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Le patron du ski mondial veut revoir Québec

Siégeant au CIO, Gian-Franco Kasper souhaite une candidature de la Ville pour les Jeux de 2026

Le président de la Fédération internationale de ski et membre du conseil d’administration du Comité international olympique, Gian-Franco Kasper, n’a pas changé d’idée sur le potentiel de Québec pour tenir des Jeux olympiques d’hiver.
Photos Alain Bergeron et d’archives Le président de la Fédération internationale de ski et membre du conseil d’administration du Comité international olympique, Gian-Franco Kasper, n’a pas changé d’idée sur le potentiel de Québec pour tenir des Jeux olympiques d’hiver.

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SAINT-MORITZ | Réitérant sa neutralité dans le processus des candidatures olympiques, le Suisse Gian-Franco Kasper invite Québec à reconsidérer son intérêt pour les Jeux d’hiver de 2026.

«Moi, j’espère qu’ils (sic) vont revenir parce que c’est une ville sportive qui a tout le reste, sauf la descente (masculine de ski). Mais ça, on peut arranger», a affirmé le président de la Fédération internationale de ski (FIS), intercepté par Le Journal en marge des championnats mondiaux de ski alpin à Saint-Moritz.

Pas trop tard

Notre entretien s’est déroulé avant que la population des Grisons dise non à 60 %, lors d’un référendum tenu dimanche dernier, à un financement public de 11,7 M$ (9 M francs suisses) de ce canton de la Suisse pour une candidature au coût global de 32,6 M$ (25 M) en vue des Jeux de 2026. Il y a quatre ans, ces électeurs s’étaient aussi opposés à 53 % contre les Jeux de 2022. Le rejet de dimanche laisse maintenant la voie libre à la candidature de Sion et du Valais à l’ouest du pays.

Le président de la FIS, qui siège depuis août 2016 à la Commission exécutive du Comité international olympique (CIO), prétend qu’il n’est pas trop tard pour Québec pour soumettre une candidature avant l’échéance internationale en 2018.

«On a encore le temps», croit Kasper, qui rappelle toutefois l’arrivée de Calgary dans le décor.

«Il ne faut pas oublier qu’il y a Calgary aussi qui sera probablement candidate, alors ce serait au Canada de décider d’abord avec quelle candidature ils (sic) vont venir», dit-il.

« Aucun doute » sur Québec

Kasper nous a reconduit son affection pour Québec et la région de Charlevoix, qu’il avait survolées en hélicoptère à l’occasion du congrès SportAccord en 2012. Il assure ne pas avoir changé son opinion sur le potentiel de Québec malgré la guerre de mots qui l’avait opposé à Régis Labeaume l’an dernier (voir texte page suivante).

Vous croyiez à Québec?» lui a-t-on demandé, en référence à la visite exploratoire que le maire avait effectuée au CIO à Lausanne en avril 2016.

«Bien sûr, je n’avais aucun doute. Mais c’est à lui de faire ce qu’il veut», répond Kasper sans nommer le maire Labeaume.

Décision finale en 2019

À Calgary, un comité exploratoire mandaté avec une aide de 5 M$ par la Ville a déposé son rapport au conseil municipal, le 23 janvier dernier, dans lequel il signifie l’intérêt des gouvernements fédéral et provincial d’Alberta à une éventuelle candidature. La Ville décidera d’ici le 30 juin si elle ira de l’avant.

La ville-hôtesse pour les Jeux de 2026 sera désignée à la 132e session du CIO en juillet 2019. En plus de la Suisse, les villes de Sapporo, Innsbruck, Stockholm et Almaty tablent également sur des candidatures.

Qui est Gian-Franco Kasper ?

  • Né le 24 janvier 1944 à Saint-Moritz
  • Élu au conseil d’administration du Comité international olympique (CIO) le 4 août 2016
  • Membre de l’exécutif du CIO depuis 2000 et de l’Agence mondiale antidopage depuis 2003
  • Président de la Fédération internationale de ski (FIS) depuis 2000
  • Président de l’Association des fédérations internationales olympiques des sports d'hiver (AIOWF) depuis 2014
  • Responsable d’un bureau de l’Office de tourisme de Suisse à Montréal en 1974
  • Diplômé en journalisme, philosophie et psychologie de l’université de Zurich en 1966

Guerre froide entre Kasper et Labeaume

Le président de la Fédération internationale de ski et membre du conseil d’administration du Comité international olympique, Gian-Franco Kasper, n’a pas changé d’idée sur le potentiel de Québec pour tenir des Jeux olympiques d’hiver.
Photo Alain Bergeron

SAINT-MORITZ | «Il n’avait aucune raison de donner la faute à quelqu’un qui n’était pas dangereux du tout.»

