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L’angoisse de perdre son pouvoir de séduction

Denise Bombardier
Photo courtoisie Bénédicte Brocard La journaliste et romancière Denise Bombardier.

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Avec toute la verve et l’humour piquant qui la caractérisent, la journaliste et romancière Denise Bombardier raconte la pétillante histoire d’un groupe de sexagénaires carriéristes paniquées par l’angoisse de vieillir et de perdre leur pouvoir de séduction dans son nouveau roman, Plus folles que ça, tu meurs.

Marie, Jeanne, Claudine et Pauline et Estelle sont toutes amies. Carriéristes jusqu’à la moelle. Et célibataires. Chacune angoisse à sa façon en se voyant vieillir et tente d’y faire face. La narratrice, Agnès, avocate aguerrie et véritable workaholic, tente de reconquérir le coeur de sa fille en gardant un rêve d’avoir un amoureux sur le feu.

Elle est entourée de femmes fortes qui n’ont pas la langue dans leur poche. Marie imagine l’homme de sa vie dans les aventures d’un soir. Jeanne raffole des croisières, où elle fait des rencontres éphémères. Claudine collectionne les amants. Pauline la contrôlante se défoule dans le sport. Et Estelle préfère les femmes.

Femmes très peu pudiques

Ces femmes très typées, très peu pudiques, ont tout réussi... sauf leur vie amoureuse. Denise Bombardier en parle avec ferveur. «Ils sont fous de joie à Paris chez Flammarion: ils appellent ça le Sex and The City pour les séniors, mais plus déjanté!»», s’est-elle exclamée en entrevue téléphonique.

Elle assure être entourée de femmes qui ont autant de tempérament, bien qu’elle-même soit beaucoup plus pudique que ses personnages. «En fait, quelque part, je suis la narratrice. La façon dont elles se comportent, je ne suis pas ça. Je suis pudique dans mes rapports intimes, mais elles... sont déchaînées! C’était tellement excitant d’écrire ce roman!»

Denise Bombardier l’a presque tout écrit d’une traite, l’été dernier. «J’ai été vraiment entraînée par ces personnages. Mais, qu’on ne vienne pas me dire que ces femmes-là n’existent pas: il y en a plein autour de nous. Ces femmes sont exceptionnelles: ce sont des femmes de carrière qui ont réussi énormément.»

Le prix à payer

Elle parle du prix parfois fort à payer pour faire carrière: séparations, divorces, etc. «Ces femmes n’ont pas prévu que ça se terminerait comme ça. Elles ont oublié que la séduction d’une femme, ça passe évidemment par le physique. Comme beaucoup de femmes, elles vont se faire faire des petits travaux», note-t-elle.

Le paradoxe de ces femmes, ajoute-t-elle, est qu’elles ont du pouvoir, de l’argent... mais sont en déficit affectif. «Elles n’ont plus aucune excuse. Quand tu as de l’argent et que tu as réussi et que tout à coup tu es confrontée à ta solitude... Pour réussir dans la vie, elles n’ont pas fait beaucoup de compromis. Or, dans les relations d’intimité avec les hommes, si tu ne fais pas de compromis, t’en n’as pas, d’homme. Surtout pas à un certain âge.»

«C’est beaucoup plus rare qu’elles ne le disent que les femmes s’accommodent de la solitude. Les hommes non plus», poursuit-elle. «Et c’est l’angoisse de la mort qu’il y a derrière mon livre, non?», questionne-t-elle. À travers les passages très drôles, on entrevoit bien qu’une terreur profonde se dessine pour ces femmes: celle de perdre leur charme à tout jamais.

Confidences et réflexions

Denise Bombardier explore toute la dynamique des relations hommes-femmes par le biais de son roman. Qu’a-t-elle à dire? «Si on sait qui on est et qu’on s’accepte, c’est facile. Mais si on projette ce que l’on considère comme des échecs dans notre propre vie et qu’on veut que ce soit compensé par l’homme qui est avec nous, ça devient très compliqué.»

« Jamais satisfaites »

Elle ajoute qu’il y a des femmes qui négocient tout et qui ne sont jamais satisfaites de ce que leur compagnon leur apporte. «Les hommes sont tellement différents de nous... Qu’est-ce qu’elles cherchent? Si tu veux avoir un homme qui se comporte comme tes amies, qui pleure, qui s’emballe, prends tes amies de fille, parce que les hommes, ils ne sont pas comme ça. Et heureusement pour nous qui les aimons.»

Denise Bombardier aborde l’amour, le désir, le sexe, l’obsession de certaines femmes pour leur apparence... à travers les propos et confidences de sexagénaires à l’esprit vif, attachantes, bonnes vivantes. Ce qu’elle a à partager est très intéressant, amusant et assez croustillant!

Faire rire les femmes

«Moi-même, je ne pensais pas que j’irais aussi loin dans la description de la sexualité. Ce n’est pas moi... mais les Québécoises sont comme ça. Et j’ai entendu des Françaises raconter des trucs... mais je ne vous dis pas!»

«Ce que je veux, c’est que les femmes rient, parce que mon public, c’est majoritairement des femmes. Si les hommes lisaient ça, ils apprendraient sur les femmes, tout de même! C’est un manuel d’instruction pour les hommes qui veulent savoir comment sont les femmes, avec le sexe. S’ils pensent connaître les femmes, qu’ils aillent lire ça!»

  • En librairie le 8 février.
  • Denise Bombardier est écrivaine et journaliste.
  • Elle a publié de nombreux essais et romans appréciés au Québec et en France, dont Une enfance à l’eau bénite (Seuil), L’Anglais (Robert Laffont), Le Dictionnaire amoureux du Québec (Plon).
  • Ses chroniques sont publiées dans Le Journal de Montréal et Le Journal de Québec.
Denise Bombardier
Photo courtoisie

EXTRAIT

«Dans l’ascenseur, j’ai observé sans indulgence le reflet du miroir qui me renvoyait le visage d’une femme forte, prête à défier les autres. Une femme à laquelle sa nouvelle coiffure donne une allure cool, trop cool, dirait Éléonore, qui atténue le sérieux se dégageant de son visage, lequel semble reposé grâce à de récentes injections de botox et d’acide. Malgré mon stress, je me suis souri à pleines dents, puis j’ai trouvé l’angle parfait d’ouverture de ma bouche. Objectif: dénicher l’expression qui dégageait la part de mystère que je souhaitais arborer.

«Bonsoir, quel plaisir de vous revoir.» À haute voix, j’ai répété la phrase plusieurs fois, ce qui m’a permis de moduler et le ton et l’émotion nécessaires pour surprendre le cher cousin.»

— Denise Bombardier, Plus folles que ça, tu meurs