/weekend
Navigation

Another Brick In The Wall - l’Opéra: S’attaquer à un monument

Le quatuor principal derrière le ­spectacle Another Brick In The Wall - L’opéra: Alain Trudel (chef d’orchestre), Julien Bilodeau (compositeur), Étienne Dupuis (interprète de Pink) et Dominic Champagne (metteur en scène).
Photo Ben Pelosse Le quatuor principal derrière le ­spectacle Another Brick In The Wall - L’opéra: Alain Trudel (chef d’orchestre), Julien Bilodeau (compositeur), Étienne Dupuis (interprète de Pink) et Dominic Champagne (metteur en scène).

Coup d'oeil sur cet article

Mettre en scène des œuvres musicales légendaires, Dominic Champagne commence à s’y faire. Après avoir brillamment plongé dans l’univers des Beatles, avec le spectacle du Cirque du Soleil LOVE, le metteur en scène s’est attaqué à la création de Roger Waters et de Pink Floyd: The Wall. Le Journal s’est assis avec lui pour discuter de la genèse de ce spectacle qui est l’un des événements les plus attendus en cette année de célébrations du 375e de Montréal.

Dominic Champagne travaille depuis deux ans sur le spectacle Another Brick In The Wall - L’opéra. «Je n’ai pas compté mes heures», dit-il. Ce ­projet autour de l’œuvre de Roger ­Waters n’est toutefois pas sa première incursion dans l’univers de Pink. En effet, il y a 12 ans, Dominic ­Champagne avait travaillé avec le Cirque du Soleil et Waters lui-même pour faire un spectacle sur The Wall.

«Un matin, Guy Laliberté me dit que Roger Waters veut nous rencontrer pour parler d’un projet, relate Champagne. Il me dit qu’il aimerait ça que je vienne. Je me suis donc assis avec Guy, Gilles Ste-Croix (cofondateur du Cirque et directeur de création) et ­Waters. Gilles et moi, on a continué pendant quelques séances de travail.»

À l’époque, Roger Waters était encore beaucoup trop attaché à son œuvre et Dominic Champagne sentait que le musicien souhaitait plutôt remonter lui-même sur scène pour présenter ses chansons. «C’est ce qu’il a fait avec l’immense­­ tournée qu’on a vue il y a quelques années», dit-il.

La générosité de Roger Waters

Il y a deux ans, Dominic Champagne a embarqué dans un nouveau projet de spectacle d’opéra autour de The Wall. Le compositeur Julien Bilodeau avait conçu de nouveaux arrangements des pièces de Waters. À l’automne 2014, Champagne, Bilodeau et Pierre Dufour, le directeur­­ général de l’Opéra de Montréal, allaient ­présenter leur travail au musicien, à New York.

«Dans nos premiers contacts avec lui, Waters n’était pas intéressé par le projet, reconnaît Dominic Champagne. Que The Wall soit porté à l’opéra, il n’y croyait pas. Je me suis servi un peu de l’expérience que j’avais vécue avec les Beatles. J’avais rencontré ce genre de résistance-là.»

Roger Waters a accepté de les ­rencontrer et il s’est prêté au jeu. «On est monté dans son studio. Il a ouvert une bouteille­­ de vin et on a écouté ça, se souvient Champagne. Il y a ­vraiment eu un moment magique. ­Waters a regardé Julien et il lui a dit: “Tu l’as.” Il était charmé. Là, c’était le ­début de l’aventure.»

Roger Waters s’est montré très ­généreux avec l’équipe, selon Dominic Champagne. «On a eu droit à beaucoup de confidences de sa part, sur l’orphelin qu’il a été, sur ses relations avec sa femme, avec l’argent. [...] Il y a eu beaucoup de franchise. Au bout du compte, il nous a donné beaucoup de liberté­­. Le gars que j’ai rencontré il y a 12 ans n’avait pas la même capacité à me laisser travailler librement.»

Le culte The Wall

Le quatuor principal derrière le ­spectacle Another Brick In The Wall - L’opéra: Alain Trudel (chef d’orchestre), Julien Bilodeau (compositeur), Étienne Dupuis (interprète de Pink) et Dominic Champagne (metteur en scène).
Photo Courtoisie Opéra de Montréal

Une fois l’entente conclue avec ­Waters et Pink Floyd, Dominic ­Champagne a commencé à s’attaquer au monument qu’est The Wall.

«T’as envie de servir l’œuvre, le ­génie, le grand talent de quelqu’un comme Waters­­ que tu admires, dit-il. Il fallait se donner les moyens de l’envergure de ce projet-là. Le contexte du 375e (de Montréal) n’est pas étranger au fait que l’opéra­­ ait un budget plus imposant.»

