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Du très grand n’importe quoi

Le ministre des Transports, Laurent Lessard, est l’un de ceux qui sont pointés du doigt pour le cafouillage des derniers jours.
Photo Simon Clark Le ministre des Transports, Laurent Lessard, est l’un de ceux qui sont pointés du doigt pour le cafouillage des derniers jours.

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Comment expliquer qu’en pleine tempête de neige, on ait laissé des centaines de personnes croupir toute une nuit dans leurs voitures sur l’autoroute 13? Le Québec n’est tout de même pas la Sibérie.

Le premier ministre Philippe Couillard reconnaît qu’il y a eu manquement sur le plan de la «communication». Un bel euphémisme. Jusqu’à preuve du contraire, le vrai problème découle plutôt de l’inaction crasse de deux ministères: les Transports (MTQ), sous Laurent Lessard et la Sécurité publique, sous Martin Coiteux.

Dans la séquence des événements rendue publique par le maire de Montréal, Denis Coderre, on trouve zéro coordination de la part du MTQ. Disons-le crûment: cette inaction est gravissime parce qu’elle a mis en danger la sécurité et la santé de centaines de personnes.

Pitoyable

Incapables de reconnaître le caractère inacceptable de ce qui s’est passé, la réaction initiale des ministres Lessard et Coiteux était tout simplement pitoyable. Jouant aux Dupond et Dupont de la déresponsabilisation, ils se contentaient d’attendre un éventuel «post mortem» [sic].

Or, qui dit autopsie, dit analyse faite après coup. Traduction: rien n’effacera les dommages subis par les naufragés de la 13 et l’absence surréaliste de secours pendant de nombreuses heures.

Quant à Laurent Lessard, c’est à se demander pourquoi il s’entête aussi souvent à étaler au grand jour sa propre inaptitude. On ne parle pourtant pas ici d’un débarquement d’extra-terrestres belliqueux sur la Grande Allée. On parle d’une tempête de neige au Québec.

«Exceptionnelle» certes, comme le notait Philippe Couillard, mais ça reste de la neige, pas des obus. Ce qui est vraiment «exceptionnel» est l’absence de gestion des secours dans une tempête prévisible.

Au gouvernement, y a-t-il un gérant dans la boutique quand dame Nature s’annonce menaçante? La question mérite réponse. Où étaient le MTQ et la Sécurité publique? Où étaient leurs ministres et leurs sous-ministres?

Dormir au gaz

Comment se fait-il qu’à 23 h 50, mardi soir, en conférence téléphonique convoquée par la Sécurité civile de Montréal, le MTQ se soit limité à parler d’un problème de déneigement sur l’autoroute 13 sans mentionner les centaines de personnes qui en étaient prisonnières?

En réaction, le maire Coderre mettait le doigt sur le bobo: «Y a quelqu’un qui dormait au gaz.» Pendant que les deux ministres dits «responsables» dormaient en effet paisiblement à Québec, des citoyens étaient laissés à eux-mêmes. Sans eau, ni nourriture ou toilette. Et pour certains, sans essence pour se réchauffer.

Dans n’importe quelle société normale, les responsables démissionneraient sur-le-champ. Mais ici, ils attendent leur «post mortem».

Dans le film Les invasions barbares de Denys Arcand, un des personnages, constatant le déclin du système de santé, traite le Québec de «province de ti-counes».

Quand un gouvernement rate même la «gestion» d’une tempête de neige, ce n’est peut-être pas tant de la «province» qu’il s’agit que de ceux qui prétendent la diriger.