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Suggestions à mon ministre de l'Éducation

Suggestions à mon ministre de l'Éducation
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« Dans l'espace médiatique, le débat actuel semble constamment être réduit à la seule question du « pour ou contre » de l'éducation aux finances personnelles. Le fondement du débat est diablement réducteur. C’est manichéen et simpliste. À mon avis, la question de fond est : devrait-on bonifier l’enseignement de notions d’économie dans le cursus scolaire ; si oui, de quelle façon ?

Puisqu’il se veut le reflet d’attentes et de consensus sociaux, on ne devrait ouvrir le Régime pédagogique qu’avec parcimonie, après réflexions, débats et considérations. » - Daniel Rouillard, enseignant

Monsieur Rouillard, l’instigateur de la pétition Sauvons le cours Monde contemporain, tenait ces propos sensés lorsque j’ai discuté avec lui de l’amputation de ce cours au profit du nouveau cours d’éducation financière.

Il semble y avoir un consensus sur la bonification des notions de finance personnelle. Toutefois, le ministre de l’Éducation a oublié l’essentiel : comment ?

Je comprends mal pourquoi l’implantation de ce cours est une urgence nationale. Si le ministre a le pouvoir de décider unilatéralement de la grille-matières, j’ai plusieurs suggestions pour lui.

Quelques priorités pour le ministre

Un débat fait rage actuellement quant au cours d’éthique et culture religieuse. On le modifie ou on le fait disparaître ? Je ne voudrais pas être plus catholique que le pape, mais je crois qu’une décision rapide s’impose dans ce cas également.

Les infections transmissibles sexuellement et par le sang sont en nette progression au Québec. Pour une question de santé publique, serait-il possible d’implanter un cours d’éducation à la sexualité à l’automne 2017 ?

Pourquoi ne pas envisager le retour du cours d’éducation au choix de carrière? Le tiers des étudiants vont changer de programme pendant leur parcours collégial... Les tergiversations de nos élèves coûtent une fortune.

Dans la liste des tant qu’à y être, le retour d’un cours de méthodologie du travail intellectuel me semble primordial : l’organisation est capitale dans la vie d’aujourd’hui.

Et le retour des cours d’informatique ? C’est une chose de payer son cellulaire... Encore faut-il être capable de suivre l’évolution technologique. Dans ce monde numérique, nous devons être en action et non pas en réaction. J'en appelle à votre diligence. Vite, vite, vite, un cours svp !

Vous voulez entendre la suggestion qui tue ? Lors de son passage à Tout le monde en parle, Ricardo racontait que la qualité de notre alimentation avait un impact sur notre bien-être.

Ainsi, il questionnait la disparition du bon vieux cours d’économie familiale. Son message était le suivant : il est important de savoir cuisiner et de bien s’alimenter. Nous devons faire de nos enfants des gourmands et des consommateurs avertis.

D’ailleurs, Josée di Stasio nous apprenait récemment qu’elle fait « ... partie de ceux et celles qui souhaitent que des cours de cuisine et des notions pour une meilleure alimentation soient intégrés au programme scolaire... »

Intéressant, n’est-ce pas ?

Si Josée et Ricardo le disent, vous attendez quoi au juste, Monsieur le ministre, pour décréter le retour de ce cours indispensable ?

Je pourrais poursuivre cette liste encore longtemps. Force est de constater qu’outre le cours d’éducation financière, il est possible d’argumenter sur la pertinence et la nécessité de bien des sujets à l’école.

J’imagine que je ne vous apprends rien en vous confiant que des notions d’éducation financière peuvent aussi très bien s’intégrer à d’autres matières. Ayant lu le programme de ce nouveau cours, je peux affirmer qu’il y a des sujets qui pourraient être vus en mathématiques. Certains thèmes pourraient également être abordés dans le cours de français.

De toute évidence, les notions de finance devraient trouver une place privilégiée dans le cours d’anglais. « Remember that time is money. » Enfin, on parlerait la langue des affaires.

Encore une fois, je vous le demande : pourquoi agir si rapidement ?

Fait à noter, je vous signale que le cycle de la réforme tire à sa fin. Normalement, après une vingtaine d’années, nous sommes prêts à entreprendre un nouveau départ. De ce fait, il y aura sans doute une réforme du système vers 2020.

Inutile de vous dire qu’il y aura peut-être des États généraux sur l’éducation qui précéderont ces grands changements... Tout juste avant ou après les élections de 2018 ? Pourquoi ne pas attendre à ce moment afin d’établir une vision commune de ce qui devrait être enseigné à l’école ? Pourquoi ne pas profiter de cette occasion pour modifier les programmes en ayant en tête le mot interdisciplinarité ?

Vous savez ce qui me rend le plus triste ? Le ministre savait probablement que sa décision irrationnelle mènerait à un affrontement avec le syndicat. Je crois que nous assistons à un savant calcul électoraliste.

En somme, un combat payant dans l’opinion publique, car c’est ainsi qu’on définit un bon leader dans notre société : décisions « courageuses » et « détermination » devant les emmerdeurs démocrates.

Bref, peu importe l’issue de la bataille, il en sortira gagnant. C’est nous, élèves, enseignants et directeurs d’école, qui ferons encore les frais de ce corporatisme.