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Où est Charlie?

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Le Parlement canadien était divisé hier quant à la motion M-103 libellée «Racisme et discrimination religieuse systémiques». Et pour cause!

À en juger par son titre, cette motion, proposée par la députée libérale Iqra Khalid, semble légitime. Après tout, qui pourrait bien être favorable au racisme ou à la discrimination?

Toutefois, malgré sa phraséologie sirupeuse, cette motion est surprenante et inquiétante.

Incohérence

Elle surprend, car le Code criminel condamne déjà de manière claire et précise les discours haineux envers un groupe «identifiable», ce qui inclut les groupes qui s’identifient par leur religion. Ces dispositions ont toujours été suffisantes, alors d’où vient donc ce besoin d’en remettre?

La motion surprend également par le choix des mots. On y trouve l’expression «discrimination religieuse», mais la motion cite uniquement l’islamophobie. Or, si la mention concerne toutes les religions, pourquoi précise-t-elle seulement l’islamophobie? Et si elle ne concerne que l’islamophobie, pourquoi n’est-elle donc pas plus inclusive? Une motion contre la discrimination qui elle-même discrimine, voilà le comble de l’absurdité!

Finalement, la motion inquiète, car, bien qu’elle n’ait pas force de loi, elle réclame que le Comité permanent du patrimoine canadien étudie la question et fasse des recommandations au gouvernement sur la façon de réduire, sinon d’éliminer, l’islamophobie. Attendons-nous donc à ce que de nouvelles lois soient proposées dans un avenir proche.

Silence !

Or, comme la motion ne définit pas l’islamophobie, le terme pourrait rapidement devenir un large parapluie, voire carrément une loi anti-blasphème, servant à bâillonner les voix discordantes. On peut donc s’inquiéter de ne bientôt plus pouvoir réagir aux propos d’un imam salafiste prônant la charia, ni condamner les islamistes radicaux qui veulent éliminer les «infidèles».

Il y a deux ans à peine, le Canada scandait «Je suis Charlie», symbole même de la liberté d’expression. Mais avec le gouvernement Trudeau, le célèbre slogan pourrait bientôt être remplacé par «Je suis... réduit au silence!»