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O’Leary s’excuse auprès des Québécois

Le candidat à la chefferie du Parti conservateur suit des cours avec une tutrice pour apprendre le français

Vedette de la télévision, Kevin O’Leary était présent lors des American Music Awards en 2015. Sur la photo, il prend la pose avec ses mains qu’il a popularisée dans l’émission de téléréalité Dragon’s Den.
Photo AFP Vedette de la télévision, Kevin O’Leary était présent lors des American Music Awards en 2015. Sur la photo, il prend la pose avec ses mains qu’il a popularisée dans l’émission de téléréalité Dragon’s Den.

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OTTAWA | Le favori dans la course à la direction du Parti conservateur, Kevin O’Leary, admet avoir commis une «erreur» en minimisant l’importance du français, si bien qu’une tutrice en langue seconde le suit désormais à la trace depuis une semaine.

Alors que tous les yeux seront rivés sur lui, lors du premier débat bilingue auquel il participera lundi dans l’ouest de la ville de Montréal, l’homme d’affaires milliardaire promet de ponctuer son message de quelques phrases en français.

Natif de Montréal, l’homme de 62 ans a cependant voulu baisser les attentes, lors d’un entretien avec Le Journal. S’il a compris la plupart des questions posées en français, il y a répondu en anglais, à l’exception de quelques mots et phrases.

«Ça ne sera pas un miracle. Mon message le plus important, c’est que je veux que les Québécois comprennent que j’essaie», a-t-il insisté.

Déterminé

L’ex-vedette des versions anglophones de Dans l’œil du dragon promet d’être en mesure de débattre «d’économie et de politique» en français contre Justin Trudeau, lors des prochaines élections fédérales, s’il devient le prochain chef conservateur.

«J’ai deux ans et ça va s’améliorer. Je suis déterminé à l’apprendre (le français)», a-t-il indiqué, disant retomber en «amour» avec ses origines.

«Je suis né à Montréal, le Québec est unique et j’en apprends de plus en plus sur la culture et je la respecte», a-t-il poursuivi.

M. O’Leary dit regretter ses propos selon lesquels il n’était pas nécessaire de parler français, car les Québécois parlent la même langue que lui: «The language of jobs!»

«Oui, ç’a été une erreur et quand je fais des erreurs, je les corrige, c’est ma nature», a-t-il lancé.

Alors vous regrettez? «Beaucoup, oui, oui, oui, a-t-il martelé dans la langue de Molière. C’est une erreur et maintenant je vais essayer de faire de mon mieux dans le débat à Montréal et être le plus fonctionnel possible», a-t-il poursuivi en anglais.

Volte-face

Le candidat dans la course explique sa volte-face par le fait qu’il a notamment entendu le mécontentement des députés conservateurs.

«Si vous allez diriger le Canada, vous devez pouvoir parler les deux langues officielles», a-t-il fait valoir.

M. O’Leary dit avoir débuté ses cours de français il y a environ un mois. Une tutrice le suit depuis une semaine dans ses déplacements partout au pays et ne lui parle qu’en français. Il met surtout l’accent sur des expressions pouvant se glisser dans un débat, tels que «c’est un cas classique», «c’est une tâche sérieuse» ou «un enjeu actuel important».

Six conseils aux candidats qui peinent en français

Marc Gobeil, professeur
Photo courtoisie
Marc Gobeil, professeur

Le Journal a consulté le professeur de l’Université d’Ottawa et directeur du Régime d’immersion en français, Marc Gobeil, sur les conseils à donner aux nombreux candidats du Parti conservateur qui peinent à s’exprimer en français.

1• Il faut le vouloir pour bien réussir

2• Apprendre une langue exige un certain montant de par cœur

3• Faire une immersion : «C’est bien beau de parler la langue, mais il faut connaître la culture, si on veut réellement communiquer avec son public.»

