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L'Odyssée du parc

Aller glisser en famille, ça finit pas toujours comme on veut
Darryl Dyck, Edmonton Sun

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C’est parti d’une bonne intention : on s’est dit que c’était une bonne idée d’aller jouer dehors. Ça faisait une couple de jours que la température était so-so et que personne était vraiment sorti s’aérer les esprits.

Ça fait que nous v’la ti pas, mon chum et moi, à 9h22, samedi matin, en train d’énoncer notre super plan révolutionnaire aux gars : On s’en va glisser à la butte du parc de l’école.

Avec trois enfants, dont un bébé de 8 mois, pas besoin de dire que d’un point de vue logistique, ça ressemble à un déploiement militaire.

Étape 1 :

Papa avise les gars qu’on s’en va jouer au parc, gère les pipis. Pendant ce temps, je donne le boire au bébé, avec l’espoir qu’il s’endorme une fois dans l’écharpe de portage.

On s’entend que ça a l’air ben simple de même, mais précisons que ça prend une bonne dizaine de minutes convaincre Le Loup de cinq ans et trois quarts que même s’il a pas envie de pipi, il faut y aller pareil.

Ya Le Mine aussi, l’ado de trois ans. C’est donc à dire que les négociations sont aussi serrées qu’un employé qui veut une augmentation de salaire. Sauf que c’est pas moi le boss. Pis mon boss, il est pas ben, ben commode.

Étape 2 :

Après avoir réussi à convaincre Numéro Deux qu’il avait bel et bien un pipi de caché et alimenté le poupon, l’étape deux peut se mettre en branle.

Papa va chercher les habits de neige et les divers accessoires nécessaires à la survie de notre mini armée en température extrême. On s’entend qu’il fait moins dix et que le soleil plombe, pas une miette de vent, mais bon, on part pareil en excursion.

On installe le pantalon devant le manteau assorti, on met chaque tuque à la bonne place, sans oublier les cache-cou. On peut pas plus simplifier le processus : tout est là, démêlé et prêt à être enfilé.

C’est à ce moment que la torture commence.

-J’veux pas mettre mon pantalon!

-J’veux écouter la tablette!

-J’ai pus envie d’aller glisser!

-Pourquoi on est pas encore partiiiiiiiis? (sans blague.)

-Z’ai chauuuuuud!

Personne est encore habillé. Le Mine a réussi à mettre la moitié d’une jambe de son pantalon. Il essaie de se relever pour aller faire quelque chose de nébuleux, tombe sur les fesses et vit une apocalypse. « Mamaaaaaaaaaaaan! »

Je tiens encore mon bout, à ce moment-là : il va s’habiller seul.

-Allez mon Minou, je vais t’aider, mets l’autre pied.

Il se met à tourner sur lui-même en sautant sur un pied. Ce faisant, il éparpille tous les maudits accessoires ET les mélange avec ceux qu’on avait laissé sur le côté.

Numéro Un, lui, a trouvé la tablette et profite de la diversion de son frère pour rien faire. Il ne s’habille pas, et joue à un jeu. Mais le son le trahit.

-Loup, habille-toi!

On est moins calmes. Un regard furtif à l’horloge du four nous indique qu’il est maintenant 9h57 et que la petite sortie bucolique en famille sous la belle neige de février s’est officiellement transformée en odyssée.

Le bébé commence à s’impatienter, assis sur le plancher, à regarder le linge revoler de tous bords, tous côtés.

Ça y’est, on décide de s’en mêler. Mattons qu’on est rendus un peu moins calmes et posés. Papa s’occupe du grand, moi du Mine. En moins de deux, ils sont habillés, reste le petit, qui a une couche à changer.

Étape 3 :

Papa va changer le bébé, pendant que je sors mon bas de suit et enfile mes bottes. Je mets mon manteau pis mes gréements. Je suis prête.

-J’aiiiiii chaud!

Numéro un.

-Veux l’aller glisser!

Numéro deux qui ouvre la porte et s’élance en courant vers le parc. Pas le temps de niaiser, je pars derrière lui. Le grand me suit et on commence à avancer. Pas le choix, on a un gros six cent mètres à parcourir avant l’heure du diner. Mon chum viendra ben nous rejoindre un moment donné.

Jusqu’ici, tout va bien. On est rendus au premier coin de rue, pas d’anicroche. On traverse, un peu têtes folles, mais on traverse pareil sans embûche.

Papa vient nous rejoindre avec bébé, je le mets dans l’écharpe, il s’endort en moins de trois secondes.

Jusqu’ici tout va bien, mon chum a apporté la chambre à air, Le Mine s’assoit dedans, Le Loup botte les mottons de neige qu’il trouve sur son chemin.

Je prends un grand respir, fais un clin d’œil à mon chum. C’est tu pas ça, la vraie vie? Il fait beau, tout le monde est content, je pense même entendre mon gars qui chante une chanson.

Coudonc, je vais l’avoir, mon lâcher prise!

Pis je sors de ma bulle et j’entends ce qu’il chante :

-Maman, z’ai envie de pipi. Mamaaaan, z’ai envie de pipi. Maman, z’ai fait pipi dans mon pantalooooooon!

Étape 4 :

10h12, on retourne à la maison.