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Signes religieux : Gérard Bouchard sort de son mutisme

Gérard Bouchard
photo d’archives Le philosophe Charles Taylor et le sociologue Gérard Bouchard à l'époque de la commission B-T sur les accommodements raisonnables.

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Après la sortie de Charles Taylor se dissociant d’une recommandation du rapport Bouchard-Taylor sur les signes religieux, son ex-coprésident sort enfin de son mutisme.

Le Devoir rapporte que le sociologue Gérard Bouchard, sans nécessairement s'en étonner, se désole néanmoins de la volte-face de Charles Taylor.

Selon M. Bouchard, la sortie de M. Taylor aurait contribué à faire dérailler le consensus qui, dans la foulée de l’attentat meurtrier à la mosquée de Québec, se serait profilé entre libéraux, péquistes, caquistes et solidaires sur l’épineuse question de l’interdiction du port de signes religieux par les agents de l’État dont les fonctions sont «coercitives» - juges, policiers, procureurs de la Couronne, etc. 

Gérard Bouchard précisant aussi que sa propre position favorable à cette interdiction reste inchangée.

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L’impossible consensus

Or, est-ce vraiment la volte-face de Charles Taylor qui a torpillé ce présumé consensus émergent? Ou n’est-ce pas plutôt le premier ministre Philippe Couillard qui, dans l'immédiat, s’en est servi pour justifier son propre immobilisme sur le sujet?

Parions pour la deuxième hypothèse.

Que cette sortie de M. Taylor ait été arrangée ou non avec «le gars des vues», comme on dit, ne change rien au fond de la question.

Le fond de la question étant que Philippe Couillard répète depuis des années qu’il est opposé inconditionnellement à toute interdiction du port de signes religieux.

Exception faite, étonnamment si l’on suit sa propre «logique», pour le niqab et la burqa, puisque son projet de loi 62 en interdit le port dans la mesure où il impose de donner ou recevoir un service public à visage découvert - sauf entre autres pour des raisons de sécurité.

En d’autres termes, ce «consensus» sur Bouchard-Taylor qui se pointait supposément entre TOUS les partis de l’Assemblée nationale a-t-il même déjà existé réellement?

Tout est possible, comme dirait l'autre. Difficile toutefois d’imaginer Philippe Couillard marcher aussi fort sur la peinture qu’il a appliquée lui-même sur la question depuis aussi longtemps.

Ce n’est pas vraiment Charles Taylor qui a tué quelque consensus que ce soit. L’opinion d’un philosophe, aussi primé soit-il, ne reste qu’une opinion. Celui qui décide, c’est le premier ministre. Point. La responsabilité finale devant la population est la sienne - ce que Gérard Bouchard reconnaît d'ailleurs lui-même.

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Parfum d’élections

De voir Philippe Couillard sauter sur la sortie de Charles Taylor pour mieux s’en prendre au PQ et à la CAQ - qu’il continue de taxer d’indécrottables «intolérants» -, et ce, tout en dénonçant ce qu’il appelle de manière parfaitement démagogique une «dérive discriminatoire» apte à donner un «œil au beurre noir» au Québec sur la scène internationale (!) -, eh bien, à voir les choses aller cette semaine, très franchement, ça sentait tout sauf un consensus imminent incluant le PLQ.

Le véritable parfum qui se dégage des revirements récents sur la recommandation de la commission Bouchard-Taylor est plutôt celui de la prochaine élection. Celle du 1er octobre 2018.

Combien vous pariez que, pour consolider sa base, le gouvernement sortant en fera un enjeu majeur? Non pas sur la question spécifique de Bouchard-Taylor, mais sur le terrain beaucoup plus large du «bon» gouvernement Couillard «tolérant et ouvert au monde» vs les «méchants» péquistes et caquistes «intolérants et repliés sur leur petit Québec blanc et catholique à eux»? Les formules sont bien évidemment ironiques, mais reflètent néanmoins l'approche manichéenne du premier ministre sur ces sujets.

Bref, ça ressemble à un retour en force de la politique dite de division ou de polarisation (le fameux «wedge politics» comme on dit en anglais).

Traduction: les «bons» d’un côté et les «méchants» de l’autre. Adieu nuances, zones grises, doutes et réflexion.

Jean Charest s’en est lui-même amplement servi pendant le Printemps étudiant de 2012. Idem pour Pauline Marois avec sa charte des valeurs.

Et Philippe Couillard s'en sert déjà depuis un bail sur la question de l’«ouverture» au monde. Voir les «braises de l'intolérance».

Bref, on n’est pas sortis de l’auberge...