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Une autre tuile pour la Fédé de soccer

Elle défend ses liens avec un de ses anciens administrateurs, mêlé à un scandale financier

Stéphane Arsenault et Martial Prud’homme, respectivement DG et président de la Fédération de soccer du Québec, estiment toujours que l’achat d’une compagnie informatique pour 825 000 $ était une bonne décision.
Photo Chantal Poirier Stéphane Arsenault et Martial Prud’homme, respectivement DG et président de la Fédération de soccer du Québec, estiment toujours que l’achat d’une compagnie informatique pour 825 000 $ était une bonne décision.

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Un homme d’affaires mêlé à une fraude présumée de type Ponzi a été actionnaire de TSI Sports, la firme informatique que la Fédération de soccer du Québec (FSQ) vient d’acquérir dans la controverse au coût de 825 000 $.

Il s’agit de Claudé Hamel, actionnaire de TSI Sports jusqu’en 2008 et ayant fait partie du conseil d’administration (C.A.) de la FSQ de 2002 à 2007.

M. Hamel a été arrêté en 2010 dans le cadre de l’affaire Tanzanite. Il a finalement écopé d’amendes de 620 000 $ pour avoir recueilli des fonds sans prospectus et pour avoir agi comme courtier sans permis, après une enquête de l’Autorité des marchés financiers (AMF).

Il était le partenaire d’affaires de Nil Lapointe, qui dirigeait l’entreprise Tanzanite et s’est enlevé la vie en 2010; 190 investisseurs, s’estimant floués, ont intenté un recours collectif et se sont entendus à l’amiable en octobre dernier afin de récupérer 7,5 M$. Le scandale aurait impliqué des comptes dans des paradis fiscaux.

Claudé Hamel, Ex-administrateur de la FSQ
Photo d'archives
Claudé Hamel, Ex-administrateur de la FSQ

Même adresse

Lorsque l’AMF a mené une perquisition dans les bureaux d’Hamel, ceux-ci se trouvaient dans le même immeuble que TSI Sports, à Anjou. L’Association régionale de soccer de Bourassa, qu’a présidée M. Hamel jusqu’en 2007, se situait aussi dans le même bâtiment.

Outre M. Hamel, les deux autres actionnaires de TSI Sports étaient:

  • Mario Discepola, qui siégeait au C.A. de la FSQ de 1993 à 2010. Il recevra maintenant des honoraires afin de mener les opérations de TSI Sports par l’entremise d’une société à numéro, dont la FSQ est actionnaire.
  • Alex Miklos, un homme que les dirigeants de la FSQ ne connaissent pas et n’ont jamais vu. Tout ce que l’on sait, c’est que le nom et l’adresse de Miklos ont été cités dans une vaste enquête sur les paradis fiscaux en lien avec une affaire de compte aux îles Vierges.

Président de la FSQ depuis 2011, Martial Prud’homme était au C.A. de la Fédération en même temps que Claudé Hamel, dont les problèmes avec l’AMF sont apparus après qu’il eut quitté la FSQ.

En entrevue, il signale que Mario Discepola et Claudé Hamel sont toujours sortis de la salle lorsqu’il était question de leur firme. «J’étais là et j’insistais afin qu’ils ne soient pas là.»

La relation entre la FSQ et TSI est étroite. Avant d’en acheter les actifs, la Fédération lui octroyait des contrats exclusifs à titre de partenaire officiel depuis 2006.

Aucune autre grande fédération sportive du Québec n’est propriétaire d’une compagnie informatique. Dans la foulée de notre reportage, en février, le gouvernement du Québec a enclenché des vérifications. Une plainte a aussi été adressée au bureau fédéral de la concurrence.

La Fédération ne voulait pas tout vérifier

La Fédération de soccer juge qu’il n’était pas nécessaire de vérifier le passé fiscal de TSI Sports avant de lui verser 825 000 $ pour acheter ses actifs.

Concernant les actionnaires de TSI, la FSQ soutient qu’elle n’était pas au courant de tout ce que notre Bureau d’enquête a révélé. Mais cela importe peu, selon l’organisation, puisque ce sont les actifs qui l’intéressaient et non l’historique de l’entreprise et ses actions.

«On ne voulait pas aller là [actions] car il aurait fallu vérifier tout le passé fiscal de la compagnie et on n’était pas équipés pour ça, et on ne voulait pas payer une vérification diligente qui nous aurait coûté 100 000 $», explique Martial Prud’homme, le président de la FSQ.

«Si j’achète ton auto, je ne regarde pas tout ce qu’il y a dans ta maison et qui habite dans ta maison. C’est ton auto que je veux, se défend le président. Cette vérification-là, on n’avait pas à la pousser.»

Compagnie à exploiter

La FSQ a aussi acheté la liste des clients canadiens et américains de la firme. Autrement dit, elle devra vraiment faire «rouler» une compagnie informatique et tentera de la rentabiliser.

«On aimerait que la compagnie soit profitable», explique le président, qui reconnaît qu’il est difficile de percer le marché américain. TSI Sports a «déjà essayé et ça n’a pas marché tant que ça», confie-t-il en reconnaissant que l’outil n’est pas toujours «convivial».

Avant l’achat, la Fédération payait 140 000 $ par année à TSI Sports. Elle a choisi de débourser 825 000 $ pour l’acheter et elle devra payer des sommes considérables chaque année pour les salaires, le service à la clientèle et les infrastructures. Pourquoi ne pas se contenter de continuer à débourser 140 000 $ par année?

Aux dires de la FSQ, le risque était plus grand de ne pas le faire. TSI Sports était à vendre depuis 2015. La FSQ n’en avait pas la certitude, mais elle a tranché, en comparant avec d’autres provinces, qu’il était trop risqué qu’un nouveau propriétaire augmen­te les tarifs.

La Fédération reconnaît ne pas avoir fait d’appel d’offres ni consulté toute la concurrence avant de faire l’achat. «On était contents de ce qu’on avait», dit le président, qui ajoute que la solution de TSI Sports «n’était pas remplaçable» à un coût et pour des besoins similaires, ce que des entreprises concurrentes contestent.

 

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