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Maltraitance : Marguerite Blais et François Paradis ont raison

L'ex-ministre libérale, Marguerite Blais.
Photo d'archives, Martin Alarie L'ex-ministre libérale, Marguerite Blais.

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La chose ne passe pas inaperçu. Et avec raison. L’ex-ministre libérale Marguerite Blais, autrefois ministre responsable des Aînés, s’associe à François Paradis, député de la CAQ.

Non pas pour des raisons partisanes - Mme Blais étant redevenue une citoyenne engagée socialement et non plus politiquement.

Leur objectif conjoint est d’exiger que le signalement des cas de maltraitance soit obligatoire lorsque des personnes vulnérables se retrouvent en ressource d’hébergement, publique ou privée subventionnée.

Comme c’est d’ailleurs le cas dans certaines autres provinces, dont l’Ontario.

La raison d’une telle sortie est l’étude du projet de loi 115 dont le titre est «Loi visant à lutter contre la maltraitance envers les aînés et toute autre personne majeure en situation de vulnérabilité».

Lequel projet de loi, contrairement à un premier projet de loi présenté par Marguerite Blais alors qu’elle siégeait à l’opposition, ne comprend pas l'obligation de signalement.

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N’oublions pas les «autres» personnes vulnérables

Notons toutefois - et c'est très important de le faire -, que contrairement à ce que l’on rapporte trop souvent, ce projet de loi, comme son titre en atteste, ne porte pas uniquement sur les personnes âgées, mais sur «toute autre personne majeure en situation de vulnérabilité».

Traduction : nous parlons donc ici des personnes âgées, mais aussi de toute personne adulte, tous âges confondus, en situation de vulnérabilité. Ce qui comprend aussi, on l’oublie, de nombreuses personnes handicapées intellectuellement et/ou physiquement.

Selon Mme Blais : «on a le devoir d'avoir une loi qui a des dents». Y compris avec les «amendes» nécessaires. «C'est étrange, ajoute-t-elle, on sanctionne la maltraitance à l'égard des animaux, mais pas celle envers nos aînés

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Trop nombreux à subir de la maltraitance

Dans leur lettre ouverte conjointe, l’ex-députée libérale et le député caquiste François Paradis notent aussi ceci :

«Nos aînés sont trop nombreux à subir de la maltraitance. Celle-ci peut prendre plusieurs formes, que ce soit la violence physique ou psychologique, l'abus financier, ou même l'atteinte à la dignité humaine. Ce sont tous ces différents visages que prend la maltraitance qu'il faut combattre. Oui, l’obligation de dénoncer est une question morale. Mais elle doit aussi devenir une question légale».

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La vulnérabilité n’a pas d’âge

Encore une fois, ils ont tout à fait raison de le dire haut et fort. Mais prenons aussi garde de ne PAS oublier d’inclure TOUTES les autres personnes en situation de vulnérabilité, tous âges confondus.

Car dans les faits, qui peut nier que des personnes handicapées intellectuelles de tous âges, dès qu’elles sont en ressources d’hébergement – que ce soit dans une ressource intermédiaire privée subventionnée, en CHSLD ou autres -, peuvent aussi subir de la maltraitance sous «plusieurs formes, que ce soit la violence physique ou psychologique, l'abus financier, ou même l'atteinte à la dignité humaine».

Alors, s’il-vous-plaît, ne l’oublions pas! Et n’oublions pas de le rappeler aussi au gouvernement.

Faisons-le non pas seulement quelques jours à peine après la Semaine québécoise de la déficience  intellectuelle, mais toute l’année durant.

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Idem pour les caméras

Idem pour la possibilité prévue par le projet de loi 115 d’installer des caméras de surveillance dans les chambres des personnes âgées en ressource d’hébergement.

Comme le notait avec justesse l’avocat Jean-Pierre Ménard en commission parlementaire sur le projet de loi 115, cette installation se devra aussi d’être permise pour toute personne en situation de vulnérabilité. C’est-à-dire pour les personnes handicapées intellectuellement et/ou physiquement en ressources d’hébergement publique ou privée subventionnée.

Il en va de la dignité humaine des plus vulnérables d’entre nous. Tous âges confondus.

Le 2 décembre dernier, l’Association de parents pour la déficience intellectuelle et les troubles envahissants du développement (APDITED), notait par ailleurs une problématique de vulnérabilité encore plus large pour les personnes handicapées intellectuelles en ressource d’hébergement :

«Il faut savoir que la plupart des personnes qui sont sous la responsabilité des centres de réadaptation en déficience intellectuelle et en troubles envahissants du développement (CRDITED), maintenant intégrés dans les CIUSSS, sont hébergées dans des maisons privées appelées « ressources intermédiaires » (RI).

Dans les derniers mois, le CRADI (Comité régional des associations pour la déficience intellectuelle), ses partenaires et plusieurs intervenants concernés, dont la Protectrice du citoyen, ont dénoncé plusieurs situations difficiles : listes d’attente interminables, coupures pour certaines RI, retrait graduel des intervenantes du CIUSSS pour l’encadrement clinique des personnes, laxisme du même CIUSSS au niveau du contrôle de la qualité des services dans les RI, retour en milieu institutionnel pour certaines personnes, transferts à répétition, etc.

Tel que le souligne Electra Dalamagas, intervenante à Autisme Montréal, «il y a un double abandon de la part du Réseau de la santé : on délaisse les personnes handicapées et les ressources intermédiaires. Dans ce contexte, comment s’assurer de la qualité des services à la fois pour les besoins de base et les besoins cliniques, et ce, dans l’ensemble des ressources?»

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Évidemment, les personnes handicapées intellectuelles ne votent pas, ou pas souvent.

Elles ne profitent pas non plus de puissants lobbys qui ont l’oreille des gouvernants actuels. L’austérité et l’indifférence politique formant aussi une combinaison particulièrement inquiétante pour elles.

La «maltraitance» sous diverses formes est pourtant un risque bien concret qui les concerne tout autant que les personnes âgées plus fragiles.