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La vie trépidante de Régent Lacoursière

L’ancien nageur lance son autobiographie dans des moments de grande tristesse en raison du décès de sa Mary

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MIAMI | La rencontre a eu lieu sur le bord de la piscine d’un hôtel en Floride. Lorsqu’on est en présence d’une légende comme Régent Lacoursière, l’eau n’est jamais bien loin.

L’homme est encore solide malgré ses 81 ans bien sonnés. Les nombreux marathons de natation en eau libre auxquels il a pris part durant sa carrière et qui l’ont rendu célèbre à l’époque ne l’ont pas trop usé sur le plan physique.

Il continue d’ailleurs de donner des cours à son école de natation fondée en 1970 sur la rue Jarry, à Anjou. Un endroit où plus de trois millions de cours ont été donnés en 46 ans.

Un homme au cœur brisé

Régent Lacoursière devient toutefois fragile lorsqu’il se met à parler de sa Mary, sa compagne durant 60 années, qu’il a eu la douleur de perdre le mois dernier.

Les larmes coulent abondamment sur ses joues quand il pense que Mary, qui avait pris la peine de recueillir dans deux grosses boîtes tous les souvenirs des exploits de son mari dans le but de rédiger cette autobiographie, n’a pas eu la chance de voir le produit fini.

Le livre de 216 pages intitulé L’homme de l’eau était en cours d’impression chez Marcel Broquet (La nouvelle édition), lorsque Mary a perdu son combat contre un cancer des ovaires.

«Elle me manque terriblement, raconte Lacoursière, en s’essuyant les yeux. Ce livre est une sorte de legs. C’est Mary qui prenait des notes lorsque je revenais de mes compétitions disputées à travers le monde. Les péripéties de mes voyages étaient si nombreuses. C’est grâce à elle si je peux partager mes souvenirs aujourd’hui avec le public.»

Requins, méduses et scorpions

Régent Lacoursière a vécu des aventures qu’on peut qualifier de rocambolesques dans les eaux autant froides que chaudes, lui qui a effectué la Traversée du lac Saint-Jean à quinze reprises, y connaissant beaucoup de succès, et qui a gagné trois fois l’épreuve des 24 heures de La Tuque, malgré divers complots dressés contre lui.

Auteur de plusieurs records mondiaux, il a nagé dans des eaux agitées où rôdaient des requins et il s’est fait mordre par des méduses en pleine nuit. Il devait toujours puiser jusqu’au fond de ses réserves pour rallier l’arrivée.

Il a été menacé de mort par des Mexicains parce qu’il avait osé battre des favoris locaux sur lesquels beaucoup d’argent s’était parié lors d’une compétition à Guaymas.

C’était d’ailleurs à cette occasion qu’il avait trouvé un scorpion dans le sac où était remisé son maillot de bain, dans sa chambre d’hôtel! Ce chapitre est quelque chose à lire dans ce bouquin qui se dévore rapidement.

► Régent Lacoursière, qui signera les premières copies de son autobiographie dès ce soir au 19e Salon international des collectionneurs au Centre Pierre-Charbonneau, participera ce matin à l’émission Salut Bonjour sur les ondes de TVA, lui qui est de retour de ses vacances en Floride. Il sera aussi présent aux prochains salons du livre de Trois-Rivières et de Québec.

Son école, son bébé

Régent Lacoursière a déjà pris part à un marathon qui a duré 17 heures et 22 minutes dans des vagues immenses dans l’océan Atlantique, au large de l’Argentine, pour ensuite apprendre qu’aucun nageur n’allait être payé parce que les organisateurs étaient partis avec l’argent!

«J’estime avoir parcouru à la nage, durant ma vie, plus de 74 000 kilomètres», souligne celui qui avait pour idole d’enfance l’acteur Johnny Weismuller, qui personnifiait Tarzan.

«J’ai fait ça pour l’amour du sport, mais surtout pour devenir champion du monde, ce qui m’a permis de réaliser mon ambition d’ouvrir ma propre école de natation à Anjou.»

Un hommage d’Alexandre Despatie

Son école est sa grande fierté. C’est en quelque sorte son bébé. Plusieurs de ses élèves sont devenus des figures du sport très connues par la suite. C’est d’ailleurs l’ancien plongeur et médaillé olympique Alexandre Despatie qui signe la préface du livre L’homme de l’eau.

Martin Brodeur et Vincent Damphousse ont eux aussi appris à nager à l’école de Régent Lacoursière.

À l’époque, ses méthodes pour enseigner à nager à des bébés (il les lance à l’eau) avaient soulevé de la controverse. Il a toutefois été prouvé au fil des ans qu’elles sont efficaces.

Encore aujourd’hui, rien ne lui fait plus plaisir que de voir le regard d’un enfant qui apprend à nager à ses côtés.

«Enseigner a toujours été ma passion, raconte celui qui a aussi mis sur le marché plusieurs pièces d’équipement fort utiles pour les enfants. Lorsque je suis dans l’eau, je suis au paradis. Et les enfants se sentent en confiance avec moi.»

Il a vu la mort de près

Lacoursière est un grand croyant et il affirme être allé faire un tour dans l’au-delà quand il a été opéré à cœur ouvert en 2010. C’est l’année où il fut intronisé au Panthéon des sports du Québec.

«J’ai subi six pontages et j’ai bien cru que ma dernière heure était venue, confie le papa de Régent junior et de RoseMarie. Je me suis vu sortir de mon corps et j’ai eu un bref aperçu de l’au-delà avant de revenir sur terre et de surmonter cette opération», conclut le membre du Temple de la renommée de natation internationale.