/lifestyle/health
Navigation

La face cachée de la graisse abdominale

La face cachée de la graisse abdominale
Photo fotolia

Coup d'oeil sur cet article

Une étude récente confirme que l’excès de graisse au niveau de l’abdomen augmente considérablement le risque de diabète de type 2 et de maladies cardiovasculaires.

On utilise fréquemment l’indice de masse corporelle (IMC) (poids/taille2) pour déterminer si une personne présente de l’embonpoint ou de l’obésité. Selon les établis par l’Organisation mondiale de la Santé, un indice de masse corporelle situé entre 19 et 25 est considéré comme un poids ­normal, tandis que les personnes qui ont un indice situé entre 25 et 30 font de l’embonpoint et celles dont l’indice est supérieur à 30 sont obèses.

Cet indice est utile, mais il ne tient cependant pas compte de la façon dont l’excès de graisse est répar­ti dans le corps. Par ­exemple, certaines personnes ­accumulent préférentiellement la graisse au niveau de l’abdomen, c’est-à-dire autour des viscères, et plusieurs observations ­indiquent que cet excès de graisse abdominale serait particulièrement néfaste pour la santé.

Prédisposition génétique

Ainsi, les travaux du Dr Jean-Pierre Després, de l’Université Laval, ont montré qu’un tour de taille élevé était associé à une augmentation marquée du risque d’hypertension, de maladies cardiovasculaires et de diabète de type 21. ­Autrement dit, même si deux ­personnes ­présen­tent un IMC ­identique, celle dont l’excès de graisse est localisé au niveau abdominal serait beaucoup plus à risque de développer des problèmes de santé.

Une étude génétique récente, ­basée sur les données acquises lors d’études d’association pangénomiques (Genomewide association studies), vient de confirmer ce lien entre la graisse abdominale et le risque de maladies cardiométaboliques2. Ces études pangénomiques consistent à identifier les variations génétiques présentes dans l’ensemble du génome d’un grand nombre d’individus, et à déterminer par la suite si ces variations peuvent être corrélées avec ­certains traits ou maladies.

En scrutant à la loupe les ­données collectées au cours de ces études, les chercheurs ont identifié 48 variations dans l’ADN (polymorphismes) qui représentent un ­marqueur de la susceptibilité ­génétique d’une personne à être touchée par ce type d’embonpoint. Ils ont pu par la suite déterminer si cette signature génétique était ­corrélée avec un risque accru de maladies cardiométaboliques.

Et les résultats sont sans équivoque: les personnes qui sont génétiquement prédisposées à développer un tour de taille élevé (indépendamment de l’IMC) présentent des taux plus élevés de plusieurs facteurs de risque (lipides sanguins, glycémie, insuline, pression artérielle) et sont du même coup à plus haut risque de développer un diabète de type 2 et une maladie coronarienne. Ces observations confirment donc que c’est la répartition de la graisse et non pas seulement l’excès de graisse totale (tel que mesuré par l’IMC) qui est la grande responsable de l’effet ­néfaste du surpoids sur la santé.

Cette découverte permet donc d’expliquer pourquoi le surpoids rend les hommes plus à risque de maladies coronariennes ou de ­diabète que les femmes, même lorsqu’ils présentent un IMC ­équivalent: les hommes accumulent préférentiellement la graisse au niveau de l’abdomen, tandis que chez les femmes, l’excès de graisse est plus souvent localisé au niveau des hanches et son impact est donc moins prononcé.

Hyperinsulinémie

Un des impacts les plus dommageables de l’excès de graisse abdominale est de diminuer l’efficacité de l’insuline à stimuler l’absorption de sucre par certains organes, ­notamment les muscles, le foie et le tissu adipeux. Cette résistance à l’insuline fait en sorte que la ­quantité de sucre dans le sang ­demeure trop élevée (visible ­cliniquement par un taux de ­glucose à jeun ­supérieur à la ­normale), ce qui force le pancréas à sécréter toujours plus d’insuline dans l’espoir de faire entrer le ­sucre dans les ­cellules.

Cette surproduction est très problématique, car un excès d’insuline dans le sang (hyperinsulinémie) est de plus en plus reconnu comme un important facteur de risque d’un grand nombre de maladies, non seulement les maladies coronariennes et le diabète, mais aussi de plusieurs types de cancers. Sans compter qu’un autre effet néfaste d’un surplus d’insuline, moins connu celui-là, est d’empêcher les personnes en surpoids de maigrir puisque l’excès d’insuline va favoriser le stockage de l’énergie dans les cellules adipeuses.

Donc un cercle vicieux s’installe: plus une personne grossit, plus son taux d’insuline augmente, et plus le taux d’insuline ­devient élevé, plus la personne a faim, car elle devient incapable d’utiliser ses surplus d’énergie stockés sous forme de graisse.

S’il est important de conserver un poids normal, il faut donc ­également prévenir l’apparition d’un excès de graisse au niveau de l’abdomen. Même si la petite «bedaine de bière» ou les «poignées d’amour» sont peut-être devenues la norme dans notre société, il faut comprendre que ces excès de graisse sont loin d’être métaboliquement inoffensifs et représentent même un important facteur de risque de maladies chroniques.


1 Després JP. Body fat distribution and risk of cardiovascular ­disease: an update. Circulation, 2012; 126: 1301-113.

2 Emdin CA et coll. Genetic association of waist-to-hip ratio with cardiometabolic traits, type 2 diabe­tes, and coronary heart disease. JAMA, 2017; 317: 626-34.