Le quatuor principal derrière le ­spectacle Another Brick In The Wall - L’opéra: Alain Trudel (chef d’orchestre), Julien Bilodeau (compositeur), Étienne Dupuis (interprète de Pink) et Dominic Champagne (metteur en scène).
Photo Courtoisie Opéra de Montréal

«J’ai pris ce show-là avec beaucoup de sérieux. Je ne voulais pas faire une version plate, édulcorée, symphonique, Reader’s Digest du The Wall qu’on connaissait déjà. Il y avait une espèce d’ambition musicale à ­rencontrer. Même s’il y a eu un film, on n’avait pas envie de transposer ça sur scène. Il fallait trouver notre ­narration, notre angle, notre point de vue.»

Charge anti-guerre

Le quatuor principal derrière le ­spectacle Another Brick In The Wall - L’opéra: Alain Trudel (chef d’orchestre), Julien Bilodeau (compositeur), Étienne Dupuis (interprète de Pink) et Dominic Champagne (metteur en scène).
Photo Courtoisie Opéra de Montréal

Quand il parle de The Wall, Dominic Champagne mentionne à quel point il s’agit d’une œuvre touffue. «Je l’ai abordé comme si je montais Macbeth ou Hamlet. The Wall a cette complexité-là. C’est une charge contre la guerre. C’est aussi une critique et une ­complainte des grandeurs et misères de la rockstar

Dans The Wall, on retrouve le ­personnage de Pink, une rockstar qui craque. «Il fait une grande dépression, dit Champagne. J’ai voulu mettre en scène l’histoire de cette chute-là, l’espèce de voyage intérieur. La structure que The Wall impose, c’est une espèce d’éveil de conscience. C’est quelqu’un qui se demande­­ comment ça se fait qu’il en est au point où son fantasme le plus grand, c’est ­d’édifier un mur entre lui et le reste­­ du monde.»

Le quatuor principal derrière le ­spectacle Another Brick In The Wall - L’opéra: Alain Trudel (chef d’orchestre), Julien Bilodeau (compositeur), Étienne Dupuis (interprète de Pink) et Dominic Champagne (metteur en scène).
Photo Courtoisie Opéra de Montréal

Au spectacle se rajoutera inévitablement une lecture politique, ajoute le metteur en scène. «Roger Waters est un orphelin. La guerre a broyé son père. Il a 73 ans aujourd’hui­­. Il est riche et célèbre­­ et il n’en est pas encore­­ remis de cette blessure-là. Au cœur de l’œuvre, il y a aussi une grande charge antimilitariste, anti-guerre­­. On ne veut pas passer à côté de ça.»

Résonance actuelle

Écrit à la fin des années 1970, le message de The Wall ne pourrait pas être plus actuel aujourd’hui, fait ­remarquer Dominic­­ Champagne.

«On se souvient qu’on a célébré la chute­­ du mur de Berlin (en 1989) avec The Wall, dit-il. The Wall en appelle à la destruction du mur. On a donc rêvé qu’autour de cette célébration-là, une fois le mur tombé, il y aurait une nouvelle ère de fraternité. [...] Pourtant, depuis­­, on a bâti plus de murs qu’il y en avait au moment de la ­chute du mur de Berlin. Il y a des murs partout dans les frontières. Là, on vit une espèce de climat avec (Donald) Trump qui dit qu’il va investir 10 à 12 milliards pour qu’on bâtisse “the brand new wall” (le mur tout neuf). Il y a cette résonance-là dans The Wall.»

Chocs de cultures

En mariant une œuvre rock comme The Wall à de l’opéra, Dominic Champagne sait qu’il va ébranler les puristes. «On présume qu’il va y avoir bien des fans de Pink Floyd ou The Wall qui vont venir à l’opéra pour la première fois de leur vie, dit-il. Il y a aussi du monde de l’opéra qui ne connaît pas Pink Floyd. C’est sûr qu’il va y avoir des chocs de cultures, de rencontres. Moi, j’aime ça.»

«Oui, c’est un gros show. Mais en même­­ temps, l’Opéra de Montréal n’a pas les moyens du Cirque du Soleil ou de Roger Waters, mentionne Champagne. On n’est pas à cette échelle-là. C’est loin des moyens que j’ai pu avoir à Vegas avec le Cirque. [...] Je ne veux pas diminuer les attentes. Mais quand tu vas voir un show de Pink Floyd au Centre Bell, tu sais qu’il va y avoir un gros show ­visuel, que ça va sonner. Ici, on est plus proche de ­l’Opéra de Montréal que du Centre Bell (rires).»


