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Les Québécois sont plus endettés que jamais

Les ménages de la province parmi les champions de l’endettement en Amérique du Nord

Maryline Lavallée
Photo Chantal Poirier Maryline Lavallée, maman de la petite Abygaëlle, a dû consulter un syndic de faillite. La jeune mère de famille était étouffée par les dettes.

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Pierre Couture, Le Journal de Québec

Les Québécois sont plus endettés que jamais et nombreux sont ceux qui, étouffés par les dettes, peinent à payer leurs factures.

Le ratio d’endettement des ménages québécois et canadiens avoisine maintenant les 170 %, un taux similaire à ce qu’il était aux États-Unis avant la crise financière de 2008.

Autrement dit, pour chaque tranche de revenus bruts de 100 000 $, ces ménages ont une dette de 170 000 $. Il y a 15 ans, ce taux d’endettement était de 105 %.

L’an dernier, plus de 46 000 consommateurs et entreprises ont déclaré faillite ou encore soumis une entente de paiements à leurs créanciers au Québec. Un record.

Depuis six ans, la dette moyenne des consommateurs québécois (sans hypothèque) a bondi de 73 %, passant de 10 443 $ à plus de 18 000 $.

Pas étonnant qu’après le temps des Fêtes, alors que les relevés de cartes de crédit s’accumulent, les bureaux de syndics de faillite débordent.

«C’est une période où l’on voit débarquer des gens en panique qui ne savent plus où donner de la tête tellement ils doivent de l’argent», affirme le syndic de faillite Stéphane Leblond, de Leblond et Associés, de Québec.

Dettes importantes

Et certains consommateurs peuvent traîner des dettes personnelles (sans hypothèque) impressionnantes.

C’est notamment le cas de Maryline Lavallée, 29 ans, qui s’est retrouvée avec 40 000 $ de dettes en à peine deux ans, à la suite d’une séparation (voir autre texte).

Elle n’est pas la seule. Les cas d’insolvabilité ont explosé de 21 % au Québec depuis cinq ans, plaçant ainsi les Québécois parmi les plus endettés en Amérique du Nord.

«Voiture, voyage dans le Sud, meubles, télévision, épicerie, factures d’électricité et de cellulaires, restaurants, vêtements et soins de beauté sont les principales dépenses impayées», note la consultante budgétaire à l’ACEF de Québec, Francine Hamel.

Cette dernière, qui effectue chaque année des centaines de consultations, soutient que la plupart de ses clients n’ont jamais fait un budget de leur vie. «Beaucoup de gens s’imaginent plus brillants que le système et ils se font prendre au piège du crédit. C’est un jeu très dangereux», souligne-t-elle.

Par exemple, il faut compter 80 ans pour réussir à rembourser un solde de 10 000 $ sur sa carte de crédit (taux d’intérêt de 19,8 %) à raison d’un paiement minimum de 200 $ par mois.

100 000 ménages à risque

Plus de 100 000 ménages québécois seraient très à risque actuellement en raison de leur taux d’endettement élevé, selon la Banque du Canada.

Ces ménages auraient un ratio d’endettement de plus de 350 %. «Avec un taux d’endettement aussi élevé, les ménages sont vulnérables à un nouveau choc économique», soutient Hendrix Vachon, économiste au Mouvement Desjardins.

Au bord de la faillite avant ses 30 ans

Maryline Lavallée
Chantal Poirier / JdeM
Maryline Lavallée

Hugo Duchaine, Le Journal de Montréal

Maryline Lavallée s’est retrouvée au bord de la faillite avant même d’avoir 30 ans, étouffée par 40 000 $ de dettes accumulées en deux ans à la suite d’imprévus.

«Si l’on m’avait dit ça il y a cinq ans, je ne l’aurais jamais cru. Jamais je ne pensais toucher le fond comme ça», confie les yeux baissés la jeune mère de 29 ans.

