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Maître chez lui

Alex Harvey remporte l’or au sprint individuel sur les plaines d’Abraham

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Plus personne ne résiste à Alex Harvey, pas même le fameux Abraham, qui lui a cédé ses plaines après sa victoire de vendredi au sprint individuel en style libre de 1,5 km en ouverture des finales de la Coupe du monde de ski de fond.

Le Québécois est en train de nous jouer la symphonie d’un grand classique. Champion mondial au 50 km il y a deux semaines, il débarque dans sa cour devant quelques milliers de spectateurs et gagne la première des trois épreuves du minitour avec une certaine facilité pour raffermir son emprise sur son troisième rang au cumulatif de la saison. Son coup de vendredi ressemblait à un message pour la concurrence, dont le Finlandais Matti Hekkinen qui le suit au classement, du genre: «Vous êtes ici chez moi.»

«Je pense que j’aurais pu gagner contre n’importe qui aujourd’hui», a exprimé l’athlète de Saint-Ferréol, qui, après avoir fini quatrième aux qualifications un peu plus tôt, a remporté chacune des trois rondes finales.

Heureux comme en Finlande

Au terme de l’ultime course, après avoir passé le Norvégien Finn Haagen Krogh sur sa droite dans les 50 derniers mètres, il a reproduit la même scène de déchaînement dans son entourage que lors de sa victoire du 4 mars en Finlande. Son ami et farteur de l’équipe canadienne, Simon Boisvert, lui a sauté dans les bras. Sa copine Sophie a enjambé une clôture pour lui faire la bise. En guise de remerciement pour leur appui, le chouchou du jour a ensuite frappé dans les mains des spectateurs le long de la ligne d’arrivée.

«C’est proche, c’est vraiment pas loin», a livré Harvey comme comparaison aux sensations vécues dans les secondes suivant sa médaille d’or mondiale.

«Après avoir fini deuxième ici l’an passé [au sprint du Ski Tour], ça avait été des émotions incroyables. Pouvoir doubler la mise, ça se compare, c’est vraiment proche parce que je suis à la maison. Tu ne peux pas rêver mieux que ça», a-t-il exprimé. Il s’agit pour lui d’une deuxième victoire à un sprint individuel en Coupe du monde après celle de janvier 2014 en Pologne.

Sur des skis ignorés

Les aléas du fartage, qui ont souvent causé des cauchemars dans le passé du champion, l’ont épargné cet hiver. Encore vendredi, il avait sous les pieds des planches qui avaient été ignorées durant le 50 km des mondiaux, mais qu’il a étrennées avec succès.

«Il a couru avec la paire de skis qui était restée dans la boîte à Lahti. Il voulait garder cette paire pour la fin à son 50 km, mais ça allait tellement bien qu’il n’avait pas changé. Aujourd’hui [hier], on a sorti cette paire de la boîte», a raconté le farteur en chef de l’équipe, Yves Bilodeau, transporté par cette victoire, lui aussi dans sa ville natale.

«Il faut livrer la marchandise ici. Il y a du monde derrière, il y a une grosse organisation et il y a de l’argent», a voulu résumer Bilodeau.

Il « volait » sur la neige

En plus des skis, il y a aussi les jambes, faut croire! Deux semaines après son sacre mondial, Harvey volait encore sur la neige.

«On dirait que j’ai «peaké» trop tard. C’est plate pour les mondiaux, mais je vais me reprendre l’an prochain aux Olympiques», a badiné le skieur avec ironie.

Le deuxième rang à sa portée

Puisque Alex Harvey nous fait voyager dans la féérie en cette fin de saison, aussi bien pousser l’affront encore plus loin: même le deuxième rang au cumulatif de la saison se trouve maintenant à sa portée.

Un écart de 282 points le sépare du Russe Sergey Ustiugov. Toutefois, 300 points sont potentiellement encore disponibles, avec 50 points pour une victoire à chacune des deux courses restantes en plus des 200 attribués au champion de ce minitour. Une autre victoire et, au pire une cinquième place d’une valeur de 37 points à l’autre course, et le jeu des mathématiques le hisserait au dernier étage avant celui occupé par le détenteur du globe de cristal, Martin Johnsrud Sundby.

Le Québécois n’a jamais évoqué ce scénario après sa victoire de vendredi, son regard portant plutôt sur l’écart avec le Finlandais Matti Heikkinen qu’il venait d’accroître de sept à 57 points.