♦ Le spectacle Another Brick In The Wall – L’opéra ­sera présenté dès samedi­­, 19 h 30, à la Salle Wilfrid-Pelletier­­ de la Place des Arts. En tout, 10 représentations seront offertes jusqu’au 27 mars. Pour les dates précises: operademontreal.com.

 

Les années importantes de The Wall

1977: C’est lors d’un concert au Stade ­olympique de Montréal, pour la tournée In the ­Flesh, que Roger Waters a l’idée de The Wall. ­Importuné par un spectateur, le musicien lui crache au visage. Il s’imagine ensuite ce que serait un monde dans lequel serait érigé un mur entre le groupe et le public.

1979: Enregistrement et sortie de l’album The Wall. Quatre semaines après sa sortie, le disque monte à la première place du Billboard américain. À ce jour, plus de 30 millions d’exemplaires ont été vendus dans le monde. Il s’agit de l’album double le plus vendu de tous les temps.

1982: Une adaptation cinématographique, ­simplement appelée The Wall et réalisée par Alan Parker, est lancée sur les écrans. Le film met en vedette le chanteur Bob Geldof, dans le rôle de Pink. C’est Roger Waters qui signe le scénario.

1990: Après la chute du mur de Berlin, Roger Waters joue The Wall sur la Potsdamer Platz, ­devant 300 000 personnes. Parmi les invités, on compte Scorpions, Sinéad O’Connor, Van ­Morrison et Cyndi Lauper.

2010: Roger Waters présente la tournée mondiale The Wall Live. Il s’agit de l’une des tournées les plus lucratives de l’histoire, ayant amassé 459 millions de dollars américains en trois ans.

2017: Une version lyrique de The Wall est conçue par l’Opéra de Montréal, dans le cadre du 375e de la ville. Après sa présentation à Montréal, le spectacle devrait partir à l’étranger.

 

L’équipe

Des dizaines de personnes ont travaillé à la conception de ­Another Brick In The Wall - ­L’opéra. Voici quelques-uns des principaux artisans.

Dominic Champagne (metteur en scène)

Auteur, metteur en scène, scénariste et comédien, il a travaillé sur plus d’une centaine de spectacles, dont L’Odyssée et Don Quichotte­­. Avec le Cirque du Soleil, il a signé la mise en scène de LOVE, Varekai et Zumanity.

Pour la conception d’Another Brick In The Wall - L’opéra, Dominic Champagne a travaillé avec Stéphane Roy (décors), Marie-Chantale Vaillancourt (costumes), Étienne Boucher (éclairages), Louis Dufort (son), Johnny Ranger ­(vidéo) et Geneviève Dorion-Coupal (chorégraphies).

Julien Bilodeau (compositeur)

Diplômé du Conservatoire de musique de Montréal, il a fait un séjour de cinq ans en France et en Allemagne. Il a ­travaillé notamment avec l’Orchestre symphonique de Montréal, l’Orchestre Métropolitain et le Philarmonic Orchestra of the Americas. Son catalogue compte plus d’une trentaine d’œuvres.

Alain Trudel (chef ­d’orchestre)

Chef principal et ­directeur artistique de l’Orchestre symphonique de Laval et ­premier chef des concerts jeunesse et ­famille de l’Orchestre du Centre national des arts ­d’Ottawa. Il a dirigé des ­orchestres au Royaume-Uni, aux États-Unis, en ­Europe, en Asie et en Amérique latine.

Étienne Dupuis (interprète de Pink)

Il a fait ses débuts à l’Opéra allemand de Berlin dans Les ­pêcheurs de perles. À l’Opéra de Montréal, il a notamment chanté Valentin (Faust), ­Joseph de Rocher (Dead Man Walking) et Figaro (Il barbiere di Siviglia).

Sur scène, Étienne Dupuis sera ­accompagné de Jean-Michel Richer (le père), France Bellemare (la mère), ­Caroline Bleau (la femme), Stéphanie Pothier (Vera Lynn), Dominic Lorange (le professeur), Marcel Beaulieu (le juge) et Geoffroy Salvas (le procureur/le ­médecin).

 

Another Brick In The Wall - L’opéra en chiffres

  • 10 représentations à Montréal
  • 2911 spectateurs par soir
  • 8 solistes, 46 choristes, 70 musiciens,
  • 20 figurants, 2 enfants
  • 234 costumes
  • 8 projecteurs vidéo de 20 000 watts
  • Projections en 4K
  • Un écran DEL de 21 x 21 pieds
  • 3 camions