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Et si Lisa LeBlanc chantait notre hymne national?

Le ministre Proulx lors de l'annonce des consultations sur la réussite éducative.
Photo Agence QMI, Joël Lemay Le ministre Proulx lors de l'annonce des consultations publiques sur la réussite éducative.

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Ma tolérance aux absurdités de notre système d’éducation a atteint sa limite lors de l’hiver 2015. À cette époque, j’ai décidé de me remettre à l’écriture. Ainsi, quelques-unes de mes lettres d’opinion furent publiées dans deux quotidiens montréalais.

Cette reconnaissance m’a incité à m’investir davantage. À l’automne 2015, j’ai créé mon blogue afin d’entreprendre ma petite révolution personnelle. Plein d’espoir, j’ai alimenté ce blogue pendant toute l’année scolaire 2015-2016.

Puis, à l’aube des vacances d’été, j’ai enfin vu la lumière au bout du tunnel...

Le ministre Proulx annonce alors la tenue d’une consultation sur la réussite éducative. Youpi ! Une tournée du changement ! Avec joie et bonheur, j’ai complété le formulaire d’inscription officiel.

Tel un enfant qui attend sa lettre du Père-Noël, c’est le 7 octobre que j’ai reçu la grande demande : « Nous désirons vous informer que vous avez été retenu pour participer à titre individuel à la rencontre régionale. À cette occasion, vous aurez la possibilité de vous prononcer sur l’avenir de nos élèves et de mettre en valeur des idées et des pratiques novatrices au regard de la réussite éducative... »

Je me suis donc dirigé à Scott afin de participer à ce magnifique exercice démocratique. À ce moment, j’étais loin de me douter que cette lumière au bout du tunnel était en réalité celle du train qui allait me frapper.

Je vous raconte mon expérience. À titre de comparaison, je vous dirais que je me sentais comme un élève dans un mauvais cours.

Imaginez une grande classe. Devant, M. Proulx travaille en team teaching avec la sous-ministre. Il y a environ 35 élèves dans le cours. L’enseignant (M. Proulx) a pris soin de diviser ses élèves en six équipes de travail :

Équipes 1 et 2 : le personnel administratif (école et commission scolaire)

Équipes 3 et 4 : le personnel scolaire autre qu’administratif

Équipe 5 : les parents

Équipe 6 : les citoyens

Je dirais gentiment que ça fait des équipes hétéroclites. L’objectif étant d’arriver à un consensus en une trentaine de minutes sur chacun des trois axes proposés par le ministre, les discussions sont discordantes autour d’une telle table. La diversité des préoccupations de chacun a rendu l’exercice plutôt improductif.

J’ai entendu plusieurs souhaits d’améliorations possibles, mais très peu de moyens concrets. Vous me répondrez : « Et les autres tables ? » Sachez que j’ai eu le privilège d’entendre la synthèse des porte-parole de chacune des équipes. Un beau résumé d’environ deux minutes par axe proposé. Mon constat ? Ce n’était guère mieux chez mes voisins.

Quelle était l’intention pédagogique derrière l’activité ? Malgré mon incompréhension, je me sentais en confiance... Il y avait sept observateurs à une table (probablement des gens du ministère) et sept autres personnes qui regardaient leur cellulaire à une autre table (probablement la garde rapprochée du ministre). Je me suis dit que le prof Proulx était bien entouré et que son activité était sûrement bénéfique pour le peuple.

J’ai retenu une chose lors de mon passage à cette consultation : j’aime bien passer pour un imbécile lorsque je le décide moi-même. Par contre, lorsqu’on me prend sciemment comme tel, je deviens un peu moins patient.

Suite à mon expérience décevante, j’ai repris le volant en direction de Québec. En fixant l’horizon, je me suis surpris à rêvasser à un échange avec mon ministre de l’Éducation :

- M. Proulx, vous savez que les écoles privées ne sont pas financées en Ontario et que 95 % des élèves fréquentent les écoles publiques ?

- Oui.

- Vous savez également que l’écart entre le taux de diplomation de l’Ontario et celui du Québec est d'environ 10 % ?

- Oui.

- Vous croyez qu’il s’agit d’une coïncidence ?

- M. Dancause, je suis ici pour améliorer le système. Nous ne pouvons pas nous permettre de perdre un temps précieux à discuter de structure.

- Je vois. J’aurais assurément une solution plus simple. Je crois que ça motiverait les élèves des groupes dits « réguliers ». Vous savez qu’ils font jouer l’hymne national au début de la journée dans les écoles ontariennes ? Voilà peut-être une piste intéressante.

- Ah oui ! M. Couillard adorerait l’idée, mais je ne suis pas certain que ça passerait dans l’opinion publique. Malgré tout, vous avez raison. L’hymne national a sûrement un impact positif sur la réussite. Il nous faudrait notre propre hymne national... Vous avez une suggestion ?

- Pourquoi pas Aujourd’hui, ma vie c’est d’la marde de Lisa LeBlanc ? Votre proposition créera l’impression chez les jeunes abandonnés par le système que « peut-être que demain ça ira mieux.» L’espoir M. Proulx, l’espoir...