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Allô Charles Taylor?

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Charles Taylor est un des plus grands philosophes de notre époque. Que l’on soit d’accord ou non avec ses positions sur l’universalisme et le multiculturalisme n’enlève rien à la profondeur de sa pensée sur les maux de la modernité.

Cette notoriété rend encore plus étonnant qu’il fasse volte-face sur l’interdiction du port de signes religieux chez les policiers, procureurs de la Couronne, juges et gardiens de prison contenue dans le rapport de la commission Bouchard-Taylor, en réaction à l’attentat de Québec.

Racisme unique au Québec ?

Les grands philosophes ne changent pas d’avis en raison d’événements isolés.

Pire: en rendant public ce virage, Taylor ajoute une couche de vernis à l’idée que l’abominable attentat de Québec, unique en Occident, résulte de l’abominable racisme unique aux Québécois.

Que certains militants antilaïcité instrumentalisent l’attentat pour obtenir une enquête sur le racisme systémique au Québec n’étonnera personne.

Mais qu’un éminent penseur, empruntant le même raccourci intellectuel qu’une Dalila Awada, rouvre une plaie en voie de cicatrisation et braque le premier ministre dans une rigidité qui n’a rien de québécois, me renverse.

Un compromis raisonnable

J’étais et je demeure opposée à l’interdiction de signes religieux pour tous les employés de l’État.

En cours de route, l’interdiction de signes religieux pour les personnes en position d’autorité m’est apparue comme un compromis raisonnable, surtout lorsqu’approuvée par la très raisonnable Commission Bouchard-Taylor, pour éviter que la Charte ne soit adoptée dans sa version «intégriste» originale.

On ne peut nier que les relents anti-islam de la Charte et les maladresses du porteur de ballon, le ministre Drainville, ont conféré à la laïcité, version Québec, une odeur de renfermé qui a rendu impossible, à terme, toute discussion raisonnable sur le sujet.

La volte-face de Charles Taylor oppose une nouvelle fin de non-recevoir au débat éminemment démocratique sur la laïcité souhaitée par une majorité de Québécois.

Reste à savoir pourquoi.