement la peau.

En se limitant aux accusations de complot, fraude et abus de confiance, cette reconnaissance de culpabilité lui épargne une peine potentiellement bien pire encore que les six ans d’incarcération négociés par la défense et la Couronne. D’autant plus sauvé qu’il serait même admissible à une libération conditionnelle d’ici plus ou moins deux ans.

Le remboursement de 8,5 millions de dollars impressionne, mais il laisse planer le doute sur de possibles montants restants encaissés, comme le reste, de manière frauduleuse.

À l’abri, dans tous les sens...

La reconnaissance de culpabilité de M. Vaillancourt le placerait aussi à l’abri de toute poursuite fiscale ou civile. Surtout, elle prive les citoyens de la preuve complète et du montant réel du délit. Considérant l’ampleur et la longévité passées de son influence jusque dans les coulisses provinciales du pouvoir, cette preuve était d’intérêt public.

Bref, le «king» lavallois de la magouille, si «humilié» soit-il, aurait pu s’en sortir nettement plus amoché.

À travers son avocate, l’homme se disait hier «en recherche de paix». Il l’aurait sûrement trouvée plus vite s’il n’avait pas passé les dernières années à tout nier du haut de son arrogante faconde habituelle.

Pour l’Unité permanente anticorruption (UPAC), l’aveu de l’ex-maire constitue également sa plus belle prise à date. Le gouvernement Couillard s’en sert aussi pour jurer, la main sur le cœur, que «personne n’est au-dessus des lois». Vraiment?

La question se pose

S’il est vrai que la maxime s’applique dorénavant à Gilles Vaillancourt, combien d’autres «vedettes» politiques présentes ou nommées à la commission Charbonneau, faute de preuves béton pour un tribunal, continuent à vaquer à leurs carrières dans la plus parfaite impunité? La fraude reprochée à M. Vaillancourt s’étendant de 1996 à 2010, la question se pose.

Une corruption aussi étendue ne peut régner aussi longtemps sans qu’un écosystème lui facilite la tâche. Ce scandale ne remonte quand même pas à l’ère Duplessis. Et Laval n’est pas un petit village perdu où les notables du coin se partagent discrètement la dîme du dimanche.

Alors, qui fermait les yeux devant l’Empereur corrompu, et pourquoi? Qui en a profité? Qui protégeait-il et qui le protégeait? Pourquoi tant d’années de silence alors que des journalistes enquêtaient et que, paraît-il, «tout le monde savait» ce qui se tramait dans son royaume pourri?

Une partie de la même classe politique officiant toujours à Québec, ces questions méritent réponses.