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Cérémonie funéraire : «L’ennemi ? Pas Bissonnette, mais l’ignorance»

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«L’ennemi, ce n’est pas Alexandre Bissonnette. L’ennemi, c’est l’ignorance», a insisté l’imam Hussein Guillet dans son discours, lors de la cérémonie funéraire organisée vendredi au centre des congrès en hommage aux six victimes de la tuerie de la mosquée.

Et à ce titre, le tireur présumé est aussi une victime. Parce que Bissonnette, ne s’est pas levé dimanche matin en se disant qu’il avait allait commettre un attentat. «Quelqu’un a planté des mots plus forts que les balles dans son cerveau. Et qui en est responsable? Nous tous!»

Il y a des médias et des politiciens dont le discours «empoisonne atmosphère». Avant le 29 janvier, «on faisait de l’aveuglement», insiste-t-il. «Avant on parlait des deux solitudes, mais maintenant, il y a plusieurs solitudes. On vit à côté l’un et l’autre, mais on ne se connaît pas».

Ça doit changer

Mais cela doit changer, sans quoi, d’autres attentats du genre pourraient se reproduire, croit-il. «La définition du mal, c’est faire exactement la même chose et de s’attendre à des résultats différents.»

L’imam Guillet a insisté pour que la communauté musulmane «montre aux Québécois c’est quoi l’islam, c’est quoi les vraies valeurs de l’islam». Il faut le dire et le montrer, a-t-il dit. De cette façon, poursuit-il, de plus en plus de gens pourront intervenir en entendant les préjugés encore nombreux.

L’imam Guillet a cependant déploré que des familles musulmanes étaient à Québec depuis trois générations et qu’elles devaient encore aller à Montréal pour enterrer leurs morts, en l’absence d’un cimetière musulman à Québec. Quelques minutes plus tard, le maire Régis Labeaume prenait un engagement en ce sens.

«Bras tendu»

En somme, si les membres de la communauté musulmane ont choisi le Québec et le Canada pour élever leurs enfants. «On aimerait que ces pays nous choisissent. Nous avons le bras tendu à cette société et nous avons beaucoup à offrir».

Ces mots ont tiré les larmes du premier ministre Justin Trudeau, présent dans la salle.

La cérémonie funéraire a débuté après la prière. Les cercueils sont entrés au centre des congrès sous les pleurs et les chants, dans le plus grand silence au sein du public au fond de la salle.

Les musulmans, les victimes

M. Trudeau a rappelé qu’à «travers le monde ce sont les musulmans qui sont le plus souvent victimes du terrorisme.» Il s’est attiré de vifs applaudissements en dénonçant les auteurs des propos «qui blessent et qui excluent». «Il est plus que temps que auteurs de ces discours se rendent comptent du tort que leurs mots peuvent causer.» Aux Canadiens, dit-il de rependre les «valeurs qui leurs sont chères».

Le premier ministre du Québec, Philippe Couillard, qui semble s’exprimer en arabe avec un certaine aisance, a eu droit à des applaudissements debout. «Allahou Akbar» est une expression «souvent associée au terrorisme», dit-il mais qui signifie simplement «Dieu est grand». Les fidèles l’ont dit respectueusement à maintes reprises pendant que les cercueils faisaient leur entrée. «On vient de voir aujourd’hui à quoi ces mots sont associés pour la communauté».

Similitudes avec les chrétiens

L’archevêque de Québec, Gérald Cyprien-Lacroix a pour sa part insisté sur les similitudes entre les musulmans et les chrétiens, qui croient tous deux en un seul Dieu créateur. Il a plaidé pour que «tombe le murs de l’ignorance et de peur sans fondement» et pour bâtir des «relations empreintes de lumière et de vérité, et non de craintes»

Le maire de Québec, Régis Labeaume, a tenu à dire qu’il voyait les «premières lueurs» d’espoir en voyant plusieurs «gestes posés depuis dimanche pour que cessent la haine et la violence engendrée par la peur et la différence». Il a conclu son discours en disant «nous vous aimons.»

Plusieurs non-musulmans

Plusieurs milliers de personnes sont rassemblés dans la grande salle du centre des congrès, incluant plusieurs centaines de québécois non-musulmans, installé à l’arrière.

Sylvie Lacombe s’est déplacée avec sa fille. Le temps est à la «réconciliation», dit-elle. C’est «important de démontrer aux gens des autres cultures qu’on les aime.»

«Ça me touche plus que vous pensez», insiste Céline Gagné, qui a plusieurs amis dans cette communauté, des amis qui ont perdu des proches. «Ce sont tous de très bons amis qui ont de très bonnes valeurs.» Elle ne comprendra jamais pourquoi le tireur s’est attaqué «à un endroit de prière, où les gens étaient venus pour la paix.»

Son conjoint ajoute qu’il trouvait important de venir soutenir cette communauté. «Ça me fait de quoi.» Il parle aussi des belles valeurs qui habitent ses amis musulmans, «des valeurs familiales très fortes, ils prennent soin de leurs vieux, par exemple, ce sont des valeurs que nous on n’a plus», à son avis.

Entre musulmans, entre Québécois

Pour la communauté musulmane, l’heure est à la solidarité. Pas juste entre eux, mais aussi avec toute la société québécoise. En se déplaçant au centre des congrès, c’est ce que Rania Thabet voulait montrer, «qu’on est unis, tout le monde, les québécois et les musulmans».

Rachid Hammoune voulait être «à côté de ses confrères et consœurs musulmans, pour le soutien moral». La cérémonie est par ailleurs «importante pour tisser des liens entre tous, musulmans, et non-musulmans. On est tous québécois, canadiens, mais en premier, nous sommes tous des humains.»

«Le monde, c’est juste une petite boule, il faut être solidaire», ajoute Pierre Dubeau.

L’esprit de communauté apporte aussi du réconfort, souligne Khadidja Hadj. «Ça apporte un bon soutien pour nous, de voir tout le monde ici.»