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Je n’ai pas hâte d’être vieux

Grandma with walker
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Je suis encore jeune, 43 ans. Ma mère vient d’avoir 70 ans et est toujours autonome dans son petit appartement de Rimouski. Je n’ai donc aucune relation personnelle avec les services qui sont prodigués aux ainés du Québec. Cependant, comme vous, je suis un observateur de l’actualité et je dois vous dire que je commence à «avoir la chienne». Le Québec n’aime pas ses enfants, et je pense que nous aimons encore moins nos personnes âgées.

Une petite liqueur

Le CHSLD de Christ-Roi à Vanier a décidé de ne plus donner de «petite liqueur» à des résidents. S’il y a bien quelque chose qui ne coûte pas cher, encore moins en fontaine, c’est bien un verre de boisson gazeuse. On n’a pas assez d’économiser sur le prix des repas, il faut en plus leur retirer un des derniers plaisirs qu’il leur reste. S’il vous plait, ne me parlez pas de saine habitude de vie. Quand tu es au CHSLD, c’est rarement parce que tu as bien des années devant toi. Ce n’est pas une petite liqueur qui va les achever.

Une infirmière me confiait récemment que certains de ses patients adoraient avoir un jello comme collation. Du jour au lendemain, une charmante nutritionniste a décidé que les gélatines sucrées devaient être retirées aux résidents, prétextant que ce n’était pas bon pour leur santé et que ça ne fait pas partie du guide alimentaire canadien. Franchement, la moyenne d’âge des patients de cette infirmière est de 84 ans, pouvez-vous bien leur foutre la paix avec le guide alimentaire? Je ne parle pas de les nourrir aux pogos et à la poutine trois repas par jour, mais un peu de jugement serait apprécié.

Une pointe de l’iceberg

Les temps sont durs pour les ainés du Québec. On les nourrit pour 2,14 $ par repas, on leur offre un bain par semaine, ils sont soignés par tellement d’employés différents, dû au roulement de personnel. Cela est sans compter l’isolement, l’abandon et parfois même la violence psychologique que vivent bien des ainés au Québec.

La situation n’ira pas en s’améliorant. En 2016, la proportion de personnes âgées de 65 ans et plus atteignait 18 % du total de la population. Quand j’aurai 70 ans, nous aurons franchi le cap du 25 %. Une personne sur quatre aura plus de 65 ans, vous imaginez? Est-ce que vous pensez que les services iront en s’améliorant avec moins de payeurs d’impôts et de taxes?

Je crains le pire

Je vous l’avoue candidement, j’espère que le Québec modifiera les lois pour étendre la portée de «mourir dans la dignité». Je ne veux pas vivre dans ce type d’établissement où, malgré la bonne volonté des employés, les personnes ne sont pas uniquement en perte d’autonomie, mais aussi en perte de services et de dignité. Je ne parlerai pas pour les autres, mais je ne veux pas vivre ce que nos ainés subissent à l’intérieur de nos établissements d’hébergement. J’ai peur d’être vieux et plus je vieillis, plus j’ai peur.