«Je veux assurer la troisième place, a-t-il dit. Quand tu arrives d’un Championnat du monde avec une médaille d’or au cou, il n’y a plus grand-chose qui peut te décevoir. Le reste, c’est du boni. Mais c’est un gros boni, mettons!» disait-il de son résultat.

« Du stock »

Grâce aux 30 secondes de bonification que lui a valu sa victoire, il mène le classement de ce minitour avec 39,7 s d’avance sur Heikkinen, 48e au concours de vendredi.

«C’est quand même du stock», a qualifié Harvey sur la commande qui incombe à son poursuivant.

«Aujourd’hui [vendredi], je vais définitivement perdre beaucoup. Mais je vais me battre chaque jour et on verra. Ce sera intéressant d’avoir cette situation de coude-à-coude», a commenté le Finlandais sur «la dure bataille» qui l’attend.

Encore plus

Le meneur ne semble pas vouloir lever le pied au 15 km en style classique en départ groupé de samedi ni à la poursuite de 15 km de demain, même s’il pourrait devenir le premier lapin pourchassé.

«On va voir au départ groupé de demain [aujourd’hui], mais moi je veux y aller surtout pour les secondes de bonification. Mais cette année, j’ai gagné un 15 km en style libre et départ individuel. Je vais partir comme pour un départ individuel et ne pas me faire rattraper et, idéalement, mettre du temps sur les gars derrière moi», projetait l’athlète de 28 ans.

«On va voir, mais s’il se sent bien, je pense qu’il va pouvoir faire encore plus. Si c’était serré, peut-être qu’il pourrait jouer défensif, mais là, s’il se sent bien...», a laissé entendre l’entraîneur Louis Bouchard sur l’appétit qui ronge son protégé.

«Comme je l’ai dit: j’ai déjà gagné aujourd’hui [hier]. Après ça, ça va être encore plus du boni. C’est dur à imaginer une meilleure journée qu’aujourd’hui», a-t-il répété.

Ustiugov pourrait avoir regretté de ne pas visiter Québec...

Réglé chez les femmes

Dans le tourbillon Harvey, le résultat d’hier est passé sous le radar, mais la Norvégienne Heidi Weng s’est assurée du globe de cristal de championne de la Coupe du monde. Grâce à son sixième rang au sprint d’hier, son avance de 335 points sur la Finlandaise Krista Parmakoski lui est suffisante.

Elle rejoint donc son compatriote Martin Johnsrud Sundby sur les deux trônes les plus en vue de la saison.

Victoire de 6700 $

Sa victoire d’hier a permis à Alex Harvey d’empocher 6700 $, soit 5000 francs suisses. Ses gains de la saison atteignent maintenant 52 800 $, ce qui en fait le septième meilleur boursier chez les hommes. Il se trouve encore loin des 247 200 $ qu’a remporté le Norvégien Martin Johnsrud Sundby.

Le gagnant du minitour de trois épreuves de Québec en repartira avec un chèque de 45 000 $.

Événement de l’année

Le passage de la Coupe du monde à Québec en mars 2016 a résonné un an plus tard. La firme Gestev a vu ce Ski Tour qu’elle avait organisé être désigné comme l’événement touristique de l’année lors du gala des Fidéides, mercredi soir, à Québec.

Pour l’expérience

Si cinq Canadiens ont réussi, lors des qualifications chez les hommes, à se démarquer parmi les 30 plus rapides, aucune n’y est parvenue chez leurs compatriotes féminines, dont font partie les Québécoises Cendrine Browne (47e), Sophie Carrier-Laforte (56e), Katherine Stewart-Jones (59e), Frédérique Vézina (63e) et Laura Leclair (65e).

«Ma tasse de thé, c’est plus les épreuves de distance. Ça a été un bon réchauffement pour la fin de semaine. Il n’y a pas meilleur moyen de se préparer pour des courses qu’en faisant des courses», a mentionné Vézina.
Sa coéquipière du Centre national Pierre-Harvey, Cendrine Browne, mise davantage elle aussi sur les deux épreuves de distance d’aujourd’hui et demain. Avec deux top 30 réussis en Coupe du monde cette saison, il ne lui en reste plus qu’un pour obtenir sa présélection pour les Jeux olympiques, ce qu’elle aimerait réussir à Québec.

«Je souhaite bien me positionner samedi pour aller chercher un top 30. Comme c’est une poursuite dimanche, je devrai aussi bien faire samedi, mais je pense que ça va bien aller. Je me sens bien», affirme la skieuse originaire de Prévost.