/news/currentevents
Navigation

Le Journal envoie 2 plaintes à Radio-Canada

Des articles de notre Bureau d’enquête auraient été repris de manière abusive par la société d’État

Coup d'oeil sur cet article

Le Journal de Montréal vient d’envoyer une deuxième plainte en deux mois à Radio-Canada, estimant que plusieurs de ses articles ont été repris de manière abusive et sans attribution correcte par la société d’État.

Les plaintes visent des reportages présentés aux émissions Enquête et The Fifth Estate. Les sujets de ces reportages avaient été abondamment traités des mois auparavant dans des articles signés par le journaliste d’enquête Jean-François Cloutier.

Spécialiste des questions économiques et fiscales, M. Cloutier a d’abord publié, à partir d’octobre 2013, plusieurs reportages sur des Montréalais qui ont fait fortune dans les penny stocks, ces actions de pacotille qui ont servi à flouer de nombreux investisseurs.

Ces articles ont, entre autres, révélé aux Québécois l’existence du fameux «loup de Montréal», John Babikian, un jeune millionnaire montréalais dans la mire des autorités fiscales américaines.

Plusieurs mois après, le 24 novembre 2016, un reportage d’Enquête s’intéressait au même phénomène et aux mêmes personnages, sans accorder aucun crédit au journaliste qui a déterré l’histoire. La recherche est reprise, des photos sont même subtilisées. La promotion du reportage d’Enquête reprenait même à son compte l’expression «loup de Montréal», utilisée maintes fois par Le Journal en référence au fameux film Le loup de Wall Street avec Leonardo Di Caprio.

Sans autorisation

«Le reportage [...] reprend en grande partie et pour l’essentiel des éléments qui ont été déjà traités en exclusivité dans Le Journal de Montréal», déplore le journaliste dans la plainte qu’il a expédiée peu après à l’Ombudsman de Radio-Canada (poste d’ailleurs occupé par un ancien journaliste d’Enquête).

Il a fallu plusieurs interventions du Journal pour que la société d’État finisse par inclure un remerciement «en très petits caractères» et «pendant environ une demi-seconde dans le générique», ce qui ne fait qu’ajouter l’insulte à l’injure, selon M. Cloutier.

Le journaliste note qu’il a dû communiquer d’urgence avec la réalisatrice de l’émission, quelques heures avant la diffusion. Il lui a demandé de modifier un texte publié sur le site web de Radio-Cana­da, dans lequel on pouvait lire qu’Enquête avait «découvert» des informations... pourtant révélées des mois plus tôt dans Le Journal de Montréal.

L’expression «découvert» a été changée par «nous avons appris».

Jean-François Cloutier affirme également que The Fifth Estate, le pendant anglophone d’Enquête, a diffusé sans autorisation une photo de John Babikian dont les droits appartiennent au Journal.

Il se défend

En réplique, le patron responsable, Jean Pelletier (premier directeur, Information-télévision de Radio-Canada), reconnaît qu’un changement sur le site web de la société d’État a été fait après l’intervention de M. Cloutier auprès de la réalisatrice.

Il soutient que les sources de son équipe étaient différentes de celles du Journal et que, pour cette raison, Radio-Canada n’était pas tenue de citer Le Journal.

Jean Pelletier assure que ses journalistes sont «soumis à de strictes normes éthiques et sont très conscients des atten­tes élevées du public à cet égard».

L’autre plainte de M. Cloutier a été envoyée cette semaine. Elle concerne un reportage d’Enquête sur Annette Laro­che, cette secrétaire juridique qui a servi de prête-nom pour de nombreuses entreprises liées aux Panama Papers.

Là encore, Jean-François Cloutier prétend que Radio-Canada a repris «dans sa quasi-totalité» le contenu d’articles publiés plusieurs semaines auparavant dans Le Journal, «sans jamais les citer».

Radio-Canada n’a pas encore émis de commentaires concernant ce deuxième dossier.

«Lorsque le gouvernement Trudeau a consenti 675 M$ additionnels à Radio-Canada, je ne crois pas que c’était pour que ses journalistes copient nos enquêtes», a pour sa part commenté Dany Doucet, le rédacteur en chef du Journal de Montréal.

«Nous leur donnons le crédit pour leur travail, dit-il, on s’attend à ce qu’ils créditent le nôtre, c’est bien un minimum.»