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Les amis encombrants

Commission Bouchard-Taylor
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Charles Taylor apparaît, aujourd’hui, comme le bouclier derrière lequel Philippe Couillard se cache pour justifier son inertie et demeurer braqué avec le projet de loi 62. L’apparent cadeau de Taylor pourrait toutefois s’avérer empoisonné à moyen terme en privant le premier ministre de sa capacité de mettre de l’avant une proposition plus substantielle en matière d’accommodements raisonnables qui apaiserait le débat en répondant aux vœux d’une vaste majorité.

En instrumentalisant la déclaration de Taylor à des fins partisanes, le premier ministre a manqué de réserve et a continué de détruire son capital de rassembleur amassé après la tragédie de Québec Son nouveau leitmotiv est de ne pas faire de discrimination sur la tenue vestimentaire, alors qu’auparavant il accusait les oppositions caquistes et péquistes de s’attaquer à un problème imaginaire, considérant qu’il n’y avait pas d’agent de justice portant des signes à connotation religieuse.

Une fois de plus, la situation nous révèle le malaise qu’éprouve les libéraux à traiter de la question en voulant à tout prix préserver leur base électorale. Le premier ministre s’emberlificote dans ses arguments et navigue à vue sur des questions aussi délicates. Il préfère encourager la victimisation et contribuer à l’auto-culpabilisation en laissant entendre que les débats sur les accommodements raisonnables, la Commission Bouchard-Taylor et le projet de charte des valeurs ont stigmatisé la communauté musulmane et ont créé un racisme systémique. Il oublie qu’une majorité significative de la population attend un signal positif de sa part qui prendrait en compte leurs appréhensions et leurs aspirations en matière identitaire.

Les évènements de Québec ont généré un courant de sympathie à l’égard de la communauté musulmane qui explique l’assouplissement des positions de la CAQ et du PQ et qui permettait enfin de voir une issue intéressante à un débat qui n’en finit plus d’aboutir. La position Couillard sourit fort probablement aux tenants de la laïcité inclusive et aux communautés religieuses, mais elle laissera sur leur appétit la majorité des Québécois. C’est ainsi que notre premier ministre rate un rendez-vous historique et qu’il s’aménage une défaite cinglante pour la prochaine élection avec une division du vote francophone qui devrait s’atténuer au profit du PQ ou de la CAQ.

Entretemps, on pourra toujours se demander si notre premier ministre était aussi rébarbatif à la discrimination vestimentaire lorsqu’il agissait à titre de conseiller du ministre de la Santé en Arabie Saoudite?