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«Yes he did»

Regarder Obama, c’était voir en action l’éducation, la culture, le raffinement sans prétention, un intellect puissant, la maîtrise de soi, la primauté du raisonnable et le respect des institutions

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Photo AFP

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Il y a longtemps, un groupe d’historiens alla voir John F. Kennedy et lui demanda son avis sur les plus grands présidents des États-Unis avant lui.

Kennedy fit poliment remarquer que toute personne qui n’a pas occupé cette fonction, c’est-à-dire tous les êtres humains sauf les 34 présidents avant lui, devrait être extrêmement prudente avant de porter un jugement.

Y a-t-il en effet une autre fonction aussi unique, aussi écrasante, aussi inimaginable pour vous et moi que dirigeant suprême de la première puissance au monde?

Dignité

Barack Obama a fait ses adieux comme il s’est comporté pendant huit ans: avec classe, élégance et dignité.

Si une présidence se jugeait seulement à ses discours, celle d’Obama aurait été une des plus grandes de toutes.

Aujourd’hui, à cause des médias sociaux, la vulgarité, l’ignorance, la bêtise, l’insignifiance, le mépris des faits et la petitesse morale s’étalent partout et fièrement.

Regarder Obama, c’était voir en action l’éducation, la culture, le raffinement sans prétention, un intellect puissant, la maîtrise de soi, la primauté du raisonnable et le respect des institutions.

Évidemment, jugé à l’aune d’attentes si délirantes qu’elles en étaient ridicules, le bilan de ses huit années à la Maison-Blanche ne pouvait être à la hauteur, forcément, inévitablement.

Il faut plutôt juger ce bilan à la lumière de la situation catastrophique héritée de George W. Bush - deux guerres et la pire récession depuis les années 1930 -, d’un Congrès déterminé à ne rien concéder, et du déclin relatif des États-Unis dans le monde, engagé bien avant Obama.

Du côté positif, on retiendra notamment la reprise économique, la baisse du chômage, l’élargissement de l’accès à l’assurance-maladie, la neutralisation de Ben Laden, la normalisation avec Cuba, l’accord nucléaire avec l’Iran et celui sur les changements climatiques.

Les échecs d’Obama incluent les armes à feu, Guantanamo, les tensions raciales, la Syrie et une sous-estimation grave du terrorisme islamiste.

Mais cela ne devrait pas conduire à minimiser l’extraordinaire portée de l’exploit qu’a été la conquête de la Maison-Blanche par un Afro-Américain élevé par une mère de famille monoparentale.

Si le bilan d’Obama avait été catastrophique, ce qui n’est pas du tout le cas, s’il avait été plongé dans des controverses sur son intégrité, c’est toute la communauté afro-américaine qui aurait été pointée du doigt par certains.

C’est injuste, mais c’est ainsi.

Obama quitte la Maison-Blanche sans que le moindre scandale sérieux ne l’ait éclaboussé, ni aucun membre de sa famille immédiate.

Jugement

Je vous fais une prédiction facile.

Le passage du temps modifie le jugement des historiens. Voyez comment Harry Truman ou Theodore Roosevelt sont aujourd’hui mieux vus que jadis.

Voyez comment John F. Kennedy est aujourd’hui jugé froidement par ceux qui savent regarder au-delà de la mythologie.

Avec ce que les quatre prochaines années nous réservent, en toute probabilité, vous verrez que le jugement de l’Histoire sera de plus en plus favorable à Barack Obama à mesure que le temps passera.