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Je cultive mes morons

Serait-ce un troupeau de morons du Québec?
Photo Stevens LeBlanc Serait-ce un troupeau de morons du Québec?

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La semaine dernière, j’ai lu la chronique de Michel Hébert intitulée Le culte du moron. Le moins que l’on puisse dire, c’est qu’il en avait long à dire à propos des syndicats de l’enseignement ainsi que sur le nouveau cours d’éducation financière.

Si j’ai bien compris, la prémisse derrière l’argumentaire de son texte est la suivante :

«Des chefs syndicaux de l’enseignement, bien au fait de la médiocrité du curriculum, se sont dressés sur leurs petites pattes pour protester contre les cours d’information financière destinés aux élèves du secondaire. Il paraît que ça nuirait à l’esprit “critique” des jeunes que de leur expliquer ce que sont dette, taux d’intérêt ou hypothèque.»

Je dois avouer que cette surprenante volte-face du syndicat a suscité chez moi quelques interrogations.

Comme il n’y avait ni citation ni référence dans la chronique, j’ai fait ce que je demande à mes morons de 5e secondaire : effectuer une recherche afin de trouver des sources crédibles et variées dans le but de faire le portrait de la situation.

Je vous livre le fruit de ma quête

Sur le site de Radio-Canada : «On n'est pas contre le cours d'éducation financière, pas du tout. On est contre la façon cavalière avec laquelle les choses se font présentement.» - Josée Scalabrini, présidente de la FSE

Sur le site de CHOI : «Nous, on n’est pas contre le cours d’éducation financière, même qu’on avait dénoncé en 2009 quand ils ont retiré ce cours...» - Josée Scalabrini en entrevue avec Dominic Maurais

Sur le site de La Presse : «Nous ne sommes pas nécessairement opposés à ce cours, mais à la précipitation dans laquelle tout se fait. Ce qu’il faudrait plutôt faire, c’est réévaluer globalement la pertinence de l’ensemble de la grille-matières. » - Sébastien Joly, président de l’Association provinciale des enseignants du Québec

Bref, il semble que le syndicat ne soit pas contre ce cours, mais plutôt contre l’urgence d’agir du ministre.

À ce propos, il est intéressant de lire l’article de Daphnée Dion-Viens du Journal : Flou entourant l’éducation à la sexualité: le ministre Proulx est moins pressé que pour les cours d'éducation financière.

Je sais. J’entends encore vos récriminations.

Peu importe mes sources, je vous imagine encore me dire : quel est donc le foutu problème de voir un ministre agir rapidement afin d’implanter un cours qui viendra parfaire la culture de tes morons de 5e secondaire?

D’abord, cette décision entraîne l’amputation de moitié du cours de monde contemporain et cette solution ne fait pas du tout l’unanimité. J’ai déjà longuement discuté, sur le Blogue des profs, de ce choix par défaut du ministère. À ce sujet, vous pouvez aussi lire le texte de la pétition Sauvons le cours Monde contemporain.

Ensuite, en lien avec le contenu du nouveau cours d’éducation financière, nous devons répondre à la question primordiale que Gérald Fillion, journaliste spécialisé en économie, nous pose sur son blogue : Quel cours d’économie? Vous irez lire son excellente réflexion.

Enfin, il y a une procédure légale régissant l’implantation d’un cours. Il y a des règles à suivre, et ce, même si l’idée d’un cours d’éducation financière en 5e secondaire semble, a priori, excellente.

Pourquoi encore ces emmerdes démocratiques? Pour être à l’abri d’un ministre qui aurait peut-être un jour des idées un peu plus discutables.

Vous voulez des exemples? Il me suffit de penser à l’imposition d’un cours sur le créationnisme ou encore à la noble intention d’inclure un module climatosceptique dans un cours de sciences.

En terminant, je tiens à rassurer monsieur Hébert. En attendant le cours d’économie obligatoire, je fais ma part afin d’enrichir la culture financière de mes morons... Même si je ne suis qu’un minable prof de chimie syndiqué.

À titre d’exemple, à la fin du module sur les phénomènes gazeux, je leur demande un texte d’au moins 700 mots. Ils doivent expliquer, évaluer et documenter dans le but de résoudre cette question spécifique : les pneus gonflés à l’azote, une solution ingénieuse ou une arnaque pour le consommateur?

Je dois dire que l’exercice est très intéressant. En plus d’exploiter leurs connaissances en chimie, ils développent un sens critique et une méthode de recherche et d’analyse qui leur sera, je l’espère, fort utile tout au long de leur vie.

La morale de ce travail? Avant de croire ce qui est écrit sur un bout de papier ou dit dans une pub, vous devez faire un effort afin de départager le vrai du faux. Il devient alors possible de se prononcer en toute connaissance de cause.

Et vous monsieur Hébert, vous faites gonfler vos pneus à l’azote ou à l’air?

Demandez à l’un de mes morons, il se fera un plaisir de vous expliquer intelligemment ce qu’un consommateur doit savoir.