4• L’alcool délie les langues ! «Ça nous est tous arrivé, après quelques verres, on découvre une fluidité qu’on ne connaissait pas. La raison pour ça, ce que certains chercheurs ont trouvé, c’est que, essentiellement, ça fait tomber les barrières de notre cerveau. [...] Ça enlève certains blocages qu’on connaît entre les structures de notre langue maternelle et les structures de notre langue seconde.»

5• Oser ! «N’ayez pas peur de faire des erreurs. Ce qui importe dans la communication, c’est de transmettre un message, qu’il soit proprement conjugué ou non.»

6• Le mot à éviter ? «Écureuil! Ça sort souvent comme “écourouille”.»

Le débat bilingue sera un « test », selon ses rivaux

Le débat bilingue de lundi à Montréal sera un «test» pour Kevin O’Leary qui promet d’apprendre le français, estiment deux de ses principaux adversaires dans la course à la direction du Parti conservateur.

Maxime Bernier. Candidat à la chefferie
Photo Agence QMI, Simon Clark
Maxime Bernier. Candidat à la chefferie

«Je m’attends à ce qu’il ait un niveau suffisant pour être capable de s’exprimer et d’exprimer ses politiques en français», affirme le député conservateur de Beauce, Maxime Bernier.

«Si on veut gouverner et reprendre le pouvoir dans deux ans et demi, il faut avoir des bonnes politiques conservatrices, des bonnes politiques basées sur moins d’État et plus de liberté, mais aussi être capable de les exprimer en anglais et en français», a-t-il poursuivi.

M. Bernier salue la volte-face de M. O’Leary qui, après avoir d’abord minimisé l’importance de parler français en tant que futur chef d’un parti à Ottawa, tente maintenant de parler les deux langues officielles du pays.

«Il a changé d’avis et c’est sain, alors j’ai hâte de voir la qualité de son français. Il est conscient qu’il faut être capable de parler aux Québécois dans leur langue», a soutenu M. Bernier.

insulte

Andrew Scheer. Candidat à la chefferie
Photo DIDIER DEBUSSCHERE
Andrew Scheer. Candidat à la chefferie

Le député conservateur de la Saskatchewan, Andrew Scheer, estime pour sa part que M. O’Leary a insulté les francophones en se lançant dans la course au lendemain du débat en français à Québec le mois dernier.

«Il a évité ce débat, alors je pense que c’était une grande insulte à nos membres et électeurs francophones de partout à travers le pays. Si M. O’Leary est capable lundi (de participer) à un débat bilingue, pourquoi pas dans le débat francophone à Québec», a soutenu le candidat anglophone en français.

Qui est-il ?

♦ Né à Montréal en 1954, où il a vécu jusqu’à l’âge d’environ sept ans.

♦ Unilingue anglais, mais tente d’apprendre le français.

♦ Détenteur d’un baccalauréat en science environnementale et en psychologie de l’Université de Waterloo et d’un MBA à l’École des affaires Ivey de la Western University.

♦ Avec un investissement de 10 000 $ de sa mère, O’Leary a lancé la compagnie SoftKey à partir de son sous-sol. SoftKey distribuait des programmes CD-ROM pour Mac et Windows dans les années 1980 et 1990. Il a ainsi fait sa fortune.

♦ Officiellement dans la course à la direction du Parti conservateur au lendemain du débat en français de janvier.

♦ Il a d’abord déclaré qu’il n’avait pas besoin d’apprendre le français, car les Québécois parlent la même langue que lui: «The language of jobs!»

♦ Juge en 2015 de Miss America

♦ Connu comme investisseur en capital de risque à l’émission populaire Dragon’s Den, diffusée sur CBC et dans la version américaine Shark Tank.

♦ Il a semé la controverse en diffusant sur les médias sociaux une vidéo dans laquelle il s’exerce à tirer de la mitraillette, alors qu’avaient lieu au même moment à Montréal les funérailles de victimes de l’attentat de la mosquée de Québec.

♦ Marié à Linda et père de deux enfants, Savannah (23 ans) et Trevor (21 ans).