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Des milliers de personnes unies dans le deuil et l’incompréhension

Les communautés musulmanes et québécoises n’ont fait qu’un lundi lors de la vigile organisée en réponse à l’attentat de dimanche

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Des milliers de Québécois de tous les horizons se sont réunis lundi soir près de la mosquée de Sainte-Foy pour panser leurs blessures ensemble et offrir leur support à la communauté musulmane, 24 heures après le terrible attentat qui a fait six victimes dimanche soir.

Le quadrilatère ceinturant l’Église Notre-Dame-de-Foy a été pris d’assaut par des milliers de personnes venues à cette vigile organisée en quelques heures par un petit groupe de citoyens. Un peu partout, dans un silence des plus solennels, des sourires de compassion et des accolades chaleureuses avaient pour effet de combattre le froid qui régnait, mais surtout de calmer la douleur vive causée par l’attaque de dimanche.

Un peu partout à travers la foule, les membres de la communauté musulmane de Québec ont pu trouver du réconfort. «Derrière nous quelqu’un pleurait à chaude larme. Il a perdu un proche dans l’attentat. Mais tout autour, les gens se sont unis pour le supporter. C’est pour ça que nous devions venir ce soir», racontait Nicole Sévigny, une citoyenne.

Photo Simon Clark

Des bougies, des gerbes de fleurs et des affiches rappelant le message d’espoir et de paix qui était véhiculé hier soir ont été déposées à divers endroits sur le site. Tout autour, des gens de toute confession s’y recueillaient, en hommage aux six victimes.

Agir au quotidien

Avant que ne se mette en branle la marche silencieuse prévue par les organisateurs, les premiers ministres Trudeau et Couillard ainsi que le maire Régis Labeaume se sont notamment adressés à la foule. Insistant chacun sur l’importance de s’unir dans cette tragédie, leurs mots ont apaisé les membres de la communauté rencontrés par Le Journal.

«Nos politiciens sont sortis de leur conformisme habituel pour laisser parler leur cœur, sans détour. Ça fait du bien, mais il faut maintenant se parler aussi franchement au quotidien», estimait Karim Chami, d’origine algérienne. «On ne doit pas attendre un autre événement comme celui-là pour mettre en place le vivre ensemble qu’on a vu aujourd’hui.»

Plus de 5000 personnes

Les organisateurs de la soirée se sont quant à eux dit émus de voir autant de gens sur place. À un moment la foule était tellement dense que la marche n’a pu défiler bien longtemps.

Photo Simon Clark

«Nous avions planifié une logistique pour 5000 personnes et nous avons clairement dépassé ce qui était prévu. Il y aurait pu avoir des ajustements oui, mais nous avons seulement travaillé tout le monde ensemble pour envoyer ce message de solidarité. C’était ce qui importait», explique le co-organisateur de la vigile Sébastien Bouchard.

Présent toute la journée

Déjà à 16h00, soit deux heures avant l’heure prévue du rassemblement, des gens commençaient tranquillement à arriver devant l’Église Notre-Dame-de-Foy pour participer au rassemblement. Si certains passaient déposer des gerbes de fleurs ou se recueillir seulement quelques instants, Martin Saint-Louis, un citoyen, était là depuis un moment déjà.

«Je suis arrivé à 10h ce matin. Je ne me suis pas posé de questions, je devais être ici pour montrer à ma communauté, la grande communauté de Québec, que je l’accompagne dans ce terrible chagrin», confiait celui qui avait avec lui une affiche où l’on pouvait lire «La paix et non la guerre».

Solidarité

Sa présence dimanche soir et lundi a particulièrement touché Marylène Goupil, une femme de confession musulmane qui tenait à le remercier. La touchante scène démontrait dans sa plus sincère expression ce que devrait être la solidarité en ces temps difficiles.

«C’est un honneur pour moi d’être debout à côté de lui, ça me fait du bien d’être ici avec lui. Que les gens arrêtent de juger et qu’ils viennent nous rencontrer comme il le fait ce (lundi) soir», insistait la femme, un sanglot dans la voix.

Une petite famille est également venue déposer des fleurs et un lampion à proximité du périmètre toujours érigé autour du Centre culturel islamique de Québec. Un geste important explique le père des trois enfants, Miguel Gallego.

«Nous nous sommes sentis interpellés et c’est notre façon de venir montrer notre appui. De venir ici avec les petits, ça fait parti du processus de compréhension et de deuil qu’ils ont débutés hier (dimanche)», expliquait le papa, ajoutant qu’il fallait aujourd’hui plus que jamais s’aimer et s’accepter.

– Avec la collaboration de Marc-André Gagnon

Ce qu'ils ont dit

Photo Simon Clark

«Nous allons vivre ce deuil avec nos concitoyens musulmans. Nous allons vivre nous même ce deuil parce que nous sommes en deuil. [...] Espérons peut-être qu’une des conséquences, ce sera de rejeter, par exemple, ceux et celles qui s’enrichissent avec la haine.»

– Régis Labeaume, maire de Québec

«Le plus beau discours, la plus belle déclaration ce soir, c’est vous qui la faites par votre présence en grand nombre. Merci d’être là. [...] Ensemble, on va dire clairement et fermement non à la haine. [...] Le monde nous regarde. On va leur montrer ensemble qui nous sommes. On va leur montrer ensemble ce qu’on a de meilleur.»

– Philippe Couillard, premier ministre du Québec

«Le Canada est uni ce soir. [...] Nous n’acceptons pas cette haine. Hier soir, la communauté à Québec a vécu une expérience qu’aucune communauté ne devrait avoir à vivre. Un acte de cruauté de violence indescriptible perpétré envers des gens rassemblés dans l’amitié et la foi.»

«Les six hommes qui ont été tués et tous les autres qui ont été blessés ne représentaient pas une menace, ils étaient des Canadiens ordinaires comme nous tous. Des frères, des oncles, des pères, des amis. Ils n’ont rien fait pour mériter la violence et la haine dont ils ont été victimes.»

«Les musulmans canadiens sont des membres estimés de toutes les communautés et peu importe où ils vivent ils méritent de se sentir bienvenus et en sécurité. Ils sont ici chez eux. [...] Nous sommes tous Canadiens. Que la paix nous unisse tous.»

– Justin Trudeau, premier ministre du Canada