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Scandale à Washington : Flynnghazi ou Flynngate?

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Des relents de scandales flottent sur la Maison-Blanche. Le surnom qu’on donne à la crise qui a entraîné la démission du conseiller à la sécurité nationale de Donald Trump en dit long sur son importance.

L’ex-général Michael Flynn, allié de la première heure de Donald Trump, a dû démissionner à peine 24 jours après son entrée en fonction comme bras droit du président en matière de sécurité.

Le scandale

Après l’élection, l’administration Obama a imposé des sanctions contre la Russie, accusée d’avoir piraté les ordinateurs du Parti démocrate pour nuire à la campagne d’Hillary Clinton. Fin décembre, Flynn aurait évoqué une levée rapide de ces sanctions lors d’une conversation téléphonique avec l’ambassadeur de Russie. Peu après, le vice-président Mike Pence niait publiquement que Flynn avait parlé des sanctions.

C’était faux. Le FBI a l’enregistrement en main. Après avoir tenté d’étouffer l’affaire, Donald Trump a dû céder à la pression et servir à Flynn son fameux «You’re fired».

Le scandale chamboule la capitale au point où les visites de Justin Trudeau et Benjamin Netanyahu sont passées pratiquement inaperçues. Flynnghazi ou Flynngate? La question est moins superficielle qu’elle n’en a l’air.

Flynnghazi ?

Ce surnom fait référence à l’affaire Benghazi. À la suite de l’attaque contre le consulat américain qui a tué quatre personnes dont l’ambassadeur en Libye, les républicains ont talonné inlassablement Hillary Clinton.

Après des mois d’enquête et des millions dépensés, ce qui subsiste de l’affaire est une impression indélébile dans l’esprit des républicains que Clinton est coupable de quelque chose, malgré l’absence de preuves.

Donc, s’agit-il de Flynnghazi, c’est-à-dire un scandale à sens unique qui n’aura de prise que sur les opposants politiques de Donald Trump? Mais si Flynn est victime des nouvelles bidon et d’une chasse aux sorcières démocrate, comme le prétend Trump, pourquoi l’a-t-il congédié?

Flynngate ?

Le parallèle avec le scandale du Watergate semble plus juste. En effet, outre l’illégalité possible du geste de Flynn, ce sont les tentatives d’étouffer l’affaire qui pourrait revenir hanter le président.

Les allégations se multiplient autour des liens entre Trump et le régime de Vladimir Poutine et, pour le moment, la résistance des républicains du Congrès est le seul obstacle à l’ouverture d’une enquête indépendante.

Cette résistance pourrait toutefois s’effriter, ce qui rendrait le scénario de la destitution de Trump envisageable.

Un malaise profond

L’affaire Flynn est symptomatique de la désorganisation de l’administration Trump, qui tourne à vide malgré l’omniprésence médiatique du président. Plusieurs postes névralgiques n’ont pas encore de candidats nommés et certaines nominations ont été bâclées, comme celle du candidat comme secrétaire au Travail, qui s’est désisté.

Cette désorganisation amène un nombre croissant d’observateurs à mettre en doute l’aptitude du président à gouverner, au point où certains républicains songeraient déjà à le larguer.

Ce qu’on perçoit de ce scandale pourrait n’être que la pointe du proverbial iceberg. Il pèsera lourd sur la présidence de Donald Trump. Il pourrait même la saborder.