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Le rapport de forces

POL-NADEAU-DUBOIS-CANDIDAT
Photo Agence QMI, Maxime Deland Gabriel Nadeau-Dubois

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L’arrivée de Gabriel Nadeau-Dubois (GND) chez Québec solidaire fera-t-elle bouger les plaques tectoniques d’une scène politique figée dans le béton libéral depuis presque 15 ans? Et si oui, le Parti québécois en sortira-t-il gagnant ou perdant?

Il est évidemment trop tôt pour le dire. De la réponse à ces questions dépendra pourtant le résultat de l’élection du 1er octobre 2018. Du moins, en partie.

À court terme, une seule chose est sûre. L’élection prochaine de l’ex-leader étudiant dans Gouin placera le gouvernement Couillard devant un redoutable communicateur capable de tirer à boulets rouges sur ses politiques d’austérité.

La véritable énigme est ailleurs. À moyen terme, quel sera l’«effet» GND sur le PQ de Jean-François Lisée? En point de presse, GND s’est montré cinglant envers l’«autre» parti souverainiste. «J’ai beaucoup de misère à suivre M. Lisée», lançait-il.

À sa décharge, le rapport produit par l’ex-candidat à la chefferie péquiste, Paul St-Pierre Plamondon, fait le même constat d’un PQ «inconstant» sur des enjeux cruciaux comme l’identité, la souveraineté et le pétrole.

De deux choses l’une

C’est toutefois en plaçant le PQ et le PLQ dans une même «classe politique» qui, depuis 30 ans, aurait «trahi» le Québec, que GND a porté son coup le plus dur. Comme préliminaires à de possibles alliances avec le PQ pour «sortir» les libéraux du pouvoir, ça sentait plutôt la déclaration de guerre.

Or, c’est de deux choses l’une. Ou GND ne souhaite en fait aucune «convergence» avec le PQ. Auquel cas, à 26 ans, son seul objectif serait de miser sur la croissance à long terme de QS. Ou GND, tout en misant sur le renouvellement de QS, cherche aussi à se bâtir un rapport de forces face au PQ en vue d’une convergence ponctuelle en 2018.

Auquel cas, ses critiques d’un PQ dont il dit ne pas partager les valeurs viseraient surtout à pousser les péquistes vers la gauche de l’échiquier. Et ce, autant par conviction que par tactique politique.

Les prochains mois sauront dire laquelle des deux hypothèses était la plus plausible. Pour le PQ, la deuxième serait de loin la meilleure.

Mariage d’intérêt

Le PQ étant déjà grugé sur son flanc droit par la CAQ, l’arrivée d’un GND, doublée de la crédibilité montante de la députée solidaire Manon Massé, risque en effet de lui coûter encore plus d’appuis sur sa gauche et chez les jeunes. Si QS recrute d’autres candidats de taille – Jean-Martin Aussant reviendra-t-il ou non en politique? –, le risque pour le PQ s’accentuerait d’autant.

Beaucoup d’eau coulera sous les ponts d’ici l’élection. Le terrain des «prédictions» politiques est d’ailleurs trop miné. Il n’en reste pas moins que si l’«effet» GND venait à renforcer Québec solidaire, sans convergence PQ-QS, même minimale, la division tenace du vote francophone pourrait garder les libéraux au pouvoir encore longtemps.

Dans la vie, les mariages d’amour sont préférables, mais en politique, les mariages d’intérêt sont plus fréquents. Tout dépend, par contre, des intérêts qui sont véritablement en jeu.