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Le caribou forestier peut être sauvé

Des études rendues publiques montrent qu’on peut rétablir le caribou sans perdre trop d’emplois

Les caribous forestiers ont besoin de grandes forêts relativement intactes pour se nourrir de lichens et se protéger des prédateurs. Il n’en resterait que 6500 à 8000 au Québec.
Photo gary gulash Les caribous forestiers ont besoin de grandes forêts relativement intactes pour se nourrir de lichens et se protéger des prédateurs. Il n’en resterait que 6500 à 8000 au Québec.

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ROUYN-NORANDA | Depuis 150 ans, le caribou forestier a été forcé de se déplacer de plus de 1000 kilomètres vers le nord, si bien qu’il est aujourd’hui menacé de disparition. Le sauver exigera la création d’immenses aires protégées, ce que Québec tarde à faire.

Alors que Québec a annoncé avant Noël la fin de la chasse sportive au caribou migrateur du troupeau de la rivière aux Feuilles, qui compte près de 200 000 individus, le gouvernement Couillard n’a toujours pas annoncé la création d’aires protégées pour le caribou forestier, un écotype qui vit plus au sud, en grande partie dans la forêt commerciale.

Il ne resterait qu’entre 6500 et 8000 caribous forestiers au Québec, une espèce qui tolère mal la cohabitation avec l’humain puisque, pour se nourrir et se protéger des prédateurs, il a besoin d’immenses forêts matures très peu perturbées.

Pourtant, on retrouvait des caribous forestiers jusqu’en Nouvelle-Angleterre dans les années 1850. «Les caribous que l’on retrouve au Québec sont des reliques de cette époque qui ont fui les humains», a dit Pier-Olivier Boudreault, de la Société de la nature et des parcs.

Pier-Olivier Boudreault, SNAP Québec
Photo courtoisie
Pier-Olivier Boudreault, SNAP Québec

Emploi ou caribou ?

Pendant la campagne électorale de 2014, Philippe Couillard avait déclaré qu’il ne sacrifierait pas une seule job en forêt pour les caribous.

Or, une étude rendue publique par le gouvernement soutient que l’on pourrait grandement aider les caribous forestiers en réduisant les coupes forestières entre 4 et 15 %.

Il n’en fallait pas plus à la Société pour la nature et les parcs pour dire que l’on pourrait rétablir le caribou forestier avec très peu d’impacts sur l’économie.

«On ne fait pas d’omelette sans casser des œufs. C’est sûr que les forêts que l’on va protéger, c’est du bois qu’on ne récoltera pas. Mais chaque année, les forestières ne récoltent qu’environ 80 % du bois qui leur est alloué. Les chiffres laissent entendre qu’il y a une certaine marge de manœuvre pour le rétablissement du caribou et le maintien des emplois», a dit Pier-Olivier Boudreault de la SNAP-Québec.

Une étude dévoilée récemment par l’équipe de rétablissement du caribou forestier suggère la création de cinq aires protégées d’environ 10 000 km2 chacune.

Selon Francis Forcier, ingénieur au ministère de la Faune, Québec devrait annoncer en 2017 la création d’une aire protégée dans les Montagnes Blanches au Lac-Saint-Jean. «On est en train de faire le détail du contour pour éviter les claims miniers, qui ne peuvent pas être inclus dans l’aire protégée», a dit M. Forcier.

10 % de chances de survie

Les deux hardes de caribous forestiers les plus au sud ont moins de 10 % de chances de survie, selon le gouvernement.

À Val-d’Or, il ne resterait qu’une douzaine d’individus et environ 80 dans Charlevoix, mais Québec tente toujours de les maintenir.

«C’est comme de donner de l’Aspirin à quelqu’un qui a le cancer généralisé. Il va finir par mourir quand même. Le gouvernement devrait mettre ses efforts sur les troupeaux qui peuvent encore être sauvés», a dit Henri Jacob, président de l’Action boréale.

1000 kilomètres plus au nord

À ne pas mélanger : Au Québec, il y a trois écotypes de caribous.

Le caribou forestier

Vit principalement dans la forêt boréale et on compte entre 6500 et 8000 individus au Québec. Il est considéré comme menacé au Canada et vulnérable au Québec.

Le caribou montagnard

Vit surtout en Gaspésie et est isolé des autres caribous du Québec. Le dernier inventaire de 2009 fait état d’environ 250 individus alors qu’il y en avait de 700 à 1500 dans les années 1950. Il est considéré comme menacé au Québec.

Le caribou toundrique

Comprend les troupeaux de la rivière aux Feuilles et de la rivière George dans le Nord-du-Québec. Il s’agit du seul écotype de caribous migratoire. Ils traversent plus de 2000 kilomètres par année. Leur population varie beaucoup selon un cycle plus ou moins bien compris.

Cinq secteurs à protéger

 

Les caribous forestiers ont besoin de grandes forêts relativement intactes pour se nourrir de lichens et se protéger des prédateurs. Il n’en resterait que 6500 à 8000 au Québec.
Photo d'archives

1. Montagnes Blanches-Plétipi-Manicouagan

D’une superficie de 16 191 km2, ce territoire est situé sur la Côte-Nord au nord-est du réservoir Manicouagan et au Saguenay-Lac-Saint-Jean au nord du réservoir Manouane. La coupe forestière est déjà interdite sur 55 % du territoire. Le secteur des montagnes blanches est particulièrement propice aux caribous forestiers. Selon Québec, la superficie de l’aire pourrait plutôt être de 10 000 km2

2. Romaine

D’une superficie de 13 968 km2, ce territoire est situé sur la Côte-Nord à l’est de la rivière Romaine et jusqu’au Labrador au nord. La coupe forestière n’y est pas permise.

3. Opocopa

D’une superficie de 4829 km2 et situé au sud-est de Fermont sur la Côte-Nord. La coupe forestière n’y est pas permise, mais on prévoit faire passer un chemin de fer dans le secteur.

4. Emmanuel

Ce territoire d’une superficie de 7115 km2 est situé dans le Nord-du-Québec au nord du lac Mistassini, et la coupe forestière y est déjà interdite. Par contre, 11 % du territoire est couvert par des titres miniers.

5. Grasset

D’une superficie de 8712 km2, ce territoire est situé au nord et à l’ouest de Matagami. La coupe forestière y est interdite sur 62 % du territoire, mais près de 25 % du secteur est couvert de titres miniers.

Source: Équipe de rétablissement du caribou forestier

Le recul du caribou forestier

  • 2002 : Désigné menacé par Ottawa
  • 2005 : Désigné vulnérable par Québec
  • 2012 : Programme de rétablissement par Ottawa
  • 2013 : Plan de rétablissement pour le Québec disant qu’il faut créer des aires protégées de 10 000 km2
  • 2015 : Québec s’engage à créer une aire protégée dans les Montagnes Blanches
  • 2016 : Dévoilement d’études qui montrent que l’impact économique de la protection ne serait pas si grand