Gian-Franco Kasper dit n’avoir jamais reparlé avec Régis Labeaume depuis leur confrontation à distance en mai 2016. Le maire de Québec avait alors reproché au président de la Fédération internationale de ski (FIS) et au président de la Fédération internationale de hockey sur glace, René Fasel, de se trouver en conflit d’intérêts en voyant leurs noms associés à une candidature nationale de la Suisse, leur pays d’origine.

«Jamais personne ne leur dit à eux. Comment voulez-vous prétendre être neutre quand vous faites partie d’une équipe de choc pour soutenir la candidature de la Suisse?» avait émis Labeaume, le 5 mai 2016, en annonçant qu’il retirait sa ville d’une démarche en vue des Jeux olympiques de 2026.

« Ça m’était égal »

Un mois plus tôt, le maire de Québec avait répondu à une invitation du Comité international olympique (CIO) pour une visite exploratoire à Lausanne, où il avait notamment rencontré le président Thomas Bach. Depuis le temps, Kasper dit avoir digéré les attaques du maire à son endroit.

«Bah! Oui, bien sûr. Ça m’était égal en principe, mais je n’ai pas compris», affirme-t-il aujourd’hui, insistant à nouveau sur sa neutralité.

Pour rappeler l’existence d’une bonne relation entre la FIS et Québec, Kasper évoque l’attribution des finales de la Coupe du monde de ski de fond, du 17 au 19 mars prochain. Québec avait été identifiée par la FIS comme la première option après que Tyumen s’est désistée dans la foulée du scandale de dopage qui éclabousse la Russie.

«On a encore et toujours une excellente relation avec la FIS. La preuve, c’est qu’on a obtenu les finales de ski de fond et on vient de présenter un doublé de surf des neiges et de ski acrobatique en fin de semaine (dernière). La FIS a une énorme confiance dans notre capacité à organiser des événements», précise Patrice Drouin, président de Gestev, joint au lendemain de la Coupe du monde à Québec.

Occasion ratée ?

Québec est-elle passée à côté de quelque chose? a-t-on demandé à Kasper.

«On n’a plus rien entendu de Québec. Le maire a complètement changé. Il a dit que c’est la faute de la FIS. Nous, on a rien dit, c’est lui qui a inventé ça», se limite-t-il à répondre.

Une ouverture pour la descente masculine

SAINT-MORITZ | Toujours identifiée comme l’irritant majeur à une candidature olympique, la descente masculine au Massif de Charlevoix ne semble plus rebuter aussi froidement la Fédération internationale de ski (FIS).

Après avoir rappelé que la longueur naturelle de la piste ne répondait pas aux critères de dénivelé, Gian-Franco Kasper a toutefois démontré publiquement une première ouverture à l’idée d’atteindre le minimum requis de 800 m en élevant le départ au moyen d’une structure.

«Théoriquement oui», a-t-il dit au sujet d’une telle faisabilité sur la montagne de Petite-Rivière-Saint-François. «Mais il faudrait faire des constructions qui sont d’un luxe pas nécessaire», ajoute-t-il.

La piste «Charlevoix» demeure la seule solution au Québec pouvant comporter les défis propres à une descente des hommes et répondant aux critères de la FIS. Selon la liste des tracés répertoriés dans le monde par la FIS, l’homologation de celui situé au cap Maillard est valide jusqu’au 1er novembre 2017.

De tout temps depuis la candidature infructueuse de Québec pour les Jeux de 2002, le scénario jouable pour la «Charlevoix» repose sur la solution de hausser le portillon de départ. En 2010, la firme Gestev avait soumis à Équipe Québec, un comité formé par le gouvernement provincial pour étudier l’état des infrastructures, un concept pour rehausser le cap Maillard.

L’octroi du contrat d’étude de faisabilité sur cette montagne à la firme Roche en juillet 2010 avait finalement freiné Gestev, de concert avec la firme d’ingénierie Dessau, à se lancer dans un plan de travail auquel avait à l’époque accepté de collaborer Erik Guay, double médaillé de la semaine dernière aux championnats mondiaux à Saint-Moritz.

« On peut tout faire »

Gian-Franco Kasper n’a pas écarté catégoriquement cette option d’un départ surélevé grâce à une structure, mais il se laisse guider par l’Agenda 2020 du CIO qui prône la réutilisation d’installations existantes.

«On peut tout faire, mais ils ont toutes les possibilités. Ils peuvent faire la descente par exemple à Lake Placid, à Calgary ou même à Vancouver», rappelle-t-il.

«C’est une descente qui n’est pas dans nos règlements. On a toujours dit qu’il faut trouver une autre place pour la descente, c’est tout.»