/opinion/columnists
Navigation

Nos militaires oubliés

Coup d'oeil sur cet article

C’est un bien triste rappel de la détresse qui existe parmi nos anciens des Forces armées qui nous est offert en ce début d’année. Selon toute vraisemblance, Lionel Desmond, un Canadien ayant servi en Afghanistan, s’est enlevé la vie après avoir tué les membres de sa famille.

Des proches de cette famille décimée de la Nouvelle-Écosse affirment que l’homme cherchait à obtenir du soutien pour un problème de stress post-traumatique, mais n’a pas reçu l’aide requise. Un scénario connu, une situation maintes fois dénoncée.

Cinquante-quatre cas de suicides de militaires sont officiellement répertoriés pour les trois dernières années au Canada. Au prorata de la population, il s’agit d’un taux de suicide tout à fait anormal.

Un fléau

Durant l’année 2016, le Globe and Mail a mené une vaste enquête sur le fléau du suicide parmi les militaires ayant participé aux difficiles missions en Afghanistan. Ils ont dénombré pas moins de 70 décès par suicide parmi ceux-ci.

Chose étonnante, les Forces armées canadiennes ne tiennent pas de relevé de ces tragédies. D’ailleurs, les témoignages des proches autant que les réponses officielles de l’Armée tendent à démontrer que lorsque survient le suicide d’un ex-militaire, l’armée ne se sent pas directement concernée. C’est le suicide d’un simple citoyen.

Cette situation a de quoi nous faire honte. Comme citoyens du Canada, nous acceptons que des jeunes gens de chez nous soient envoyés au combat dans le cadre de missions périlleuses, mais que nos élus ont jugées nécessaires.

Indifférence collective?

Pouvons-nous collectivement nous laver les mains devant la détresse qui s’ensuit? Devant les chocs psychologiques qui gardent des ex-militaires dans l’abîme? Quand l’armée s’en lave les mains, quand le gouvernement canadien s’en lave les mains, nous tous, nous en lavons les mains collectivement par extension.

Nous connaissons déjà les difficultés des Forces armées canadiennes dans la gestion des problèmes sociaux et des situations humaines. Le cas des agressions sexuelles et du harcèlement en a fourni un autre exemple. Nous sentons quand même que durant l’année 2016 un virage a été pris et que les choses changent.

L’excuse souvent entendue consiste à dire que ce n’est pas dans la nature des militaires de demander de l’aide. Un ex-militaire m’a déjà raconté en ondes que l’escalier menant au bureau d’aide psychologique avait été baptisé «escalier de la honte». Voilà qui donne une idée du niveau d’intérêt qui existe a priori pour ces services d’aide.

Tous craignent que le recours à ce genre de soutien soit perçu comme un signe de faiblesse. Exactement le genre de pièce à ton dossier qui minera tes chances d’obtenir des promotions et de devenir un haut gradé.

Mais cette excuse ne peut plus tenir. Lorsque des gens reviennent de missions difficiles, l’Armée a le devoir de jouer un rôle proactif dans l’identification des cas de détresse et le soutien constant des personnes dans le besoin.

La multiplication des cas d’anciens de l’armée qui s’enlèvent la vie donne une impression d’indifférence crasse au plus haut niveau qui devient franchement gênante.