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Diplômé malgré les embûches

Charles McKenna est dysphasique, apraxique et dyspraxique mais a persévéré et est aujourd’hui au cégep

Charles McKenna en compagnie de Stéphanie Grondin, une enseignante privée qui l’aide quelque fois par semaine depuis huit ans.
Photo Daniel Mallard Charles McKenna en compagnie de Stéphanie Grondin, une enseignante privée qui l’aide quelque fois par semaine depuis huit ans.

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Charles McKenna doit jongler au quotidien avec plusieurs troubles d’apprentissage, ce qui ne l’a pas empêché de terminer son secondaire et de faire le saut au cégep. Un véritable exploit pour ce jeune homme déterminé et persévérant.

«Je voulais vraiment réussir mon secondaire. Ma motivation, c’était d’avoir mon diplôme», lance Charles, 17 ans.

Pourtant, Charles partait de loin. Il a prononcé ses premiers mots à l’âge de 4 ans. Le diagnostic est tombé un peu plus tard : dysphasie sévère, associée avec une apraxie et une dyspraxie. Un trouble du langage sévère, combiné à d’autres troubles moteurs. Il est devenu un «code 34» aux yeux du réseau scolaire.

Sa mère, Catherine Thabet, a toutefois décidé de tout faire pour aider Charles à réussir à l’école lorsqu’elle a compris qu’il s’agissait d’un trouble neurologique et non d’un retard mental.

Dès l’âge de 7 ans, Charles a eu de l’aide supplémentaire à la maison, pour l’aider dans ses travaux scolaires. Au début, la «petite voisine» qui était au secondaire venait lui donner un coup de pouce. Une enseignante privée, Stéphanie Grondin, l’aide encore aujourd’hui quelques fois par semaine, et ce depuis huit ans.

«Je ne pouvais pas attendre après le système scolaire pour qu’on prenne en charge mon enfant, affirme Mme Thabet. Le système scolaire n’est pas fait pour des enfants en difficulté. Ils peuvent les aider un peu, mais avec toutes les coupures... Je savais que Charles était capable de faire plus.»

Charles a donc trimé dur, passant plusieurs heures par semaine dans ses livres. Parfois même le samedi matin, dès 8h. «Il n’avait pas le droit d’être marabout parce qu’on lui offrait la possibilité d’avoir un prof à la maison pour l’aider à aller à l’école», lance sa mère, qui reconnaît qu’elle a été exigeante. «On investissait dans Charles, parce qu’on savait que ça allait lui rapporter plus tard», ajoute-t-elle.

Charles lui en est reconnaissant aujourd’hui, ainsi qu’à tous ceux qui l’ont aidé dans son parcours scolaire, qui ressemble à une véritable course à obstacles. «Sans eux, je ne serais pas arrivé là où je suis aujourd’hui, lance-t-il. Ils ont fait la différence dans ma vie parce qu’ils m’ont poussé pour arriver où je suis.»

Charles a aussi eu la chance d’être bien entouré, avec de bons amis. Il n’a jamais été victime d’intimidation, affirme-t-il, et a même pu faire presque tout son secondaire dans un programme de sport-études, en jouant au tennis chaque jour.

Mais il a dû «mettre les bouchées triples» pour les examens ministériels de quatrième secondaire, réussissant celui de mathématiques à sa troisième tentative.

«Il faut travailler fort, être motivé et vouloir. Avec un diplôme, ça permet de réaliser ses rêves», lance le jeune homme qui veut être entrepreneur.

Pour encourager des jeunes comme lui, Charles a créé un site Internet qui raconte son parcours. Pour en savoir plus : http://www.mckennacharles.com

Plaidoyer contre le nivellement par le bas

Le réseau scolaire québécois ne permet pas aux élèves avec des troubles d’apprentissage de développer leur plein potentiel, déplore Catherine Thabet, la mère de Charles McKenna.

Dès le début du primaire, on lui a dit que ce serait tout un exploit si son fils parvenait à compléter sa sixième année.

Lorsque Charles était en troisième année, on lui a proposé de lui faire un bulletin adapté, qui évalue des attentes réduites par rapport au programme régulier. Mme Thabet a alors dû poser plusieurs questions avant de comprendre qu’un bulletin adapté allait mener son fils vers les classes spécialisées au secondaire, l’éloignant assurément du programme régulier.

«Je crois qu’il y a plusieurs parents qui disent oui à ça sans savoir que leurs enfants s’en vont directement vers ce qu’on appelle le cheminement particulier. Mais pour moi, c’était niveler par le bas», lance-t-elle.

Charles croit de son côté qu’avec beaucoup de détermination et de travail, il est possible pour des jeunes comme lui de réussir comme les autres. «C’est à nous de nous adapter au système si on veut réussir selon les normes du ministère», affirme celui qui est toutefois conscient de ses limites.

Après avoir longtemps rêvé d’être pilote d’avion, il réalise aujourd’hui qu’il serait difficile d’en faire un métier. Ses limites ne l’empêchent toutefois pas d’avoir encore plusieurs rêves.