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Notre Bureau d’enquête fait bouger les choses

Le maire de Terrebonne,  Jean-Marc Robitaille
photo d’archives L’ex-maire Jean-Marc Robitaille.

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Encore une fois en 2016, les reportages des journalistes de notre Bureau d’enquête ont fait bouger les choses. Un maire mis en cause par l’UPAC a dû démissionner. Des appels d’offres tendancieux dans le domaine des télécommunications et de l’informatique ont été annulés ou révisés. Les quotas de Revenu Québec ont été supprimés et de nombreux guichets automatiques clandestins ont été découverts partout dans la province.

 

Démission et congés de maladie à Terrebonne

 
Jean-Louis Fortin

«Terrebonne rongée par la corruption, selon l’UPAC», titrait Le Journal le 11 octobre dernier.

Notre Bureau d’enquête publiait en exclusivité des documents produits par l’Unité permanente anticorruption (UPAC), qui révélait l’ampleur des malversations alléguées qui visent l’administration du maire Jean-Marc Robitaille.

Les enquêteurs ont en main des témoignages faisant état de pots-de-vin de dizaines de milliers de dollars en argent comptant, de séjours en pourvoirie et dans le Sud payés à des élus par des entrepreneurs, et de collusion.

Moins d’un mois plus tard, le 8 novembre, Jean-Marc Robitaille annonçait sa démission en invoquant des raisons de santé.

D’autres élus et fonctionnaires de la Ville ont pris un congé de maladie. Le directeur général de la Ville, Luc Papillon, a pour sa part été suspendu avec solde le temps de l’enquête policière, qui n’est pas encore terminée.

 

Le ménage dans les appels d’offres

 
Jean-Nicolas Blanchet
Bureau d’enquête
 

Notre Bureau d’enquête a constaté qu’un appel d’offres de 8 M$ en télécommunications soulevait plusieurs questions et que leader américain Cisco était avantagé.

Le maire de Terrebonne,  Jean-Marc Robitaille
Photo TWITTER

Le lobbyiste de Cisco, avant l’appel d’offres, était l’ancien député fédéral et collègue libéral de Denis Coderre, Paul Zed. Le maire avait aussi lancé, comme conférencier, au congrès annuel de Cisco à Montréal, que la Ville avait «besoin» de l’aide de «parties prenantes», comme Cisco et ses partenaires. Le cabinet du maire nous avait dit que de faire un lien entre le maire et Cisco serait «grave».

Le Bureau de l’inspecteur général de la Ville a été appelé à examiner le dossier. Finalement, l’appel d’offres a été annulé. L’attachée de presse du maire a souligné que l’annulation s’expliquait par «de nouveaux besoins justifiés par une évolution de l’orientation technologique».

Après une étude de marché, le gouvernement du Québec avait l’intention d’octroyer 64,5 M$ à la firme informatique Logibec, dans laquelle ont été impliqués des membres influents du Parti libéral du Québec.

Tant le gouvernement que la firme avaient nié tout favoritisme. Mais dans l’industrie, plusieurs joueurs ont contesté la démarche. Au lieu de faire un appel d’offres, Québec forçait les entreprises concurrentes à prouver qu’il pouvait faire le même travail que Logibec, et à moindre coût.

Une entreprise a réussi à le prouver et un appel d’offres a donc été enclenché, assurant ainsi une guerre de prix. Le processus est toujours en cours.

 

L’État forcé de réagir

 
Jean-François Cloutier
Bureau d’enquête
 

Fin des quotas chez Revenu Québec

Notre Bureau d’enquête avait révélé en décembre 2015 l’existence d’une bande vidéo montrant deux vérificatrices de Revenu Québec parler de bonis de performance et de quotas de récupération fiscale à l’heure. Nous avons aussi publié les histoires de personnes connues, dont le chanteur Marc Hervieux et le restaurateur Normand Laprise, aux prises avec des cotisations jugées arbitraires du fisc.

<b>Carlos Leitao</b><br />
Ministre des Finances
Photo d'archives, Simon Clark
Carlos Leitao
Ministre des Finances

Après s’être entêté à nier toute forme de quotas pendant des mois, le ministre des Finances Carlos Leitao a annoncé cet automne la fin des «objectifs quantitatifs» de récupération fiscale chez Revenu Québec. Revenu Québec a aussi introduit une charte des contribuables visant à mieux informer le citoyen de ses droits lors d’une vérification.

2000 guichets clandestins découverts après notre enquête

Au printemps dernier, nous révélions l’existence de très nombreux guichets automatiques non accrédités aux quatre coins du Québec. Ces appareils sont réputés très vulnérables au blanchiment d’argent.

À l’automne, l’Autorité des marchés financiers (AMF) a déposé des poursuites pénales contre au moins cinq exploitants de guichets qui opéraient sous le radar des autorités. La Sûreté du Québec a aussi révoqué le rapport d’habilitation d’une importante entreprise de guichets de Montréal, qui a ensuite été vendue.

L’AMF a dit avoir découvert 2000 guichets non accrédités après notre reportage.

Fin du bar ouvert pour des médecins

Notre Bureau d’enquête révélait à la fin 2015 le fait que des médecins pouvaient faire jusqu’à 5000 $ par jour pour participer à des séances de vaccination contre la grippe où leur présence n’est pourtant nullement requise. C’est une infirmière qui piquait le patient et faisait l’essentiel du travail.

L’Ordre des infirmières du Québec a réagi à notre article en dénonçant un comportement immoral et choquant. La Fédération des médecins omnipraticiens du Québec a accepté de conclure une entente cet automne avec le gouvernement pour réduire de moitié la rémunération des médecins lors des séances de vaccination, voulant éviter que cette activité soit considérée avant tout comme une business lucrative.