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Des tatouages pour oublier le passé

Une jeune femme a amassé 1600 $ en sociofinancement pour camoufler ses blessures d’automutilation

Alexa Fontaine réussit aujourd’hui à regarder devant, la tête bien haute. Malgré tout ce qu’elle a vécu, elle poursuit ses études pour réaliser son rêve de devenir ambulancière.
Photo Jean-François Desgagnés Alexa Fontaine réussit aujourd’hui à regarder devant, la tête bien haute. Malgré tout ce qu’elle a vécu, elle poursuit ses études pour réaliser son rêve de devenir ambulancière.

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Blessée par des années d’automutilation, mais avant tout par la vie, une jeune femme de Québec a sollicité les internautes pour l’aider à payer les tatouages qui lui permettront de réaliser son plus grand souhait: ne plus être que «la fille aux cicatrices».

Le parcours d’Alexa Fontaine, bien que bouleversant, a aujourd’hui tout pour inspirer. Après une tentative de suicide, des troubles alimentaires et de graves problèmes de dépression et d’automutilation, la jeune femme âgée de 18 ans a mis derrière elle ses démons pour réaliser son rêve de devenir ambulancière. Toujours aux études, la jeune femme a aussi fait le choix d’être reconnue pour ce qu’elle est plutôt que pour son passé difficile.

«À l’école, les gens ne savaient pas mon nom, mais j’étais pour eux la fille aux cicatrices. Je l’entends encore dans mon dos et ça fait mal», raconte la jeune femme qui caressait le rêve de camoufler ses profondes marques depuis longtemps.

Avant Après
Photo courtoisie
Photo courtoisie

Touchés par son histoire

Incapable financièrement de s’offrir ce cadeau qui la changera à jamais, Alexa s’est tournée vers le sociofinancement. Elle a amassé au total plus de 1600 $, offerts bien souvent par des inconnus touchés par son histoire.

Les deux premières étapes de son tatouage maintenant complétées, la jeune femme se sent changée. «Je voyais le mot FAT tailladé dans ma cuisse chaque matin. Comment tu veux t’aimer dans ce temps-là? Mais là, ça change la dynamique que j’ai avec mon corps.» Ces œuvres d’art qui recouvrent aujourd’hui les profondes coupures lui ont permis de faire un pas de plus vers la guérison.

Habituée de se couper si sévèrement qu’elle devait subir des opérations pour réparer les dommages, Alexa voit ses tatouages comme une sorte de barrière contre les moments de faiblesse. «C’est tellement beau maintenant, je ne peux plus faire ça. Ça m’empêche de recommencer.»

Rares images positives

Si elle a pris la décision de s’afficher aussi ouvertement sur le web et de rencontrer Le Journal, c’est aussi pour aider d’autres jeunes qui traverseraient ce qu’elle a vécu. Parce que les images positives sont rares dans le sombre monde de l’automutilation.

«Il y a beaucoup de choses qui s’écrivent sur internet, mais c’est plus souvent pour t’encourager à te faire du mal. J’aurais aimé ça trouver quelqu’un qui a réussi à s’en sortir, mais je n’ai jamais trouvé cette histoire», raconte Alexa, qui a tout aujourd’hui pour devenir cette histoire inspirante qui finit bien.

Un manque de ressources qui fait des dommages

Pendant que le phénomène prend de l’ampleur, notamment en raison des médias sociaux, le suivi psychiatrique pour les jeunes qui ont des problèmes d’automutilation est de plus en plus compliqué.

Comme dans bien d’autres départements du système de santé québécois, les ressources seraient insuffisantes en santé mentale, selon un psychiatre de Québec.

Détresse

«L’idée de l’automutilation, par exemple, c’est quelqu’un qui vit une certaine détresse et qui a besoin d’aide pour une situation immédiate. Mais consulter rapidement un travailleur social ou un psychologue dans un CLSC, c’est à peu près impossible. Il y a des semaines, voire des mois d’attente», déplore le psychiatre Frédéric Charland.

«Condamnés à recommencer»

L’automutilation étant bien souvent la seule façon d’exprimer le mal-être de ces personnes, une certaine gradation dans les lésions et dans la fréquence peut donc s’installer rapidement s’il n’y a aucune prise en charge.

«Ces gens-là sont donc en quelque sorte condamnés à recommencer parce que c’est la stratégie utilisée pour gérer des conflits qui ne se résolvent pas», explique le Dr Charland pour décrire ce cercle vicieux.

Le président du comité de psychiatrie de l’enfant et de l’adolescent à l’Association des médecins psychiatres du Québec soutient que le manque de ressources représente donc un réel défi pour le système.

«Ça peut évidemment entraîner un manque de suivi. Un problème qui était mineur au départ peut s’aggraver et devenir réellement problématique», fait remarquer le Dr Charland qui a observé une certaine hausse des cas au cours des dix dernières années.

«Il y a un certain entraînement social qui s’est fait par rapport à ça, avec les réseaux sociaux notamment.»