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Le printemps est inexorable

Charest Marois
Photo d'archives

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Le printemps est inexorable. Cinq ans plus tard, s’il fallait résumer la stratégie du gouvernement Charest face à la grève étudiante de 2012, l’expression empruntée au poète Pablo Neruda la résumerait à merveille.

Depuis les années 1950, jamais un premier ministre ne s’était montré aussi intraitable et méprisant face à un mouvement étudiant. La raison? Plombés par l’usure du pouvoir et la commission Charbonneau, pour sauver leur peau, les libéraux en ont fait un enjeu partisan.

À quelques mois d’une élection, Jean Charest a joué cette grève comme un violon. Refusant tout règlement raisonnable sur sa hausse vertigineuse des droits de scolarité, sa stratégie crevait les yeux.

C’était du wedge politics pur et dur. Son mode d’emploi est connu. 1) Tenir une position inflexible sur un sujet fort et émotif. 2) Polariser l’opinion en deux camps irréductibles. 3) Défendre un camp et diaboliser l’autre. Le tout, dans l’espoir de consolider une base électorale qui s’effrite.

Le lexique de M. Charest

À preuve, plus la grève gagnait des appuis, plus le gouvernement Charest durcissait sa position. Aux manifestations, sa réponse fut la répression policière suivie d’une loi «spéciale» visant à nier un droit pourtant fondamental – celui de manifester pacifiquement.

Le lexique de M. Charest était taillé sur mesure pour discréditer les étudiants. À répétition, il les accusait de «violence» et d’«intimidation». Refusant de prononcer le mot «grève», il la ramenait à un simple «boycottage» d’enfants gâtés. Contre les «carrés rouges», il encourageait aussi les «carrés verts» à judiciariser le conflit.

Le jour du déclenchement des élections, il en fit un enjeu central. En parfait populiste, il se réclama de la majorité silencieuse contre la «rue» qui, selon lui, ne faisait que du «bruit». Du jamais-vu sur toute la ligne.

Cinq ans plus tard, en entrevue avec La Presse, Marc Parent, ex-directeur du Service de police de Montréal, révèle même ceci: «Certains décideurs et intervenants auraient souhaité une réponse beaucoup plus musclée de la police aux actions des grévistes.» Ah bon?

Acharnement

Stratégique, l’acharnement du gouvernement se nourrissait aussi du désir de briser un mouvement aux antipodes de sa propre vision néolibérale. Les médias étrangers étaient d’ailleurs rivés sur ces manifs qui, soir après soir, scandaient leurs slogans au nom du «bien commun».

Même le prestigieux quotidien britannique The Guardian y a vu le symbole de «la plus puissante remise en question du néolibéralisme» sur le continent. C’est tout dire.

Cinq ans plus tard, qu’en reste-t-il? Parce que les libéraux sont de retour au pouvoir, certains concluent à l’échec du printemps étudiant. Cette grève devenue mouvement social est certes rentrée dans ses terres, mais l’important est qu’elle a beaucoup semé.

Des Gabriel Nadeau-Dubois, Martine Desjardins et Léo Bureau-Blouin en ont émergé. Surtout, elle a conscientisé des milliers de Québécois et plus particulièrement encore chez les jeunes.

Pour le moment, cette conscientisation percole. Si le Québec est chanceux, ceux qui la portent l’aideront peut-être un jour à retrouver son idéalisme perdu.