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Risques de dérive

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La fin tragique d’une dame atteinte de la maladie d’Alzheimer, décédée des mains de son conjoint épuisé qui s’est ensuite livré à la police, a ramené au-devant de l’actualité la question de l’aide médicale à mourir.

On rapporte que Mme Lizotte, quand elle était lucide, aurait souhaité pouvoir bénéficier de cette «intervention exceptionnelle face à des souffrances exceptionnelles» lorsque son état le justifierait.

Or, la Loi concernant les soins de fin de vie ne prévoit pas que cette mesure puisse être énoncée aux directives médicales anticipées remises par un patient à ses médecins. Le conjoint de Mme Lizotte a donc appliqué ce qu’il considérait être sa volonté et devra en subir les conséquences.

Une pente savonneuse?

Quand la Loi a été adoptée, ses quelques opposants utilisaient comme argument la figure sophistiquée de la pente savonneuse. Si on permet ça maintenant, demain ce sera quoi?

Il était d’ailleurs clair dans l’esprit de ces promoteurs que cette pièce de droit nouveau nécessiterait des ajustements suivant son application. Moins d’un an après son entrée en vigueur, peut-être en sommes-nous déjà là.

Du côté fédéral, on a dû légiférer également, à l’invitation impérative de la Cour suprême. Le critère qu’il fallait satisfaire était celui de «la mort raisonnablement prévisible», un concept encore bien imprécis, particulièrement face à des maladies dégénératives dont les conséquences immédiates sont avant tout d’ordre cognitif.

La discussion est ouverte, donc, afin d’éviter d’autres cas comme celui de Mme Lizotte. Il y a toutefois des risques de dérive qui sont bien réels.

Les meilleurs soins

Il y a un volet méconnu, parce que moins spectaculaire, de la démarche «Mourir dans la dignité» menée par la députée Véronique Hivon, particulièrement quant à ses objectifs. La loi qui en a résulté porte sur «les soins de fin de vie» en général et pas seulement sur l’aide médicale à mourir.

Ce que les gens veulent avant tout, c’est de ne pas souffrir. La conclusion de «Mourir dans la dignité», c’est qu’il fallait d’abord s’assurer que les personnes malades aient accès aux meilleurs soins de confort possibles afin, justement, d’avoir une autre issue que d’abréger leur vie.

Or, cette semaine, on entend dire qu’il faut élargir l’aide médicale à mourir afin de soulager les proches aidants ou désengorger le système de santé.

C’est précisément à ce moment-là qu’on ne parle plus de «mourir digne», mais plutôt d’euthanasie.

Maintien à domicile

Il est pertinent et même souhaitable d’avoir une discussion sur l’aide médicale à mourir. Il est toutefois dangereux de le faire sans l’assortir d’une vraie réflexion sur l’accès aux soins à domicile et le soutien aux proches aidants.

L’idée derrière «Mourir dans la dignité», ce n’était pas de pousser les gens à la mort. C’était de leur permettre de vivre conformément à leurs valeurs jusqu’à la fin.