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France, présidentielle : Marine Le Pen attaquée par ses concurrents

France, présidentielle : Marine Le Pen attaquée par ses concurrents
AFP

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La candidate de l’extrême droite à la présidentielle française, Marine Le Pen, concentrait lundi soir les critiques de ses concurrents de droite et de gauche sur son projet pour la France au cours d’un débat inédit à un mois du premier tour.

Ce débat télévisé entre les cinq principaux candidats marquait le véritable lancement d’une campagne jusqu’à présent dominée par l’inculpation du conservateur François Fillon dans une affaire d’emplois présumés fictifs, énième rebondissement dans la course pour succéder à l’impopulaire président socialiste François Hollande.

Donnée en tête du premier tour le 23 avril dans les sondages d’opinion, la chef du parti Front national (FN), 48 ans, a été attaquée sur sa conception de l’immigration, de l’éducation et de la sécurité par les quatre autres candidats invités à débattre sur la chaîne privée TF1.

Présenté comme favori pour affronter Marine Le Pen au second tour le 7 mai, le centriste Emmanuel Macron, 39 ans, a accusé sa rivale de chercher «à diviser la société» lors d’une passe d’armes sur le burkini, tenue de bain intégrale dont le port a fait polémique en France l’été dernier au nom de la laïcité.

Sur le chapitre sécuritaire, alors que la candidate d’extrême droite venait d’évoquer sa volonté de construire «40 000 places de prison» supplémentaires, le candidat conservateur François Fillon a estimé qu’il s’agissait de «promesses qui ne seront pas mises en oeuvre».

«Je propose 16 000 places de prison», a réagi le candidat de la droite, qui prône le «redressement» de la France avec un programme d’austérité qu’il qualifie lui-même de «radical».

Dans un pays frappé par une vague d’attentats jihadistes sans précédent en 2015 et 2016, l’attaque samedi d’une patrouille militaire par un délinquant se disant prêt à «mourir» au nom d’Allah a ravivé les craintes sur la sécurité. De récents faits divers, comme la fusillade dans un lycée du sud-est la semaine dernière, alimentent aussi le discours sécuritaire de l’extrême droite.

«Nauséabond»

François Fillon est apparu à l’aise et à l’offensive dans les échanges, loin de ses déboires judiciaires qui ont semé le doute jusque dans son camp sur sa capacité à aller au bout de la course.

Parti favori, il a vu sa popularité chuter après des révélations fin janvier sur des emplois fictifs accordés à son épouse Penelope et deux de ses enfants. Il a été inculpé mi-mars pour «détournement de fonds publics», du jamais vu dans une campagne présidentielle en France.

Celui qui avait fait de la probité en politique un thème phare des premières semaines de sa campagne a dénoncé «un assassinat politique» à son encontre.

La fille du cofondateur du Front national, Jean-Marie Le Pen, est elle aussi visée par des affaires d’emplois fictifs au Parlement européen et de financement illégal de campagne mais ses déboires n’entament pas sa popularité. Elle a refusé de se rendre à une convocation de la justice en se bornant à dénoncer «une cabale politique».

Se joignant au concert de critiques contre celle qui se présente comme la «candidate du peuple», le socialiste Benoît Hamon, 49 ans, quant à lui accusé Mme Le Pen d’être «droguée aux pages des faits divers».

Il avait un peu plus tôt qualifié de «nauséabonds» ses propos sur l’école.

Le représentant de la gauche radicale Jean-Luc Mélenchon, 65 ans, a lui fustigé les «fantasmes» de Mme Le Pen sur l’immigration.

Après des primaires à droite et à gauche, qui ont scellé la défaite surprise des favoris de chaque camp -- l’ex Premier ministre conservateur Alain Juppé et l’ex Premier ministre socialiste Manuel Valls --, l’incertitude continue de planer sur l’issue du scrutin.

Pour la première fois, cinq candidats sont crédités de plus de 10% des intentions de vote le 23 avril. Selon les sondages, 40% des électeurs peuvent encore changer d’avis et seuls deux tiers sont certains d’aller voter au premier tour.

«La campagne de 2017 est insaisissable, scandée par le rythme des "affaires" réelles ou supposées et incapable, pour l’instant, d’accoucher d’un enjeu fort autour duquel (...) les choix se cristallisent», a relevé le politologue Pascal Perrineau dans le quotidien Le Monde.