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Trump menace-t-il l’industrie automobile canadienne?

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MONTRÉAL – Il n’y a pas que le Mexique qui pourrait pâtir des menaces de tarifications aux frontières du président élu Donald Trump pour protéger l’industrie automobile américaine: elles peuvent affecter l’industrie canadienne et les milliers d’emplois qui en dépendent.

C’est ce qu’indique l’Institut économique de Montréal (IEDM), jeudi, dans une publication.

Depuis l’entrée en vigueur de l’ALÉNA, la valeur de la production et des exportations de l’industrie automobile canadienne a augmenté de façon substantielle.

En tenant compte de l’inflation, la production des usines d’assemblages et des fournisseurs de pièces est passée de 51,2 milliards $ en 1992 à 92,7 milliards $ en 2015, soit une augmentation de 81 %. Parallèlement, on a observé une hausse de 72 % des exportations, qui atteignent quelque 77 milliards $.

Les conséquences économiques pourraient être graves puisque la quasi-totalité (96 %) des exportations canadiennes de cette industrie est destinée aux marchés américains. L’industrie automobile canadienne, et les 125 400 emplois directs qui s’y rattachent, sont donc très dépendants de son partenaire économique, note l’IEDM.

Mais l’inverse est aussi vrai. Les producteurs automobiles américains ont exporté au Canada pour plus de 62 milliards $ en 2015.

«Le niveau d’intégration des usines d’assemblage et des fournisseurs situés des deux côtés de la frontière est tel que l’imposition de tarifs douaniers serait très coûteuse pour les deux pays», a indiqué Alexandre Moreau, analyste en politiques publiques à l’IEDM et coauteur de la publication.

Des voitures plus chères

À court terme, un nombre restreint de travailleurs américains pourrait bénéficier de contraintes à la frontière. Mais à long terme, les entreprises pourraient voir leur compétitivité diminuer face aux fabricants étrangers. Si cela se produit, le nombre de voitures construites en sol américain pourrait baisser et des emplois seraient perdus, estime l’étude.

L’imposition de contraintes à la frontière canado-américaine coûterait également cher aux consommateurs qui devront payer davantage pour obtenir la même voiture. « L’intégration du marché de l’automobile depuis l’ALÉNA en 1994 a permis de réduire le prix des voitures tout en offrant une plus grande variété de modèles au bénéfice des consommateurs», a expliqué Germain Belzile, chercheur associé senior à l’IEDM et coauteur du «Point».

L’IEDM estime qu’il n’est pas dans l’intérêt économique des États-Unis de compromettre l’intégration de l’industrie automobile américaine avec celle du Canada, ni d’ailleurs avec celle du Mexique. «Il reste à voir si d’autres considérations de nature plus politique ne motiveront pas la nouvelle administration Trump à adopter quand même des mesures protectionnistes.»