Si la femme de L’Assomption accepte d’en parler publiquement, c’est qu’elle espère que son histoire serve de mise en garde et convainque des Québécois de ne pas attendre avant d’aller chercher de l’aide. «Ça peut débouler très vite, puis tu te retrouves à payer des intérêts par-dessus intérêts et ça ne diminue jamais», dit Mme Lavallée, dont la vie a basculé rapidement.

Une séparation, puis un déménagement l’ont obligée à s’acheter une voiture et des électroménagers. Elle avait par exemple fait l’achat d’une voiture neuve à 21 000 $ il y a deux ans, dont elle avait les moyens. Mais alors graphiste à son compte, elle a perdu un contrat, puis son conjoint a perdu son emploi à son tour à l’usine Pepsi.

Au même moment, le couple endetté attendait l’arrivée de leur fille Abygaëlle. «Tu ne dors plus, tu remets tout en question et tu calcules tout», se rappelle-t-elle.

Syndic de faillite

Après deux consolidations de dettes à la banque, elle a finalement pilé sur son orgueil et s’est rendue chez un syndic de faillite, le Groupe Leblanc, pour avoir de l’aide. À ce moment, sa carte de crédit avait grimpé à 25 000 $, sans compter la voiture.

Elle s’est entendue pour une proposition de consommateur, où elle rembourse 9000 $, grâce à des paiements de 150 $ par mois pendant cinq ans.

«C’était la meilleure solution pour moi», souligne-t-elle, notamment, car elle peut continuer de payer pour sa voiture, alors qu’une faillite aurait saisi tous ses biens. Elle est maintenant retournée aux études à temps plein pour devenir secrétaire.

Des situations comme celle de Mme Lavallée, Pierre Leblanc en voit pratiquement tous les jours dans les bureaux de son syndic de faillite. «Chaque année, le nombre de clients augmente, les Québécois ont très peu d’éducation financière», observe-t-il.

C’est aussi ce que déplore Maryline Lavallée, qui trouve l’accès au crédit trop facile. «Je m’en mords les doigts aujourd’hui, mais il faut être conscient des conséquences quand on paye à crédit, mais en famille on n’en parle pas», avertit-elle.

10 cartes de crédit pleines

Martin P. (nom fictif), 47 ans, possédait 10 cartes de crédit pleines avec un solde impayé de 81 000 $.

Marié, père de deux enfants, son salaire annuel de 115 000 $ ne permettait plus d’effectuer les paiements minimums de 3500 $ par mois exigés par ses créanciers.

Après avoir étudié toutes les options, il a décidé de proposer une entente de consommateur avec l’aide d’un syndic.

Une entente a finalement été conclue pour remettre une somme de 20 000 $ étalée sur 50 paiements mensuels, soit 400 $ par mois.

Plus assez d’argent pour faire l’épicerie

Avec des dettes accumulées de plus de 55 000 $ sur ses cartes de crédit, Chantal B. (nom fictif) n’avait plus d’argent pour faire son épicerie en 2011. «J’avais pris beaucoup de retard dans mes paiements. À un moment donné, je donnais tout mon argent pour payer les intérêts de mes emprunts. Je n’avais plus d’argent pour manger», se rappelle-t-elle.

Chantal, qui avait contracté des prêts personnels pour sa voiture et ses meubles, a vu son univers basculer après avoir prêté un important montant à un proche qui ne l’a jamais remboursé. «Je me suis fait avoir. Je n’ai jamais revu la couleur de cet argent et c’est à partir de là que mes problèmes ont commencé», dit-elle honteusement.

Harcelée par ses créanciers, elle ne mangeait presque plus, consacrant presque toutes ses énergies à survivre d’une paie à l’autre. Or, après plusieurs semaines de crève-faim, elle a décidé d’aller consulter un syndic de faillite.

«J’aurais pu faire faillite, mais je ne voulais pas aller vers là. Je tenais tout de même à rembourser mes dettes», dit-elle. En discutant avec son syndic, elle a décidé de proposer une entente qui a été acceptée par tous ses créanciers. Elle remettra une somme de 14 000 $ étalée sur 48 paiements mensuels, soit 300 $ par mois.