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AUDIO | Éric Duhaime raconte une expérience homosexuelle qu'il a vécue dans un pays arabo-musulman

Éric Duhaime
Stevens LeBlanc/JOURNAL DE QUEBE

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Dans la foulée de sa sortie publique pendant laquelle il a annoncé qu'il était homosexuel et qu'il s'apprêtait à lancer un essai à ce propos, l'animateur de radio du FM93 a raconté l'une de ses expériences homosexuelles vécues dans les pays arabo-musulmans.

​Voici ce qu'il avait à dire. Selon son collègue Bernard Drainville, il s'agit d'un récit «fascinant».

«Je vais parler de mon expérience dans les pays arabo-musulmans. Tu peux faire 3 ans de prison au Maroc si tu te fais prendre à baiser avec un homme. En Arabie saoudite, tu peux être exécuté. L'État islamique lance les gens en bas des édifices quand il pogne deux gars ensemble.

Tu arrives dans le monde arabo-musulman où on dit que c'est une société très homophobe. Du moins, c'est l'étiquette, la perception qu'on a de ce côté-ci de l'Atlantique.  Sauf que ce que j'ai découvert en arrivant là-bas, c'est que c'était bien le contraire à bien des égards. Je n'ai jamais eu autant de contacts physiques avec des hommes que j'en ai eus avec mes amis arabo-musulmans.

Pourquoi? Parce que la société est divisée en fonction du sexe. Légalement, l'homme y est deux fois plus important que la femme. Dans ces sociétés, tu te ramasses avec des hommes tout le temps. Pendant que les femmes restent à la maison, les hommes sont au salon, au hammam (bains publics). Pendant que les hommes prennent du thé dans les cafés, les femmes sont derrière, un peu cachées à l'intérieur. Il y a souvent des divisions hommes/femmes.

La proximité avec les hommes est donc beaucoup plus grande, et la sensualité aussi. L'être humain tombe amoureux de son égal. Plein d'arabo-musulmans vont m'écrire pour me dire que l'homosexualité n'existe pas là-bas, mais sortez-vous la tête du sable! Ils ne passent peut-être pas à l'acte, mais la sensualité, la proximité entre les hommes sont, selon moi, des formes d'homosexualité.

L'homosexualité, ce n'est pas juste de bander et d'éjaculer. Elle n'est pas exclusivement sexuelle. C'est aussi la proximité que tu as avec quelqu'un du même sexe que toi. Elle peut être physique sans être sexuelle.»

Une rencontre qui met les choses en perspective

«On a eu une baise à travers un drap, parce qu'il ne pouvait pas accepter d'avoir une relation sexuelle avec un homme. C'est l'une des expériences les plus weirds et érotiques, mais en même temps, l'une des plus tordues. Quand la pression sociale est tellement forte que pour te donner du plaisir sexuel, t'es obligé de te cacher derrière quelque chose pour ne pas avoir de contact avec la peau, c'est capoté! C'est strictement la pression sociale et religieuse qui fait ça, parce que de toute évidence, ce n'était pas les pulsions sexuelles qui l'arrêtaient.

Bref, c'était un gars avec qui je courais. Je suis parti courir, et je le voyais tous les jours, courir dans le même parc que moi. Un moment donné, on a commencé à se suivre et à se saluer. Tranquillement, on a commencé à courir ensemble et à jaser. Je l'ai invité à la maison pendant le ramadan, il est venu faire la rupture du jeune avec moi. Nous sommes devenus un peu amis, on avait des activités sociales (ensemble) de temps en temps. Inutile de vous dire qu'il m'attirait beaucoup.

Une journée, on est revenu à la maison, et j'avais une crampe à la jambe à cause de la course et de la chaleur. Il a proposé de me masser. On était tous les deux en érection. C'est assez visible quand tu as des shorts moulants de coureur. On est passés au salon, et il m'a dit: "un instant". Il est allé dans la chambre, il a pris le drap du lit et m'a enveloppé dedans de la tête au pied.

Il m'a fait une espèce de massage avec son corps. Un moment donné, je ne savais même plus quelle partie du corps était où. Les deux, on ne voyait rien. Ç'a été une des expériences les plus excitantes de ma vie. Quand ç'a été terminé, j'ai enlevé le drap. Il s'est mis à pleurer, il est parti et je ne l'ai plus jamais revu.

C'est un événement qui m'a remis beaucoup en question et qui m'a fait réaliser son drame. C'est là qu'on voit comment on est chanceux (les gais) au Québec. Je m'imaginais quel type d'émotions il vivait et comment il se sentait par rapport à ça. C'était peut-être comme ça au Québec, lorsque la religion avait une emprise sur la société. Ce n'est pas impossible que nos pères et nos grands-pères soient passés par là.

Je trouve que ça met en perspective notre réalité que l'on vit par rapport à d'autres civilisations sur la question de l'homosexualité.»

Vous pouvez écouter l'extrait ci-dessous.