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Étrange et particulier

Far Away est un objet théâtral non conventionnel

Far Away
Photo courtoisie Idra Labrie Harper, interprétée par Lise Castonguay, tente de rassurer sa nièce Joan (Noémie O’Farrell), qui a été témoin de choses troublantes.

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Un univers étrange, une vision apocalyptique d’un futur qui n’est peut-être pas si lointain, Far Away est un objet théâtral fort particulier.

À l’affiche jusqu’au 4 mars à l’auditorium du pavillon Pierre Lassonde du Musée national des beaux-arts du Québec, cette œuvre de la dramaturge britannique Caryl Churchill est une proposition loin d’être conventionnelle.

Étrange est le mot qui vient tout de suite à l’esprit pour décrire cette fable d’anticipation qui parle de peur et qui se déploie sur trois époques.

Far Away débute lorsque Joan, une jeune fille de 12 ans, interprétée avec subtilité par Noémie O’Farrell, découvre quelque chose de troublant lors d’une visite chez sa tante Harper.

Une tante (Lise Castonguay) qui, par le mensonge, tentera de calmer les peurs de cette enfant.

On retrouve ensuite Joan, 10 ans plus tard, dans une usine où elle crée des chapeaux qui seront portés par des individus, lors de défilés. Alors que le plus beau trouve sa place au musée, ceux qui portent les moins beaux sont exécutés.

Après un autre saut de 10 ans, Joan est de retour chez sa tante, alors qu’une guerre, à laquelle la nature et les animaux participent, fait rage. Une guerre où les alliances sont fragiles.

Far Away est un objet particulier et étrange. On ne comprend pas tout, et il faut se laisser transporter dans ces zones insolites et inhabituelles si l’on veut apprécier l’expérience.

Cinématographique

Livré sous forme de chuchotements, avec des voix amplifiées, le texte de Caryl Churchill fait référence, dans ses sous-couches, à la peur, aux mensonges, aux conflits qui dégénèrent, à la télé-réalité et à la place de l’art dans la société.

«On crée de la beauté et elle disparaît», lance Todd, l’amoureux de Joan, interprété par Ludger Beaulieu.

La force de Far Away, outre l’étrangeté de son univers, réside dans la mise en scène excellente et très cinématographique d’Édith Patenaude.

Les acteurs deviennent flous, parfois, jouant derrière des panneaux translucides. L’espace de jeu se transforme.

La séquence du défilé des prisonniers, accompagnée par des sonorités technos, s’étire, devient tout à coup interminable et provoque une espèce d’engourdissement chez les spectateurs. On pense, ici et là, aux ambiances étranges du cinéaste David Lynch.

On quitte la salle avec des questions, sans avoir tout compris ce qu’on a vu, mais convaincu d’avoir vécu quelque chose d’étrange et fort particulier.