/investigations
Navigation

Sociétés-écrans, payantes, mais risquées

Notre source nous raconte son expérience à titre de prête-nom sous contrat avec des avocats suisses

Sociétés-écrans, payantes, mais risquées
Photo Facebook

Coup d'oeil sur cet article

Les prête-noms québécois qui, comme la mystérieuse Annette Laroche, acceptent de représenter les sociétés-écrans de clients offshore jouent un jeu potentielle­ment payant, mais dangereux, explique une source de notre Bureau d’enquête bien placée dans cette industrie en Suisse.

Le Journal expliquait hier comment Annette Laroche a servi d’«administratrice» pour une pléiade d’hommes d’affaires louches cachés derrière des sociétés-écrans québécoises.

Quand deux d’entre eux se sont fait pincer pour une fraude fiscale de 50 M$ US, cette secrétaire juridique de Deux-Montagnes a dû aller s’expliquer sous serment aux États-Unis.

Elle a déclaré qu’elle ignorait représenter deux escrocs en signant les documents pour leur entreprise québécoise.

Selon notre source en Suisse, ce genre de situations est fréquent, soit parce que l’administrateur bidon ne veut pas le savoir, soit parce qu’on lui ment carrément... comme ça lui est déjà arrivé.

«Dans un cas, un bureau d’avocat m’avait dit qu’une société appartenait à un homme d’affaires respectable, alors que le réel propriétaire de la société était recherché pour trafic de drogue et blanchiment d’argent, dit notre source. Il avait même écopé d’une peine de prison.»

Clients lucratifs

Ce genre de clients «sensibles» – escrocs, mafieux, politiciens corrompus – sont extrêmement lucratifs pour les avocats et les comptables qui les représentent en Suisse, au Luxembourg ou ailleurs.

«Ils peuvent facturer plus de 100 000 $ pour démarrer la société-écran et ouvrir le compte bancaire pour ces clients plus risqués», dit notre source.

À ce stade, ils doivent cependant convaincre le prête-nom local de prendre un grand risque: signer des formulaires en blanc, quitte à lui mentir sur l’identité réelle de l’actionnaire de la société-écran.

«L’avocat inscrira sur les documents bancaires le nom du prête-nom comme propriétaire final et unique signataire», explique notre expert suisse. Les Annette Laroche de ce monde continuent ensuite à faire leur travail: signer des documents sur demande, les yeux fermés.

«Toi, le pauvre con naïf, tu fais 800 $ pour une société, et l’avocat qui t’a référé l’affaire, qui t’a menti sur le client final et qui a rempli les documents d’ouverture de compte pour te mettre partout, a empoché 100 000 $, explique notre source. Si la situation se corse, c’est toi qui l’as en pleine gueule. L’avocat, lui, n’apparaît dans aucun document.»

Payant... quand tout va bien

Habituellement, les prête-noms savent cependant qui est l’actionnaire réel de la société qu’ils représentent sur papier.

«Nous demandons à nos clients de nous informer par écrit de l’identité des actionnaires», dit notre source.

Quand tout va bien, l’affaire peut rapidement devenir lucrative. «Si tu atteins 500 clients, ils te rapporteront 400 000 $ de chiffre d’affaires annuel. Après les dépenses d’exploitation, il te restera donc 300 000 $ par an pour travailler 30 ou 35 heures par semaine.»