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Bouchard-Taylor, suite et fin

Commission Bouchard-Taylor à Québec
Photo d'archives Le cosignataire du rapport Bouchard-Taylor, Charles Taylor, a déchiré les «Saintes Écritures».

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Depuis près de 10 ans, le Québec est victime d’une étrange mystification.

On lui a fait croire que le rapport Bouchard-Taylor était un document de référence devant guider nos débats identitaires.

Apparemment qu’une grande sagesse y avait été déposée. Comme si ce rapport avait quelque chose de sacré. C’était une bible. La bible!

Même ceux qui ne l’avaient pas lu l’encensaient. En fait, il était plus facile de l’encenser si on ne l’avait pas lu.

Sagesse ?

Hier, un de ses deux auteurs a déchiré les Saintes Écritures.

Charles Taylor ne croit plus qu’il faille interdire les signes religieux ostentatoires chez les employés de l’État en position d’autorité. C’était pourtant prévisible, pour peu qu’on connaisse sa pensée.

Bouleversement chez les croyants! Que feront-ils de leur texte sacré, maintenant qu’il est répudié?

Mon avis? Tant mieux.

Car ce rapport était fondamentalement mauvais.

Il était intellectuellement bancal, sociologiquement faible, moralement sermonneur, et il a d’ailleurs été accueilli comme tel au moment de sa sortie, Jacques Parizeau proposant même de le ranger à la filière 13. C’est-à-dire de le mettre à la poubelle.

Il y voyait un rapport «abstrait et fumeux» et un «long procès du Canadien français».

Parizeau avait raison. Au cœur du rapport Bouchard-Taylor, on trouvait une thèse forte: il n’y a jamais eu de crise des accommodements raisonnables. Elle aurait été fondamentalement fantasmée.

Le seul vrai problème en matière d’intégration, en fait, viendrait de la mauvaise perception qu’ont de la diversité les Québécois francophones.

Bouchard et Taylor nous disaient qu’au fond, notre société était frileuse devant les immigrants et les minorités.

Nous aurions des attentes trop élevées en matière d’intégration.

Les Québécois francophones auraient tort de se prendre pour le cœur historique de la nation. Ils ne seraient pas en droit de se poser comme norme identitaire.

Le jour où les Québécois francophones renonceront à cela, nous pourrons goûter les charmes du vivre ensemble.

Ce rapport, autrement dit, reposait sur de mauvaises bases. Que faire, maintenant qu’il est caduc?

Que faire maintenant que nous pouvons nous passer de ses sacro-saintes conclusions?

Réfléchir

Une chose: reprendre à neuf la réflexion. D’abord en laissant de côté l’hypothèse d’une «peur de l’autre» qui logerait dans les entrailles de la société québécoise.

Depuis 10 ans plane une accusation odieuse sur le peuple québécois: il serait intolérant. C’est à partir d’une telle vision qu’ont pu prospérer des thèses comme celle du racisme systémique qui caractériserait notre société.

C’est dans cette optique aussi qu’on demande toujours aux Québécois francophones de s’ouvrir à l’autre, mais rarement à ce dernier de comprendre les Québécois francophones.

Si on veut réfléchir sérieusement à l’intégration, il faut retrouver des principes élémentaires.

Par exemple, les Québécois francophones ne sont pas qu’une communauté parmi d’autres.

Ou encore, ils devraient se rappeler qu’il est normal qu’un immigrant adhère non seulement juridiquement, mais culturellement à son pays d’adoption.

Aussi, les Québécois devraient cesser de s’autoflageller collectivement.

Et d’ici là, adieu, Bouchard-Taylor!