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La tête d’Angela

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Impossible de regarder la conférence de presse donnée par Angela Merkel et Donald Trump vendredi sans ressentir un certain frisson face à tant d’ignorance et de mauvaise foi de la part d’un président américain.

Que dire de la séance de photo pendant laquelle Trump s’est comporté comme un malotru, un mufle, refusant de serrer la main de la chancelière allemande?

Personne n’a enseigné les règles de base de l’hospitalité à cet ours peroxydé?

Mais surtout, pourquoi?

Paix et stabilité

Trump aura beau ne pas être d’accord avec la politique d’accueil des réfugiés en Allemagne, qui ne le regarde pas, le plus important pays d’Europe est un allié indéfectible de l’Occident depuis 70 ans. Aurait-il traité ainsi Vladimir Poutine, un ennemi de l’Occident?

Or, vendredi, le président a envoyé aux Russes le message qu’il est prêt à traiter ses partenaires avec mépris et condescendance si cela peut lui permettre de gravir une autre marche dans sa reconquête de la grandeur de l’Amérique.

Pendant ce temps, Poutine qui, de son côté, rêve de «make Russia great again», se frotte les mains.

En agissant de la sorte Trump ouvre encore plus grande la porte par laquelle le premier déstabilisateur de l’ordre mondial et des institutions, qui ont gardé la paix depuis 1945, pourrait s’engouffrer en Europe et affaiblir l’OTAN en tant que rempart contre l’expansionnisme russe.

Que ce soit par une invasion des États baltes, qui ont d’importantes populations russophones, comme il l’a fait en Crimée et dans l’est de l’Ukraine. Ou en s’ingérant dans les élections françaises et allemandes. Ou les deux.

Comme Darth Vader

Trump n’a pas pensé à ces choses tout seul. Le sinistre Steve Bannon, son principal stratège, lui a soufflé le scénario à l’oreille.

En novembre dernier, Bannon a donné une entrevue au journaliste vedette américain Michael Wolff dans lequel il se dépeint comme un être de la noirceur. «La noirceur, c’est bon.»

«Dick Cheney. Darth Vader. Satan. Ça, c’est du pouvoir. Un pouvoir qui nous aide quand ils (les médias et les libéraux) se trompent. Quand ils ne voient pas qui nous sommes et ce que nous sommes en train de faire...»

«Ce sera aussi excitant que pendant les années 1930.»

Terriblement excitant, en effet.

Les années 1930 ont été une période de désolation économique, de la montée du nazisme et du fascisme, de réarmement massif, de nationalismes extrêmes, de terreurs staliniennes, de la prise du pouvoir par Mao et le début de la radicalisation au Moyen-Orient.

Excitant, en effet.

Au plaisir de Poutine

Steve Bannon et son élève Trump exècrent l’Union européenne et préconisent le retour de l’État-nation. «Les pays forts, qui ont des mouvements nationalistes forts font des voisins forts», a-t-il déclaré lors d’une conférence donnée au Vatican en 2014.

Mis à part les États-Unis, qui serait l’autre grand gagnant de l’affaiblissement de l’Europe et de l’humiliation de l’Allemagne? Ce cher Vladimir qui rêve de repositionner son pays et ses satellites tout en haut de la pyramide des nations, quitte à partager sa plate-forme avec les États-Unis.

Pour l’instant.